Scientia, vol. V, 1909, n° X
ont expliqué ainsi les légendes des saints céphalophores l. « Ces légendes, écrit le P. de Smedt8, se ressemblent presque toutes d'une manière frappante. Immédiatement après le supplice, le corps du saint se dresse sur ses pieds, prend entre ses mains sa tête tombée sous la hache et, l'élevant à la hauteur de sa poitrine, se met en marche ». Les Bollandistes ont montré que la première source de ces légendes, qu'on raconte à propos d'un très grand nombre saints, est un passage de S. Jean Chrysostôme3 où il est question des martyrs se présentant devant le Roi du ciel avec leur tête entre les mains, comme des soldats s'adressent avec confiance à leur chef lorsqu'ils peuvent lui montrer les blessures reçues à son service. On eut de bonne heure des statues de martyrs décapités, qui portaient leur tête comme emblème de leur supplice ; la légende se forma tout naturellement quand on essaya de les expliquer.
Quel fut le savant qui entra le premier dans cette voie féconde? J'ai cru et j'ai imprimé que c'était Bernard de Montfaucon. « Le système deClermont-Ganneau, écrivais-je en 1884*, a cela d'original qu'il montre en quel sens il faut entendre l'influence mystique [lire : mythique] de l'Orient sur la Grèce aux premiers âges de la civilisation. Dès le xvne siècle, Montfaucon expliquait la légende de saint Denis portant sa tête par les statues où le saint était représenté sa tête à la main (emblème du martyre subi). Voy. Creuzer, etc. ». J'ai renouvelé depuis la même assertion5. Mais Saintyves, dans son excellent ouvrage sur les saints successeurs des dieux, a fait observer en note (p. 123) qu'il avait vainement
1. Saintyves, Les saints successeurs des dieux, 1907, p. 123. .
2. De Smedt, Principes de critique historique, p. 191 (cité par Saintyves, op. L).