‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 9 sur 198 · Mclusine, t. IX, p · texte numérisé non relu

Mclusine, t. IX, p

tion d'un traditionaliste, de quelque arrière-pensée qu'elle s'inspire, ne doit jamais détourner de sa tâche un critique sincère. Mais comme c'était mon devoir de conduire cette longue histoire jusqu'à sa fin — disons jusqu'en l'an 1911 — je n'ai pu éviter de signaler quelques symptômes de fléchissement qui ne peuvent, en conscience, être méconnus. Les critiques franc-pensant, comme disait Voltaire, sont engagés dans une œuvre de destruction mutuelle; quand ces luttes intestines auront produit leur plein eiïet, que restera-t-il sinon la tradition, la vieille réponse antiscientifique au problème soulevé par l'origine des religions? Une telle réaction ne pourrait pas être durable, mais il est possible que nous vivions assez longtemps pour en être témoins et qu'il faille de nouveau beaucoup de temps et d'efforts pour regagner le terrain perdu. Un des meilleurs moyens, pour la raison, de garder ses conquêtes, est d'en faire consciencieusement l'inventaire, de mesurer le chemin parcouru, de décrire les étapes du progrès. Permettez-moi donc de conclure en exprimant le vœu qu'un savant bien informé nous donne un jour deux volumes sur le grand sujet que je viens d'esquisser insuffisamment en soixante minutes. L'histoire bien racontée de ce chapitre de la science n'apporterait pas seulement une satisfaction à la curiosité, mais servirait de stimulant salutaire aux travaux futurs et de sauvegarde aux résultats durables des efforts passés.

Marsyas.

Marsyas était un Silène, qui habitait à Kelainai en Phrygie. Sa légende fut très populaire en Attique au v° siècle; le théâtre et les arts graphiques s'en inspirèrent. Elle comprend surtout deux aventures, ou plutôt deux mésaventures, dont la première le mit aux prises avec Athéna, la seconde avec Apollon. Parlons d'abord de la première.

Athéna, ayant inventé la double flûte, remarqua que l'usage de cet instrument déformait la pureté de son visage, en l'obligeant à gonfler d'air ses deux joues; de dépit, elle jeta les flûtes à terre1. Marsyas les aperçut et s'apprêtait à les ramasser lorsqu' Athéna parut menaçante à ses yeux. La suite de l'histoire, mise en œuvre dans des drames satyriques que nous n'avons plus et dans le groupe statuaire de Myron, qui a pu être restitué dans ses grandes lignes2, n'est pas connue avec certitude; il semble qu' Athéna ait frappé Marsyas de sa lance et qu'elle ait proféré, contre le Silène, des menaces que devait exécuter Apollon. Toujours est-il que Marsyas ramassa les flûtes et, sans souci de s'enlaidir encore, se mit à en jouer à son tour.

Cette légende est sans intérêt mythologique, d'abord parce qu'elle est relativement récente, puis et surtout parce qu'il est trop aisé d'en démêler l'origine. Il existait, sur l'invention de la double flûte, deux traditions 3 : l'une, passée de Béotie

1. Voir les textes dans l'art. Marsyas du Lexikon de Rosclier, col. 2440. Cette légende est attestée dès le ve siècle.

2. S. Reinach, Répert. de la slat., t. IV, p. 173, 2; Sieveking, Archdol. Anzeiger, 1912, n. I.

Page 1