‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 44 sur 198 · Ehwald, ibid., 1901, II, p · texte numérisé non relu

Ehwald, ibid., 1901, II, p

tesse du siècle dernier, parlant de la curiosité qu'éveillent les problèmes métaphysiques :

... obstinément le désir qu'on exile Revient errer autour du gouffre défendu1.

1. L. AckerœaDD, Poésies philosophiques. Cf. Caro, Problèmes de morae sociale, p. 419.

Le tombeau d'Ovide '.

Giovanni Gioviano Pontano, en latin Ponlanus, qui fut secrétaire de Ferdinand II, roi de Naples, publia, en 1498, un recueil de traités sur la libéralité, la bienfaisance, la magnificence, la splendeur, l'obéissance, etc. Dans le traité De maqni ficentia (y III au verso) 2, on lit ce qui suit : « Georges de ïrébizonde, homme très versé dans l'étude de l'antiquité, nous a plusieurs fois raconté, alors que nous l'écoutionsdans notre jeunesse, qu'il avait lu ceci dans un bon auteur : Les citoyens de Tomes, quand le poète Ovide fut mort chez eux, réunirent de l'argent par souscription publique en l'honneur de ce noble esprit et lui élevèrent un tombeau magnifique — il se servait du mot grec tymbos — devant la porte de la ville, au lieu le plus fréquenté, bien qu'Ovide fût un étranger et qu'il eût été proscrit par l'empereur » 3.

Né en 1426, Pontanus a pu entendre Georges de Trébizonde vers 1450, alors que ce dernier, après avoir appris le latin à Venise, jouissait à Rome de la faveur du pape Nicolas V. Georges de Trébizonde, d'une famille originaire de cette ville, naquit à Candie en 1395 et vint à Venise en lri20 4. Pendant

1. [Revue de Philologie, 1906, p. 275-285. Je demande la permissiou d'intercaler ici ce mémoire, qui n'a rien de religieux, pour compléter ce que j'ai cru avoir à dire de nouveau sur Ovide.]

2. Je me sers d'une édition en caractères italiques, sans date ni pagination, que possède la bibliothèque de l'Institut; il en existe un autre exemplaire au Musée Condé.

3. « Georgius Trapezuntius, rerum vetustarum vir abunde studiosus, audientibus nobis, adolescentes cum essemus, non semet retlulit legisse apud bonum authorem Tomitanos cives, Ovidio poetae qui apud eos diem obiisset, collata e publico pecunia propter ingenii nobililatem, tymbon— graeco enim verbo utebatur — magniflce struxisse ante oppidi portam in loco maxime celebri ; quamvis Ovidius et peregrinus esset et ab imperatore romano proscriptus. »

4. Vogt, Wiederlebung des class. Allertîtums, 3e éd., t. II, p. 138.

sa longue vie, qui se termina en 1484 seulement, il fut un des plus remuants et aussi un des plus querelleurs parmi les humanistes grecs qui avaient élu domicile en Italie. Ses principaux travaux sont des traductions et des commentaires d'auteurs grecs, tant profanes que sacrés ; il commenta aussi plusieurs discours de Cicéron.

Rien n'autorise à croire que Gorges de Trébizonde ait été un mystificateur. Ce qu'il raconta plusieurs fois (non semel) à ses élèves, pour l'avoir lu dans un bon livre (apud bonum authorem), doit, en effet, avoir figuré dans un manuscrit que nous n'avons plus. Ce manuscrit était-il grec ou latin? Le fait que Georges de Trébizonde se servait, en citant le texte, du mot grec tymbos, particularité remarquée par Pontanus, doit naturellement disposer à croire que le manuscrit du bon auteur était en grec; j'ajoute que l'expression in loco maxime celebri est la traduction littérale d'une formule qui se trouve dans les inscriptions grecques (svtw èTCisavsaTaTw xérap).

Ce témoignage sur le tombeau élevé par souscription publique à Ovide, devant la porte de la ville de Tomi, n'est allégué dans aucune histoire de la littérature latine; je n'en trouve trace ni dans celle de Teuffel ni dans celle de Schanz, pour ne citer que les deux plus récentes. Il n'a cependant rien d'invraisemblable et ne mérite pas l'oubli complet où il est tombé. Ovide nous apprend lui-même qu'il avait fini par nouer des rapports d'amitié avec les Gètes. Il écrivit, dans leur langue, un poème on l'honneur d'Auguste et en donna publiquement lecture au milieu des applaudissements de ces barbares :

Et longum getico murmur in ore fuit l.

Plus d'un demi-siècle après les leçons de Georges de Trébizonde, dont Pontanus nous a conservé le souvenir, un savant de Rovigo, Ludovico Ricchieri, en latin Ludovicus Caelius tlhodiginus, publiait le grand ouvrage intitulé : Ahtiquarum lectionum commentarii (Venise, 1516). C'est un recueil de notes sur les sujets les plus divers, en particulier sur les

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