‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 89 sur 198 · S LE DOCÉTISME ET L'HISTORICITÉ DE L'EXISTENCE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

S LE DOCÉTISME ET L'HISTORICITÉ DE L'EXISTENCE DE JÉSUS

2° cette opinion se rapprochait de celle de certains Juifs. Mais, notons-le bien, les docètes refusaient de croire non pas, comme le dit M. Reinach, « au Jésus de chair », mais seulement à la réalité objective de cette chair.

11 ne saurait donc être question de rapprocher cette opinion de celle qu'auraient eue certains Juifs (suivant V hypothèse de M. Salomon Reinach), niant l'existence (à la fois apparente et réelle) de Jésus, — encore moins d'imaginer, ou, si l'on veut, de déduire des textes précités l'existence d'une telle opinion.

Supposons un Juif disant : « Jésus n'a jamais existé », le docète, suivant M. S. Reinach, lui répondra : « C'était un fantôme divin... que les yeux ont vu, dont les oreilles ont perçu la voix... ». Le Juif l'interromprait ainsi : « Mais non, justement : mes yeux ne l'ont pas vu, mes oreilles n'ont point perçu sa voix : et c'est précisément pour cela que je nie qu'il ait existé. » Et il me semble que le pauvre docète resterait court. Aussi ne vois-je pas comment il aurait pu y avoir confusion ni même rapprochement entre des gens qui, je le répète, affirmaient qu'on avait vu (par illusion ou autrement, peu importe) Jésus fils de Marie, et des Juifs qui auraient nié qu'on eût jamais vu ce même Jésus.

Or il n'est pas question, encore une fois, de savoir si une telle confusion a pu se produire, ni, à plus forte raison, d'expliquer comment elle s'est produite, — mais bien si, des textes de saint Ignace, on peut conclure qu'il y ait eu des Juifs niant l'existence historique de Jésus.

Reprenons, à l'aide de ces textes, la discussion entre le Juif et le docète. Celui-ci, comme chrétien, affirme : ce Jésus est le Christ ». — « Non, répond le Juif, il n'est pas le Christ, car il n'esl pas fils de David1, sa vie a été un scandale permanent, il s'est élevé contre la loi de Moïse et a blasphémé ; enfin sa mort a été honteuse*. » — « Soit, réplique le docète; seulement ce n'est pas le corps réel du Christ qui a vécu sous le nom de Jésus, mais un corps fictif, un fantôme. » — D'où cette conclusion, commune aux Juifs et aux docètes, que le corps de Jésus n'est pas le corps du Christ ; — et nullement que Jésus n'a pas existé.

« Cette insolente négation », M. S. Reinach trouve « remarqua-

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