S. Reinach, Manuel de Philologie, t. II, p
5. S. Reinach, Cultes, mythes et religions, t. H, p. 1.66 v1906).
cherché ce passage dans Montfaucon. Je l'ai cherché à mon tour sans succès ; j'ai eu recours au manuscrit de mon Manuel, et je me suis assuré que je n'avais pas donné de référence. A vingt-cinq ans de distance, il m'est impossible de me souvenir où j'ai pris cette note; mais je ne l'ai certainement pas inventée et je ne désespère pas d'en retrouver un jour l'origine. Pour le moment, je dois confesser que je l'ignore.
Le premier mythologue, à ma connaissance, qui ait longuement développé la thèse de l'influence des images sur la naissance des mythes, est Alfred Maury, dans son ouvrage intitulé : Essai sur les légendes pieuses du moyen âge (1843; réimprimé en 1899). La troisième partie de ce livre érudit, mais touffu et peu lisible, est intitulée comme il suit: « L'emploi des symboles figurés et des images emblématiques, dont la signification était oubliée par le peuple, donna naissance à une foule de légendes forgées dans le but d'expliquer ces symboles et ces images que l'on ne comprenait plus ». Maury allègue, à grand renfort de citations, un nombre considérable d'exemples (p. 95-216); puis il conclut ainsi : « Le peuple, jugeant par les yeux, a supposé les faits d'après les images et créé des légendes pour expliquer celles qu'il ne comprenait pas ».
Dans son grand ouvrage Les caractéristiques des saints (1867), le savant jésuite Cahier eut souvent recours à des explications du même genre, sans toutefois citer Maury, dont le livre avait été fort mal traité par le cardinal Pitra (1850). « On saisit facilement, ditSaintyves (op. L, p. 126), les motifs qui l'ont empêché de citer un personnage aussi compromettant ». Si vraiment — je ne l'ai pas vérifié — le P. Cahier n'a jamais rappelé les titres de Maury, tout en s'inspirant directement de sa méthode, il a poussé la réserve jusqu'à un point où elle confine d'un peu trop près au plagiat.
François Lenormant écrivait, dans la Gazette archéologique (1877, p. 150) : « Beaucoup de fables zoologiques des anciens proviennent des œuvres d'art plutôt que de l'observation, à commencer par ce que dit Elien (de Nat. Anim., VI, 33) des
de' l'Influence dès images sur la formation des Mythes ïhr
diverses couleurs de l'aspic royal d'Egypte ». Voilà encore une application sporadique de la méthode de Maury — la plus ancienne que je connaisse où l'on ait allégué un monument d'art, étranger au pays où la tradition mythique a pris naissance. L'année suivante, dans la Revue critique (1878, II, p. 215, 232), M. Glermont-Ganneau élargissait beaucoup la question en faisant intervenir, dans la genèse des mythes grecs, les monuments de l'art phénicien que le commerce introduisait en Grèce et que les Grecs essayèrent d'expliquer en forgeant des mythes. « Non seulement les artistes grecs ont copié les sujets de ces coupes phéniciennes et autres objets similaires, mais la curiosité populaire s'est avidement emparée de ces images qui parlaient aux yeux en les charmant et elle a demandé ce qu'elles voulaient dire... Aux erreurs de l'oreille sont venues s'ajouter celles de l'œil. Puis ont pris naissance les mirages propres de l'imagination... Mis aux prises avec ces textes figurés..., l'esprit hellénique, qui a toujours voulu tout expliquer, qui a prétendu trouver, bon gré mal gré, la raison de toute chose, ne pouvait manquer d'essayer de les lire et de les traduire. Mais il les a lus et traduits à la manière. . . de grands enfants pour qui toute idée est une image, toute image un problème, toute fable une solution... J'essaie de montrer, chez les Grecs, à côté de ce qu'on peut appeler la mythologie auriculaire , qui a peut-être trop exclusivement occupé les modernes, l'existence d'une véritable mythologie oculaire on, si l'on veut, optique... Il ne s'agit plus de rechercher dans l'image la traduction du mythe, mais dans le mythe la traduction de l'image » (p. 219-220). M. Clermont-Ganneau avait d'abord adopté l'expression : mythologie iconographique (ibid., p. 232). En réimprimant son travail en 1880 S il substitua, fort heureusement d'ailleurs, iconologique à iconographique . Rajouta aussi (p. xxxm) une note nécessaire qui manque dans la première édition {Revue critique, 1878, II, p. 236) ; cette note trop brève est ainsi conçue : « Cf. particulièrement les beaux travaux de
1 Ch. Cleruiout-Ganneau, L'Imagerie phénicienne et la mythologie iconologique chez les Grecs. Première partie (seule parue), Paris, 1880.
M. A. Maury » et se rattache à la phrase suivante : « Nos légendes du moyen âge sont remplies de cas analogues dont plusieurs sont présents à la mémoire de tous, et les premiers temps du christianisme en fournissent maint exemple ». Assurément, les titres de Maury méritaient d'être rappelés, d'autant plus que la mythologie iconologique ri était, après tout, qu'un élargissement des principes sur lesquels le savant polygraphe avait tant et même si lourdement insisté.
M. Clermont-Ganneau est un bien meilleur écrivain que Maury; il est aussi plus ingénieux et, sinon plus érudit, du moins infiniment plus précis dans son savoir. On doit vivement regretter qu'entraîné par d'autres recherches, où il s'est d'ailleurs assuré une réputation de premier ordre, cet orientaliste ait abandonné la mythologie iconologique sans essayer de lui faire tenir toutes ses promesses. Je pourrais montrer, par des citations nombreuses, que les idées de M. Clermont-Ganneau ont exercé une légitime influence, no~ tamment entre 1879 et 1883; MM. Heuzey {Terres cuites du Louvre, 1882) et Milchhœfer (Sphinx, 1879; Anfaenge der Kunst, 1883) fondèrent d'intéressantes hypothèses sur les mêmes prémisses. Mais lorsque M. Gruppe, en 1887, publia la seule histoire développée que l'on possède encore de l'exégèse des mythes, il ne dit rien de la mythologie iconologique *. Sans avoir la prétention de connaître toute la « littérature » mythologique des vingt dernières années, je crois pouvoir dire que j'ai été le premier, en 1902, à reprendre la méthode iconologique et à tirer d'elle des résultats tout nouveaux 2. Pourtant, je ne dois pas omettre de rappeler que MM. Havet et Martha, discutant, en 1888 et en 1889, sur un passage obscur du IVe
1. 0. Gruppe, Die griechischen Culten und Mythen, Leipzig, 1887, tome I (seul paru).
2. Comptes rendus de V Académie des Inscriptions, 1902, p. 506, 748; Revue arehéol., 1903, I, p. 154; Cultes, t. Il, p. 159.
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livre de l'Enéide, ont reconnu l'un et l'autre que la source de Virgile avait été une peinture du monde infernal ', et que moi-même, en 1893, lors de la publication de Y Apocalypse de S. Pierre découverte en Egypte, j'ai signalé l'origine graphique de certains détails de ce tableau2. J'expliquais ainsi notamment le châtiment imposé aux victimes des passions antiphysiques, obligées, suivant l'Apocalypse, de se précipiter sans cesse du haut d'un escarpement. Ce mythe dérive d'une peinture des Enfers, pareille à celle que le poète Ausone vit à Trêves, où la poétesse de Lesbos, dont les Alexandrins avaient médit comme on sait, était figurée sur le point de se précipiter du roc de Leucade dans les flots.
C'est précisément le désir d'expliquer la nature des peines infligées dans l'Enfer aux personnages de la Fable qui m'amena à développer la mythologie iconologique. Pourquoi Sisyphe roule-t-il un rocher et doit-il le rouler indéfiniment? C'est qu'on lui attribuait la construction d'un château gigantesque, presque au sommet de l'Acrocorinthe; une image, célébrant son audace de constructeur, fut prise plus tard pour celle de son châtiment. Pourquoi les Danaïdes doivent-elles éternellement remplir des vases qui fuient? Parce qu'on vantait les filles de Danaos comme d'habiles magiciennes, qui avaient attiré une humidité bienfaisante sur les campagnes desséchées de l'Argolide. L'image du service rendu par elles passa pour celle de la peine qu'elles subissaient. Pourquoi Salmonée, aux Enfers, était-il frappé de la foudre de Zeus, tandis qu'il imitait, dans un char roulant sur du métal, le bruit de l'orage? C'est parce qu'il avait été, lui aussi, un magicien, un « faiseur de pluie »; on le représenta, en conséquence, avec son attirail de sorcier, exécutant une opération compliquée de magie sympathique, et cette image donna lieu à la légende de Salmonée aux Enfers, dont Virgile s'est docilement fait l'écho. Je m'en tiens ici à ces exemples, qu'il serait facile de multiplier. Comme Homère connaît déjà le