‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 18 sur 198 · Elien, Hist. anim , XII · texte numérisé non relu

Elien, Hist. anim , XII

La Scythie exclue, il reste la Macédoine, patrie des Briges, qui sont des Phrygiens, et l'un des foyers du culte d'Apollon avant sa diffusion dans le monde grec. On sait assez qu'Apollon est originaire de la Grèce du Nord. Avant d'être adoré sous forme humaine, il le fut en divers lieux, sous l'aspect d'un de ses animaux familiers, dont le nombre est très considérable ' ; l'âne est l'un d'eux, puisqu'on lui sacrifiait des ânes. Ainsi, à un époque très ancienne, quand on ne sacrifiait pas encore aux dieux, mais les dieux, il y eut un Apollonâne, dont les braiements étaient sans doute interprétés comme des oracles et dont la dépouille avait des vertus magiques. Puis le dieu et l'animal se dédoublèrent; on sacrifia des ânes à Apollon. Pindare savait encore qu'on faisait cela au nord de la Grèce; il devait en être de même en Phrygie,la patrie asiatique des Briges. Le rite usité nous est connu par la légende de Marsyas : l'âne sacré est suspendu à un pin et écorché. Il est écorché en l'honneur d'Apollon, par le ministre d'Apollon; autant dire que le dieu l'écorche lui-même.

Pour rendre compte entièrement du mythe, il faut se demander encore pourquoi l'Apollon écorcheur est le dieu citharède et ce que vient faire la musique dans cette aventure. Assurément, comme je l'ai dit en commençant, flûte et cithare ne peuvent appartenir à la légende primitive ; celle-ci n'est autre chose qu'un conte pieux, une explication du sacrifice traditionnel de l'âne d'Apollon. Si l'on sacrifie l'âne à Apollon, comme le bouc à Dionysos, c'est que l'âne a offensé Apollon, comme on disait que le bouc avait offensé Dionysos en rongeant la vigne, vite nocens rosa". Mais comment l'âne a-t-il offensé Apollon? Une fois le dieu conçu comme citharède et patron de la bonne musique, l'explication se présentait d'elle-même. Les anciens ont jugé sévèrement la voix de l'âne ; aucun animal n'était plus étranger à la musique que celui-là3. Les Pythagoriciens disaient qu'il était insen-

Page 1