‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 4 sur 198 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

dans l'idée que je me fais de la religion, considérée non dans son développement, mais dans son essence irréductible. Pour lui, ce qui caractérise le phénomène religieux, c'est la division bipartite de l'univers en choses sacrées, protégées par des interdits, et en choses profanes, auxquelles les interdits s'appliquent (p. 56). Donc, la manifestation primordiale de ce phénomène, c'est l'action inhibitive du sacré, c'est-à-dire le tabou (p. 428) ; or, cela revient tout à fait à la définition, si violemment attaquée, que j'ai donnée de la religion élémentaire : « Un système de tabous ». En exprimant ma satisfaction d'être d'accord, sur des questions aussi graves, avec un penseur aussi profond que M. Durkheim, je suppose que s'il n'a pas marqué lui-même ces concordances, c'est qu'il a cru tous ses lecteurs en état de les constater comme moi4...

On trouvera peut-être que je montre quelque sans-gêne à tirer ainsi M. Durkheim du côté à'Orpheus. Ainsi, entre ma définition minima de la religion et celle qu'il a proposée, il y a cette différence que la religion semble plutôt à ses yeux un système d'interdits, quand j'y veux voir un système de scrupules. Mais la différence est plus apparente que réelle. Transféré du dehors au dedans, de la société qui commande à l'individu qui obéit, l'interdit est un scrupule ; c'est par le scrupule de faire telle ou telle chose que se manifeste l'interdit. I! est tout naturel que M. Durkheim et moi envisagions le même phénomène sous deux aspects différents, puisque sa doctrine part de la périphérie, de l'environnement social, tandis que la mienne, sans faire abstraction de cet environnement, l'homme étant impensable sans la société, tend plutôt à partir de la psychologie individuelle. Mais nous sommes l'un et l'autre, et je m'en réjouis, bien éloignés d'admettre, comme fonds primitif des religions, je ne sais quelles idées vagues sur l'amour, la confiance, l'espoir en Dieu, qu'on y introduit parfois à la dérobée, au grand plaisir d'une orthodoxie toujours prête à nous ramener au jardin d'Eden.

Mais M. Durkiieim ne dit nulle part tolidem verbis que la religion soit un système d'interdits. L'interdit n'est pour lui que le signe extérieur auquel se reconnaît, dans la pratique, la chose sacrée. Voici sa définition textuelle (p. 56) : « Quand un certain nombre de choses sacrées soutiennent les unes avec les autres des rapports de coordination et de subordination, de manière à former un système d'une certaine unité, mais qui ne rentre lui-même dans aucun autre système du même genre, l'ensemble des croyances et des rites correspondants constitue une reli-

1. Suivent quelques critiques sans importance sur l'exécution matérielle du livre, qui pourrait être plus digne du contenu.

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