A. France, Jeanne d'Arc, t. II, p
LE KIRE UlTUEL 12Î
dans un trou, à plus de 300 mètres de profondeur, sans nourriture, sans" lumière, sans espoir, et sauvés enfin par leurs héroïques compagnons. « L'un d'eux, écrit un témoin oculaire1, se meta rire, mais d'un rire effrayant, lugubre. Ce fantôme gai s'appelle Némy ». Dans la classification des formes du rire, je demande qu'on fasse une place au rire des rescapés.
En lui-même, le rire n'est pas plus rituel que la génuflexion ou l'acte de joindre les mains ; mais, comme ces actes, il a pris une signification rituelle à une certaine époque et dans certains milieux. Il en est de même des larmes, trop naturelles à l'homme; les larmes des pleureuses à gages, qui n'ont pas disparu partout, ne sont-elles pas des larmes rituelles? Le rire s'est laïcisé, si l'on peut dire, bien plus tôt que les larmes; on pleure encore dans les églises, on n'y rit point'; enrevanche, on rit volontiers au théâtre, et l'on se fait scrupule d'y pleurer, comme si les larmes, encore imprégnées de sentiments religieux, n'étaient pas de mise dans un lieu profane. Le caractère sombre du christianisme a contribué à bannir du culte les manifestations d'une hilarité même légitime. Toutefois, l'Église orthodoxe grecque a conservé une trace de la joie exubérante qui saluait, dans les cultes antiques, le retour à la vie d'un dieu ou d'un héros mort : c'est la bruyante manifestation du dimanche de Pâques, qui déchaîne comme une allégresse dionysiaque dans les villes grecques au cri mille fois répété : Xpiaxo; àvécxTj.