Bertrin, op. laud., p
acquis par le Louvre, à la vente du maréchal Soult, au prix énorme de 615.000 francs et reproduit par la gravure à des milliers d'exemplaires, avec la légende « L'Immaculée Conception. » La Vierge y paraît « dans un nuage d'or », « les mains croisées sur la poitrine », a regardant le ciel », « vêtue d'une robe blanche » avec un manteau bleu sur l'épaule gauche. Sauf le ruban bleu serrant la ceinture et les pieds nus (ceux de la Vierge de Murillo sont cachés par sa robe, à l'espagnole), c'est, à très peu de chose près, la « belle dame » que décrivit Bernadette Soubirous;
3° En Espagne, le prénom de Conception (abrégé de Notre-Dame de la Conception) est souvent attribué à des filles.
Cela posé, reprenons le récit de l'apparition du 25 mars, la plus importante de toutes, à en croire les auteurs catholiques, car, dit M. l'abbé Bertrin « trois ans environ après le jour où, par un acte solennel du pape Pie IX, la Sainte Vierge Marie était déclarée exempte de la tache originelle, dans une petite ville des Pyrénées françaises, elle apparaissait elle-même à une humble enfant et, interrogée sur son nom, elle répondait : Je suis l'Immaculée Conception ». Et l'abbé ajoute, sans s'apercevoir que sa piété tourne presque au blasphème : « C'était la définition du ciel après celle de la terre. Une doctrine venait d'être enseignée au monde par l'Église : Dieu y mettait sa signature ». Le pape d'abord, Dieu ensuite; cela est bien dans l'esprit du Romanisme.
La Sainte Vierge aurait pu répondre à Bernadette : « Je suis Marie conçue sans péché »; au lieu de cette réponse théologiquement correcte, la petite paysanne a cru entendre dire : « Je suis l'Immaculée Conception ». Se qualifier du nom d'un dogme n'a pas le sens commun; mais cela même établit la bonne foi de Bernadette et permet d'écarter toutes les explications evhéméristes, qu'il s'agisse d'une chocolatière ou d'une horlogère surprise dans un entretien trop intime par une enfant.
Puisque la Sainte Vierge n'a pu dire une absurdité et puisque Bernadette n'a pu l'inventer — puisque, d'autre part, si
elleavait été unsiinple instrument aux mains de clercs, comme le garçon tailleur trompé par les Dominicains de Berne en 1507', elle aurait donné à la réponse de la Vierge une forme correcte — force est d'admettre que Bernadette, victime d'une hallucination de la vue et de l'ouïe, n'a fait que voir et entendre ce qu'elle avait déjà vu et entendit à l'état normal.
Elle avait vu une image de piété, de celles qu'a répandues par milliers le colportage, représentant, avec des couleurs voyantes, la Vierge de Murillo qui est au Louvre ou l'une de celles qui sont restées à Madrid. Ne sachant pas lire, elle avait demandé ce que signifiait cette image; et, tout naturellement, on lui avait répondu en déchiffrant la légende gravée au dessous : L'Immaculée Conception.
Le fait que Bernadette a pris ainsi le nom d'un dogme pour celui d'une déesse ne prouve point qu'elle fût hystérique ou folle, car les Athéniens du temps de S. Paul, gens très instruits et raisonnables, avaient commis exactement la môme confusion. Paul prêchait à Athènes la résurrection du Christ, en grec Anastasis; les Athéniens crurent qu'il tentait d'introduire dans la cité une divinité étrangère de ce nom. Cela est dit en toutes lettres au chap. XVIII des Actes des apôtres (§ 18) : « Et quelques philosophes épicuriens et stoïciens conférèrent avec lui ; et les uns disaient : Que veut dire ce discoureur? Et les autres disaient : Il semble qu'il annonce des divinités étrangères; c'était paroe qu'il leur annonçait Jésus et la Résurrection »2.
1. Voir, sur cette affaire, Lea, Histoire de f Inquisition, t. III, p. 728 de ma traduction. — Saintyves (Discernement du miracle, éd. belge, p. 48) iusiste sur l'analogie de la vision de Bernadette avec les règles posées par Mgr Malou dans son travail sur l'iconographie de l'Immaculée Conception. Les ressemblances ne me paraissent pas très frappantes; d'ailleurs, où Bernadette aurait-elle lu ou entendu lire le livre de Mgr Malou? Dans le même ouvrage de Saintyves, on trouve un témoiguage très intéressant d'un instituteur des environs de Lourdes, d'où il ressort avec évidence que l'abbé Ader a préparé Bernadette au rôle de voyante, et cela six mois avant sa vision. Je continue à croire mou explication acceptable, mais je ne nie nullement, puisque c'est aujourd'hui l'évidence, que la fourberie du clergé local ait joué un rôle non seulement après la vision, mais avant. — [1912].
2. S. Jean Chrysostôme {32e discours sur les Actes) dit formellement : « Ils
L'erreur sur la nature d'Anastasis n'a pas seulement été commise par les Athéniens, puisque le calendrier chrétien a fait une place à Sainte Anastasie, personnage mythique qui n'est qu'une hypostase du nom grec de la Résurrection*. Dans le même ordre d'idées, le christianisme populaire connaît sainte Patenôtre et sainte Toussaint, laquelle — nom oblige ! — guérit la toux.
Ainsi, la belle toile, d'ailleurs trop vantée, de Murillo, qu'un maréchal de France avait dérobée en Espagne, n'a pas seulement enrichi le Musée du Louvre d'une des œuvres les plus caractéristiques de l'école espagnole, mais a contribué indirectement, par un processus de mythologie optique, à transformer les cabanes de Lourdes en palais*.
prenaient Résurrection pour une déesse, accoutumés qu'ils étaient à adorer des femelles ».