‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 64 sur 198 · Elien, Var. Hist., III, 37; Diodore, III · texte numérisé non relu

Elien, Var. Hist., III, 37; Diodore, III

nus jusqu'à nos jours, des milliers d'Indous et d'Indoues ont monté en souriant sur le bûcher; au xvnc siècle, le voyageur italien Pietro délia Valle signale expressément le rire d'une veuve sur le point de subir volontairement le supplice du feu : « Stava di buonissima voglia ragionando e ridendo in conversazione, corne avrebbe fatto nei nostri paesi ana sposa* ». A défaut de la victime, qui peut se refuser à rire, la nature étant parfois plus forte que le rituel, les assistants remplissent cet office et rient pour elle. Les Sardes riaient en sacrifiant leurs vieillards2 ; les Troglodytes, en lapidant leurs morts3; les Phéniciens, quand on immolait leurs enfants *; les Thraces, quand l'un d'eux venait à mourir5. Les anciens ont expliqué ces bizarreries de deux façons : tantôt ils ont allégué que la victime devait sembler consentante, pour ne pas vicier le sacrifice0; tantôt ils ont attribué aux survivants l'idée philosophique que la vie est un mal et la mort un bien, ajoutant que la naissance d'un enfant était saluée, chez les Thraces, par des lamentations, non par des réjouissances7.

Si ce dernier fait était avéré, il comporterait, à mon avis, une explication différente : le désir d'écarter le malheur par une manifestation anticipée du deuil, une sorte de vaccination préventive. Un peuple qui aurait considéré sérieusement la vie comme un mal n'aurait pas résisté pendant trois générations à la lutte pour la vie. Mais il est plus vraisemblable que cette histoire a été imaginée pour faire pendant à celle de la joie rituelle que parents et amis, chez les Thraces, étaient tenus de manifester autour du mort, joie forcée et toute religieuse, à laquelle la philosophie, cette tard-venue,

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