Tristes, I
de la fidélité au malheur (res est sacra miser, dit Sénèque) ; il est donc parfaitement explicable, en l'espèce, par le peu que nous savons.
Et les serviteurs, les famuli qu'Ovide qualifie de nocentes, c'est-à-dire de malfaisants? Sur ce point aussi, un passage des poèmes de son exil nous éclaire. A diverses reprises, pour atténuer sa faute, qui était, suivant lui, une imprudence, une erreur, une folie, mais non un crime1, où ses yeux seuls avaient péché, non son cœur 2, Ovide insiste sur le fait que l'empereur s'est contenté de le reléguer à Tomes, qu'il ne l'a privé ni de ses droits de citoyen, ni de son patrimoine. Citons seulement un passage :
Ira quidem moderato, tua est, vitamque dedisli,
Nec mihi jus civis, nec mihi nomen abest, Née mea concessa est aliis fortuna, nec exsul Edicti vérins nominor ipse tui3.
Pourtant, dans une des Pontiques, on trouve ces vers4 :
Recta fides comitum poterat mala nostra levare : Ditata est spoliis perfida turba meis.
Un ancien commentateur s a supposé que ces comités qui ont volé Ovide, qui se sont enrichis de ses dépouilles, étaient ses compagnons de route, et la justesse de cette opinion me semble évidente. Nous savons par Ovide lui-même qu'aucun de ses amis, de ses compagnons proprement dits, ne l'accompagna sur la route de l'exil : mais il était riche, accoutumé au bien-être et dut emmener de nombreux serviteurs, affranchis ou esclaves. Il les appelle ici comités et non famuli, parce qu'il ne vise pas leur état social, mais le fait qu'ils voyageaient avec lui. L'expression comités fugae se trouve
1. Tristes I, 1, 98; III, 1, 52; III, 6, 25; Pontiques, III, 3, 75.
2. Le passage capital est Tristes, III, 1903 {Cut- aliquid vidïï cur noxia lumina feci ? Cur imprudenti cognita culpa mihi 2). — Cf. Tristes, III, 5, 43; 111, 6, 25 ; IV, 10, 90.
3. Tristes, V, 2, 55, Cf. I, 1, 19 ; I, 2, 61 ; II, 127,135 ; V, 11, 15 ; Pontiques, I, 2, 94; 1,7, 39.