Signal de Genève, 17 juillet
2. « Preuve éclatante de mon mauvais caractère » écrit M. Loisy (Choses passées, p. 100), en révélant au public, qui l'ignorait, sa brouille avec Ms' Duchesne et ses causes futiles. Je ne crois pas être plus indiscret en disant ici pourquoi j'ai cessé de correspondre avec M. Loisy. M. Lobstein, théologien de Strasbourg, avait publié, dans la Theologiscke Literai.urzeitung , un article injustement élogieux sur le livre de M£r Batiffol contre Orpheus. J'écrivis à cette Revue (1911, p. 124) : « Dans son article sur le livre de M. Batiffol, M. Lobstein prétend que l'auteur, d'accord avec Loisy, Lagrange et Grandmaison, a mis en lumière, avec autant de sérénité que d'élévation, mes erreurs d'information, de méthode et de jugement. A cela j'ai à objecter : 1° que les critiques susdits sont ou ont tous été des ecclésiastiques catholiques, de sorte qu'on ne peut attendre d'eux par trop d'impartialité {allzuviel Unparteilichlteit) ; 2° que M. Lobstein parle d'écrits qu'il n'a pas examinés lui-même, mais qu'il cite simplement Loisy, Lagrange et Grandmaison
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silion (éd. de Kehl, t. XVIII, p. 259) : « CeTorquemada, dominicain, devenu cardinal, donna au tribunal de l'inquisition espagnole cette forme juridique laquelle s'est toujours conservée. » Or, il est notoire que le cardinal Torquemada, quoique contemporain du dominicain inquisiteur, n'avait rien de commun avec lui. C'est donc par une étourderie inqualifiable que j'ai répété l'erreur de Voltaire (Orpheus, p. 507) ; j'en rougis encore !
Cela dit, je réimprime.
A propos d' « Orpheus » l .
Monsieur le Directeur,
En vous remerciant des deux comptes-rendus si courtois que la Revue historique (t. Cil, p. 300-313) a publiés d'Orpheus, je demande la permission de discuter quelques objections de M. Loisy.
P. 305. Sur le poisson-maigre, je suis entré dans des détails ailleurs (Cultes, t. III, p. 49). Le premier texte que nous ayons sur la tolérance du poisson comme aliment de jeûne est de Socrate (tiist. ecci, V, 22) ; or, pour expliquer cette tolérance, Socrate allègue un argument absurde (que les poissons, suivant la Genèse, sont sortis de l'eau). C'est donc qu'on ne savait pas pourquoi Ton mangeait du poisson le vendredi ; je suppose qu'on en mangeait pour obéir à un vieux rite de communion, dont il y a trace dans l'inscription d'Abercius. « Ce n'est jamais ainsi qu'on l'a compris
d'après la préface de Batiffol (p. xni) ; 3° que nombre d'attaques de Batiffol sont tout à fait sans fondement (suivent des exemples), etc. ».
M. Loisy, qui lit comme moi la Theologische Literaturzeitung, fut très offensé de la phrase où je parlais de son impartialité, alors cependant que le bon sens indique combien il est difficile, sinon impossible, de se dégager des influences d'une discipline qu'on n'a pas seulement subie soi-même, mais exercée à son tour. Ceux qui liront, dans Choses passées (1912), l'admirable récit des longues luttes que M. Loisy a dû soutenir dans son for intérieur avant de renoncer à l'orthodoxie, ne seront pas disposés a me donner tort. Même après la vision de Damas, saint Paul se souvenait qu'il avait appris aux pieds de Gamaliel (Actes, XXII, 3).