Tristes, V, 4, 5 ; Pontiques, II
74 LA DIVINATION A ROME ET LEXlL D'OVIDE
rait jamais parlé de pareilles choses, fût-ce par voie de discrète allusion. Or, il en parle sans cesse, s'accusant et s'excusant à la fois, sans jamais vouloir énoncer clairement ce que les Romains, de son propre aveu, savaient fort bien, même avant son départ. C'est qu'il ne s'agit pas d'une chose honteuse pour Auguste; il s'agit seulement d'une chose dont il était pénible et cruel de renouveler le souvenir1. Rappelonsnous que l'empereur était vieux, que Livie le dominait entièrement dans l'intérêt de son fils Tibère, que la succession au principat n'était pas assurée, et qu'un homme comme Agrippa Postumus, petit-fils d'Auguste, alors exilé dans l'îlot de Planasie, pouvait légitimement y prétendre. Ovide, dans les nombreuses élégies qu'il a écrites pour fléchir le courroux de l'empereur, proteste qu'il l'a toujours aimé et adoré, qu'il n'a jamais conspiré contre lui, qu'il lui souhaite longue vie et désire ardemment que Tibère, associé à l'empire, en porte le plus tard possible tout le fardeau2. Il flatte Tibère et Livie avec toutes les hyperboles ingénieuses que lui suggère son talent3. Mais le jour où il apprend la mort d'Auguste, il comprend que sa cause est perdue1. Tout lecteur non prévenu et attentif reconnaîtra, en lisant d'affilée les Tristes et les Politiques, que Livie et Tibère sont les ennemis les plus implacables d'Ovide5. Or, il se trouve que le protecteur d'Ovide, Fabius Maximus, appartenante la plus
1. Ovide ne veut pas rouvrir la blessure d'Auguste [Tristes, II, 1, 207) ; il ne veut pas non plus rouvrir la sienne (Ponliques, I, 6, 22).
2. Tristes, I, 2, 101; I, 5, 41, II, 1, 53 (très important); II, 164 (sur Tibère associé à l'empire); II, 562 (quoque favore animi teque tuosque canam); III, 5, 43 ;V, 2, 49; V, 11,23; — Pontiques, II, 2, 10; II, 8. Cette dernière élégie, inspirée par des portraits d'Auguste, de Livie et de Tibère, que Cotta avait envoyés à Ovide, m'a mis sur la voie de la solution que je propose; je prie qu'on veuille bien la relire.
3. Par ex. Tristes, III, 12 45 ; IV, 2, 9 ; Ponliques, II, 1, 53 ; II, 2, 71 ; II, 8, 9 et 42.