‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 46 sur 198 · Osann, op. laud., p. xxxiv · texte numérisé non relu

Osann, op. laud., p. xxxiv

sin de mystifications et d'erreurs. Non seulement le pseudo- Apulée cite une foule d'auteurs qui n'ont jamais existé ou qu'il n'a pu lire, par exemple Ch. Camerini Excidium Trojae, Terentii Varronh Bellum Punicum, Cottae Hélium Pharsalicum, etc., mais, comme l'a montré Madvig, 23 des poètes dont il invoque l'autorité sont nommés par Ovide, à côté de 4 autres, dans la sixième lettre du livre IV des Politiques. Presque toutes les citations sont annoncées, mais laissées en blanc dans le manuscrit, comme si le mystificateur n'avait pas été de force à pousser sa mystification jusqu'au bout. En cela il diffère de l'auteur des scolies de l'Ibis qui cite, lui aussi, nombre de poètes du siècle d'Auguste, mais leur attribue des vers ridicules, qui n'ont pu être fabriqués qu'au VIe siècle. D'une manière générale — l'observation en a déjà été faite — le pseudo-Apulée se rattache étroitement au scoliaste de l'Ibis; or ce dernier, par son érudition de charlatan, appartient au groupe d'écrivains frauduleux qui compte encore, dans la littérature latine, Fulgence Planciades ' et le géographe de Ravenne. Il n'est guère douteux qu'une des sources du texte corrompu copié par Statius soit un commentaire charlatanesque de Y Ibis, analogue à ceux que nous avons conservés et pire encore. Mais comme il est difficile d'admettre que le copiste d'une partie du manuscrit de Rhodiginus ait, de propos délibéré, introduit des copies d'anciennes gloses perdues dans son travail; comme, d'autre part, le manuscrit de Rhodiginus renfermait lui-même un passage relatif à Y Ibis d'Ovide, force est de croire que le manuscrit de Rhodiginus dérivait au moins de trois sources : 1° les petits traités d'Apulée, du xe ou du xie siècle; 2° des scolies charlatanesques sur Y Ibis d'Ovide; 3° une notice en grec sur le même auteur.

1. Le De 0?,thogr. (c. 64) cite Sera pion de Rhodes et Philochore ; Fulgence (Mythol. I, 13) cite Philochore et Sérapion d'Ascalon. Cf. aussi De orthogr., (c. 26) citation des livres de Numa) et Fulgence, Expos, serm. anligui, p. 174 (même citation). — La fraude littéraire qui consiste à citer des livres non existants a été pratiquée encore au xixc siècle. J. Holden Mac Michael signalait récemment, chez Carlyle, « his habit of inventing imagiuary authors,

Malheureusement, nous ne sommes pas au bout des difficultés.

Merkel, Ellis et Crusius ont essayé de prouver, par des arguments de valeur très inégale, que certains morceaux du pseudo-Apulée dérivent d'ouvrages imprimés, mal lus ou démarqués par un ignorant. Ces ouvrages seraient les Adagia d'Érasme (1500), Y Hecalostys et les In Ibin Ovidii Sarritiones de Constantinus Fanensis (1507, 1508) et le De Orthographia de Tortellius (1471). L'examen des arguments allégués serait une tâche longue et minutieuse; pour ma part, je ne crois pas que la preuve ait été faite. Merkel et Crusius font de Rhodiginus un faussaire qui aurait fabriqué son Apuleius avec des extraits de ces ouvrages, abominablement défigurés et interpolés de citations imaginaires; mais cette hypothèse sera toujours inadmissible pour quiconque a lu seulement dix pages des Commentarii de Rhodiginus, où l'érudition est diffuse, mais toujours réelle et de bon aloi. Rhodiginus, il faut le remarquer avec insistance, n'a pas cité un seul des textes du pseudo-Apulée où sont mentionnés à la file des auteurs que pas un moderne n'a connus; ce n'est donc pas lui qui les a fabriqués. Je crois que son manuscrit contenait un certain nombre de passages dans le goût des scolies de Y Jais, mais aucun emprunt déguisé à des livres imprimés en 1471 et 1508. Une partie de ce manuscrit fut copiée à la hâte et probablement en cachette ; celui qui possédait cette copie voulut-il faire valoir sa trouvaille et la grossir? On peut attribuer a ce faussaire, qui travailla entre 1525 et 1565, tout ou partie des fraudes littéraires qu'on a injustement reprochées à Rhodiginus. Le manuscrit de ce dernier, compilation d'un humaniste grec du xive siècle, était déjà, dans une certaine mesure, un faux; la copie que nous a conservée Statius est, si l'on peut dire, le faux d'un faux. Que le second faussaire se soit servi de textes imprimés sans les comprendre, cela est possible, mais ne me paraît pas démontré.

books and periodicals to father passages upon « (Noies and Queries, 14 juillet 1906).

Si les hypothèses qui précèdent sont admises, faute d'explications plus vraisemblables, il en résultera que la critique moderne a tort de négliger complètement les fragments du pseudo-Apuleius. Ceux du moins qu'a cités Rhodiginus sont authentiques, bien que d'une autorité douteuse; ce ne sont pas les fantaisies d'un humaniste. Ce qui est connu seulement par la copie de Statius devra être soigneusement étudié ; on éliminera, après preuve faite, si la preuve est possible, les passages provenant d'Erasme, de Tortellius ou de tel autre ; on retiendra ceux dont on ne découvrira pas l'origine en les considérant, jusqu'à nouvel ordre, comme copiés sur les fragments possédés par Rhodiginus ou peut-être sur des scolies d'Ovide que nous n'avons plus.

La bonne foi de Rhodiginus, qui me paraît absolument certaine, oblige d'attribuer de l'importance à un autre passage des Commentant qui, signalé en 1826 par Osann (p. 108), a été complètement oublié depuis. Au chap. IV du livre VI, Rhodiginus écrit : Signât autemhostorium radium sive instrumentant quo raduntur mensurae. Plantas :

Diique deaeque omnes, tantam nobis laetidam Tôt gaudia sine radio cumuletls...

Ce passage manque dans les éditions des fragments des Comiques latins et dans la dernière édition des fragments de Plaute; mais il n'était pas inconnu des anciens lexicographes, témoin ces lignes de Forcellini à l'article Radins de son Lexicon (p. 592) : Est etiam hostorium, seu baculum, quo aequatur cumulus modii} à.-Ko\).<xv.iç><x. Quidam lexicographi afferunt haec verba Plauti, quae ego apud hune ne in suppositus quidem invenire potui : Diique deaeque omnes tantam nobis laetitiam Tôt gaudia sine radio cumulent. La citation est textuelle, sauf que cumulent remplace ici le cumuletis de Rhodiginus. Il serait intéressant de savoir si ces deux vers n'ont pas été cités par quelque autre savant delà Renaissance; quoi qu'il en soit, on ne voit pas pourquoi ils ont été exclus des fragments de Plaute, car Rhodiginus n'avait aucune raison de les fabriquer et personne, à son époque, ne compre-

nait assez les mètres de Plaute pour se permettre de les imiter même par à peu près.

Dans la note où il citait ces vers en 1826, Osann ajoutait qu'il publierait quelque jour un fragment d'une comédie encore inconnue de Plaute, intitulée Oedipus {fragmentwn ex Oedipode fabula Plaati adhuc incognita producam). J'ai vainement cherché le moindre éclaircissement à ce sujet et crois devoir signaler cette mention singulière, perdue dans une note d'un petit volume discrédité, à l'attention de mes confrères latinistes \

1. M. Léon Dorez a bien voulu me faire observer que M. Plessis, dans la seconde édition de son Calvus, admet également l'authenticité d'un fragment de ce poète cité par le seul Rhodiginus.

De l'influence des images sur la formation des mythes1.

Dans le tome XIV des Commentationes de la Société de Gœttingen, l'illustre Heyne écrivait (p. 117) : « Il y a des mythes qui ont pour point de départ des ex-voto antiques et des œuvres d'art. Ainsi, la légende d'Arion sauvé par un dauphin paraît n'avoir d'autre origine qu'une image où il était ainsi figuré ». Peu de temps après, dans deux programmes de Marbourg (1803), G. F. Creuzer reprenait cette question sous le titre suivant : Mythorum ab artium operibus profectorum exemplum propoiiitur. Aux yeux de Creuzer, il s'agissait d'une veille statue qui représentait un navigateur assis sur un dauphin, symbole d'un voyage heureusement accompli; en cherchant plus tard à l'expliquer, on imagina le mythe du poète Arion. Creuzer ajoute, sans insister, qu'il y a beaucoup de mythes grecs comportant une explication analogue ; il cite l'épisode d' Auge dans Pausanias et quelques histoires d'Hérodote, par exemple celle d'Aristée de Proconnèse. Un peu plus haut, il dit que les mythes des peuples actuels d'Asie et d'Afrique offrent des exemples parallèles; on voudrait qu'il se fût arrêté davantage sur cette partie vraiment intéressante de son sujet.

Creuzer cite Heyne, mais ni l'un ni l'autre de ces savants ne paraissent s'être doutés que cette méthode d'exégèse avait déjà été appliquée au xvme siècle. Elle l'a été certainement par les premiers Bollandistes et par le pape Benoit XIV, qui

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