Homère, Iliade, XIX
112 LE RIRE RIÎUEL
inextinguible des dieux, xyi&rtoç y-fÀwç1. A la différence du pauvre rire des hommes, témoignage d'une vitalité précaire et inférieure, le rire des dieux ne semble pas devoir finir.
On racontait que Caligula avait voulu faire transporter à Home le Zeus de Phidias conservé à Olympie; déjà les échafaudages, les machines étaient dressés lorsque la statue éclata d'un tel rire (tantum cachinmtm repente edidit) que les ouvriers épouvantés prirent la fuite2. Ce rire de Zeus n'était pas motivé par la tentative sacrilège de Caligula, qui n'avait, à la vérité, rien de comique ; c était l'affirmation solennelle, la manifestation bruyante de la présence du dieu, de ce dieu que Paul Emile, entrant autrefois dans le temple d'Olympie, avait cru voir en personne à l'aspect du chef-d'œuvre de Phidias3. Les Grecs d'Olympie, qui imaginèrent l'historiette recueillie par Suétone, en racontaient sans doute beaucoup d'autres du même genre; il y a des exemples, dans l'antiquité, de statues qui pleurent et qui suent* ; il devait y en avoir autant de statues qui rient.
Dans un papyrus alchimique conservé à Leyde et datant du 111e siècle de notre ère, on lit un récit où la création et la naissance même du monde sont attribués au rire divin5. « Dieu ayant ri, naquirent les sept dieux qui gouvernent le monde... Lorsqu'il eut éclaté de rire, la lumière parut... Il éclata de rire pour la seconde fois : tout était eaux. Au troisième éclat de rire apparut Hermès..; au cinquième, le Destin ; au septième, l'âme. » Cette conception n'est pas isolée dans l'antiquité. Proclus cite des vers d'un poète qu'il qualifie de théologien, c'est-à-dire de pythagoricien ou d'orphique, attribuant la naissance des dieux au rire de la divinité souveraine et la naissance des homme à ses larmes6. Comme nous savons par Hérodote, bien informé de ces ma-