ANONYME
dans The Saturday Review, 23 juillet 1910*.
Sous le titre un peu fantaisiste à' Orpheus, M. S. Reinach nous présente une esquisse du développement delà religion depuis les temps les plus reculés jusqu'au modernisme et à l'Encyclique Pascendi. La manière dont cette tâche difficile a été accomplie mérite le plus chaleureux éloge. Comprimer une masse si vaste de matériaux dans un récit de quelques centaines de pages et faire que ce récit soit intéressant et même fascinant pour le lecteur ordinaire, voilà déjà un remarquable exploit. Mais M. Reinach a fait mieux encore. Il n'a pas seulement tracé, au profit des noninitiés, une silhouette délicieusement lucide de l'histoire des religions, mais il a rempli ses pages d'une variété étonnante de suggestions brillantes, de théories et d'explications qui doivent
1. ha. Saturday Review passe plutôt pour un organe clérical. Si l'auteur très compétent de cet article avait vu dans Orpheus un pamphlet de sectaire, il l'aurait dit. Mais cet honnête homme a pris la peine de lire le livre; il y a remarqué (comme Ettore Pais, Wendland et quelques autres) des découvertes assez heureuses, et il a eu la loyauté de les signaler. Je ne vois pas qu'un seul critique français ait reconnu ou pris la peine de dire qu'Orpheus est rempli de rapprochements nouveaux, de choses plausibles qui n'avaient été dites encore que par moi.
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fixer l'attention même des érudits professionnels. D'un bout à l'autre, ce livre pétille d'originalité... M. Beinach allègue des parallèles remarquables pour beaucoup de doctrines caractéristiques du christianisme. Il est indiscutable que l'idée de la mort et de la résurrection d'un dieu n'était pas nouvelle pour les païens auxquels prêchaient S. Paul et S. Pierre et que la notion du dieu mangé était extrêmement ancienne et répandue... Quelques-unes des explications de légendes et de mythes sont d'une ingéniosité charmante [suit un exposé de l'interprétation donnée par Orpheus au sujet de l'annonce de la mort de Pan]. Cette explication est aussi brillante que convaincante. Non moins habile est la rationalisation de l'histoire de Prométhée, ou l'interprétation fournie des taches de sang sur les os des martyrs Gervais et Protais, découverts à Milan par saint Ambroise. Mais il est impossible de suivre M. Reinach dans sa tentative de mettre la Passion de N. S. en rapport avec la fête des Sacées, etc.
ARTICLE DE W. NESTLE dans Wochemchrift fur klassiche Philologie, 1912, p. 865-870.
« Ce livre a évité très heureusement deux écueils : il n'est ni obscur ni superficiel... C'est en sceptique que M. S. Reinach considère toutes les religions du monde, et il le fait, comme on doit hautement le reconnaître, sine ira et studio. // rend également justice aux boudhistes et aux musulmans, aux protestants et aux jésuites... Dans la partie du livre relative au christianisme, M. Reinach témoigne le plus souvent d'un jugement objectif et correct, qu'il soit question de Luther ou de Loyola, de Rousseau ou de Voltaire, de Pie IX, de Léon XIII ou de Pie X, de la supercherie de Léo Taxil ou de la Science Chrétienne, de la Franc-maçonnerie ou de l'Armée du Salut. Je trouve particulièrement intéressant son exposé des plus récents mouvements religieux en France... Très raisonnable aussi est le vœu exprimé à la fin du livre, que la jeunesse soit initiée à la connaissance scientifique de la religion, seul remède à la fois contre le fanatisme religieux et contre le fanatisme irréligieux ».
Sapienti sat. Il y a encore des gens qui savent lire ; il y a des critiques qui ne se spécialisent pas dans les procès de
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tendance; il y en a qui s'occupent de ce que contient un livre, et pas seulement de ce que Fauteur n'a pas pu ou n'a pas voulu y mettre. Cela n'implique point qu' Orpheus soit un bon manuel, ni que j'aie découvert le fil d'Ariane pour explorer le labyrinthe des religions; mais il m'est permis de conclure des articles cités et de beaucoup d'autres qu'il y a quelque témérité dans cette sentence, prononcée le 26 mars 1912 au cercle d'études sacerdotales de Forcalquier : « L'Orpheus de M. S. Reinach est un pamphlet où le parti pris le plus évident déforme systématiquement les faits et où le rationalisme grossier, le manque de hauteur et de sérénité, les points de vue simplistes dignes d'un primaire, les lacunes de la documentation et l'abondance des hypothèses accusent non la méthode objective et rigoureuse d'un servant de la science, mais la passion étroite d'un sectaire ».