‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 90 sur 198 · LE DOCÉTISME ET L'HISTORICITÉ DE L'EXISTENCE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LE DOCÉTISME ET L'HISTORICITÉ DE L'EXISTENCE DE JÉSUS

ble » qu'elle se soit produite « non pas à Éphèse ou à Alexandrie, mais sur le théâtre même de l'activité terrestre de Jésus, non pas un ou deux siècles après, mais presque au lendemain de sa mort». — Remarquable, en effet ; et le mot n'est pas assez fort. Seulement, il eût fallu prouver que cette « insolente négation » s'est produite, et dans ces conditions ; faute de quoi l'étrangeté même du fait devient une grave objection contre sa réalité.

D'ailleurs en présence d'une telle négation, les chrétiens (M. Salomon Reinach le reconnaît) n'auraient pas perdu leur temps à de vaines subtilités. Ils auraient produit des actes, authentiques ou apocryphes. Or, si ces actes n'ont pas été produits, quelle est la raison de cette abstention? M. S. Reinach « hésite à répondre » ; fort bien ; mais ne serait-ce pas, tout simplement, qu'il n'y a jamais eu de négation?

Enfin notons que nous n'avons pas de textes anciens contestant l'existence historique de Jésus, même « dans les bas-fonds de la littérature juive », d'où l'Église aurait peut-être eu quelque peine à les faire disparaître. — Bien plus, à défaut de textes hérétiques, il nous reste fréquemment des écrits orthodoxes qui combattaient ces hérétiques : bien des hérésies ne nous sont connues que de cette façon. Or, il n'y a pas, que je sache, de texte orthodoxe ancien dirigé contre la négation de l'existence de Jésus. Ici encore, silence complet. Pourquoi? Ne serait-ce pas, encore une fois, qu'il n'y a jamais eu de négation?

En somme, l'argumentation de M. Salomon Reinach est celleci : « le docétisme chrétien est très nettement une façon de concilier l'idée chrétienne du Christ divin et spirituel, sans laquelle il n'y a pas de christianisme, avec un x judaïque ». Quel est cet a?? Pour M. Reinach, c'était « évidemment » (et cela ressort des deux textes de saint Ignace) « la négation circonstanciée de l'existence de Jésus à l'époque où les chrétiens plaçaient sa vie et sa mort ».

J'ai essayé de montrer que la conciliation est impossible si cet x est la négation radicale de l'existence historique de Jésus ; — qu'elle est, au contraire, très possible, et même vraisemblable si l'a; en question n'est que le refus de reconnaître à Jésus la qualité de Christ ou Messie; — enfin, que, puisque le Juif déniait à Jésus la qualité de Messie, le docète, déniant au corps de Jésus la qualité de corps du Messie, pouvait, avec vraisemblance, être accusé de « judaïser ».

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