‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 166 sur 198 · Voir Y Appendice · texte numérisé non relu

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lage de la tête conservée à Paris, afin de pouvoir l'ajuster au sphinx dont elle avait fait partie.

Cette tête a t-elle été sciée par Joyau, ou a-t-elle été découverte séparée du corps? En examinant à la loupe la cassure, sur la grande photographie de Bonfils, il m'a semblé qu'elle présentait des caractères d'antiquité excluant l'hypothèse d'un sciage moderne. D'ailleurs, le dessin de Joyau, où cette tête, un peu grande pour le corps, figure en place, est, en

Fig 3. — Tête de sphinx. Musée du Louvre.

partie du moins, une restitution, puisque Joyau a également dessiné la grande aile du sphinx, dont l'amorce seule se voit sur la photographie.

Quoi qu'il en soit1, Joyau a été d'autant mieux inspiré en s'emparant de cette tête, détachée ou non, qu'elle aurait eu les plus grandes chances de se perdre ou d'être détruite, pendant les trente-six ans qui se sont écoulés depuis la découverte de la statue jusqu'à son transport au Musée de Tchinli- Kiosk. Je sais d'ailleurs par M. Moyaux 'qu'à son retour en

1. A la séance de l'Académie des Inscriptions où j'ai donné lecture de la présente notice, M. de Villefosse a déclaré que Joyau prétendait avoir détaché la tête du sphinx, désespérant d'emporter sa trouvaille tout entière. C'est possible; mais il est possible aussi que Joyau se soit vanté.

France Joyau essaya d'obtenir du gouvernement français que la statue fût acquise pour être transportée au Louvre. A cette époque, la loi turque sur les antiquités, promulguée en 1874, n'existait pas encore et le sultan Abdul-Aziz n'aurait certes pas refusé une statue sans tête au gouvernement de Napoléon III. Il est donc fort à regretter que Joyau n'ait pas obtenu gain de cause, sans doute parce que les autorités compétentes reculèrent devant l'élévation des frais de transport, et l'on peut déplorer que la plus belle statue découverte en Syrie soit désormais partagée entre deux Musées, séparés par près de quatre mille kilomètres.

La statue colossale de Baalbek est inspirée et imitée des meilleures modèles de l'art hellénistique. Si nous passons en revue des monuments de la sculpture antique pour découvrir des figures analogues, les points de comparaison ne nous feront pas défaut. On dresserait une longue liste de statues représentant des femmes assises, le pied droit généralement avancé, l'himation passé sur une épaule et ramené par devant sur les genoux, entre lesquels il se creuse en plis profonds. Quelques-unes de ces figures sont pourvues d'attributs ou d'inscriptions qui ont permis de les dénommer avec certitude ; mais la plupart ont reçu leurs attributs des mains des restaurateurs et sont devenues, au hasard de leur inspiration ou d'une commande, des Déméter, des Cybèle, des Fortune, des Muses, des Hygie et des Isis1. D'autres, ayant conservé leur tête et considérées comme des portraits, portent avec plus ou moins de raison, le nom d'une impératrice*. On peut se demander pourquoi M. Lortet a songé à Julia Domna en présence de la statue de Baalbek. Assurément, cette princesse était syrienne et il semble dès lors assez naturel de rencontrer son image colossale à Héliopolis, dont

1. Clarac, Musée, p. 182-185, 194, 202, 209, 212, 217, 222, 262, 294 de mon édition ; cf. Répertoire, t. II, p. 256, 423, 685-689.

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