Gunkel : « Est le signe de la consécration
4. Gunkel : « Et l'extension du bois dressé auquel celui qui a été élevé fut suspendu sur la route » (p. 302, inintelligible).
5. Pas du tout, dit M. Spitta (p. 261), c'est purement juif; il n'est pas question de la croix, mais de la croissance d'un arbre (opinion isolée).
Le symbolisme de la croix est très ancien dans le christianisme (Barnabe, Justin, etc.)- Ou bien peut-on essayer de montrer, avec quelque chance de succès, que le symbolisme de la croix existait déjà quelque part dans le judaïsme ? Avoir recours à un très ancien symbolisme exotique de la croix me paraît inadmissible ». Les italiques sont de moi; ces lignes dénotent encore l'inquiétude de M. Harnack". Peut-être aurait-il pu être plus explicite — rappeler, par exemple, que les auteurs chrétiens ont souvent reconnu la croix dans le tau mystique d'Ezéchiel (9, 4, 6) et de Job (31, 35), que la croix ou plutôt la crucifixion du Juste sont mentionnées fort clairement dans un Psaume davidien (22, 17). Dans le .même verset de ce Psaume, on lit : a Des chiens m'ont environné, et une assemblée de gens malins m'a entouré ». Ce passage était présent à l'esprit de l'auteur de l'ode 28, qui fait suite à la courte ode traduite plus haut : « Ils m'environnèrent comme des chiens enragés, qui tournent leur fureur contre leur maître », où M. Harnack renvoie naturellement en note à Psaume, 22, 17. Mais M. Harnack ne pense pas que cette ode soit chrétienne. On y trouve le passage suivant (c'est le Juste persécuté qui parle) :
« Je tenais l'eau dans ma main droite et j'en supportais l'amertume par ma douceur. Et je ne péris pas, parce que je n'étais pas leur frère, car mon origine n'est pas la leur. Et ils cherchèrent ma mort et ne la trouvèrent pas, car j'étais plus ancien qu'ils ne pouvaient penser. »
M. Harnack remarque (p. 51) : « On voit qu'il ne peut être question ici du Christ ».
« Comment, demande-t-il (p. 107), a procédé l'interpolateur? il a introduit dans les odes Christ, le fils de Dieu... En général, il l'a introduit de telle façon qu'il l'a distingué du moi du poète; mais dans cinq passages, il a identifié au Christ le moi du poète
1. M. Gunkel, qui n'admet aucune part de judaïsme dans les Odes (sauf l'influeuce d'Isaïe et des Psaumes davidieus), n'en déclare pas moins, à propos de cette ode 27 : « Le signe de la croix, cela est impliqué ici, est antérieur à la crucifixion de Jésus ; fait intéressant pour l'histoire religieuse ». Assurément, d'un intérêt capital.
juif, qui dit de lui-même des choses sublimes, et par là il a créé de grandes difficultés qui ne l'ont pas troublé lui même ».
Ce poète inspiré qui ose s'identifier au Christ rappelle à M. Gunkel les prophètes montanistes (p. 300).
Un des passages christologiques les plus remarquables est dans l'ode 31 :
Ils me déclarèrent coupable, quand je me présentai, alors que je ne l'avais jamais été, et ils partagèrent mon avoir, alors qu'on ne leur devait rien. Mais moi je souffrais en silence et j'étais tranquille, comme si rien de leur part ne m'eût touché ; je restais immobile comme un rocher battu par les flots ».
Harnack, p. 64 : « Toute cette section est très probablement chrétienne, car l'analogie avec haïe 53 ne suffit pas à l'expliquer '. » Je ne sais pourquoi le savant éditeur n'a pas rapproché les mots sur le partage (sie verteilten meine Heute) de Psaume 22,19 et celui qui concerne l'insensibilité physique du Juste à' haïe 50, 7 (où il est question d'un roc) et à'Evang. Petr. § 4. L'interpolateur chrétien vers l'an 150 a été vraiment d'une rare prudence; non seulement il n'a pas mentionné Jésus, mais alors même qu'il a parlé de lui ou l'a fait parler, il s'est tenu très près des documents juifs, sans jamais citer une ligne textuelle du Nouveau Testament.
J'en ai dit assez pour montrer que M. Harnack, avec l'honnêteté qui complète le vrai savant, ne cache pas son embarras là où il admet des interpolations chrétiennes. Mais une fois qu'il croyait les odes juives, il fallait bien recourir à cette hypothèse. « Les gens du métier savent, écrit-il (p. îv), que je ne me décide pas facilement à admettre des interpolations. » Pourtant, ici, la nécessité semblait pressante, et M. Harnack, sans ambages, nous a dit pourquoi :
« Si ces odes de Salomon avaient déjà été connues lorsque
1. Pour M. Gunkel, qui traduit cette ode (p. 312), elle est entièrement chrétienne. Avec M. R. Harris, il croit y discerner l'influence de la philosophie grecque; Marc Aurèle (Med., IV, 49) parle aussi d'un cap immobile, battu par les flots. Mais cet indice paraît bien insuffisant.
récemment, une fois de plus, un dilettante non autorisé à inquiété la chrétienté avec la thèse de l'inexistence de Jésus1, elles auraient sans doute été alléguées dans le débat. Si on les prend, dans l'état où elles sont devant nous, comme un recueil un et original, il est possible de montrer, avec beaucoup d'apparence, que l'auteur de la découverte et de la publication (R. Harris) a eu tort de désigner ces chants comme chrétiens ou judéo-chrétiens, mais qu'il sont bien plutôt juifs et préchrétiens. Mais, dès qu'on admet cela, « le Jésus préchrétien » * est trouvé, car ces Odes donnent par avance tant de choses chrétiennes que U historicité de Jésus paraît menacée au plus haut point » (p. m).
Le sentiment net de ce péril, de cette conséquence possible (ou impossible) de sa thèse sur l'origine juive des Odes, a contraint M. Harnack, malgré sa répugnance, à l'hypothèse des habiles interpolations chrétiennes dont nous avons cité plus haut quelques spécimens.
Suivant M. Harnack, un seul passage suffit à prouver que les odes non interpolées sont juives : c'est celui où, d'accord avec MM. R. Harris, Spitta, Charles, etc., il trouve une mention du Temple. Ode 6 (trad. Labourt) :
« Un ruisseau est sorti et il est devenu uu torrent grand et large. 11 a inondé et brisé l'univers et l'a emporté vers le Temple et les obstacles des hommes n'ont pu l'arrêter, pas même les artifices de ceux qui endiguent l'eau. »
Harnack, p. 32 : « Ceci prouve le judaïsme de l'auteur ; toute connaissance divine atteint son but par le fait que les hommes viennent au Temple ».
M. F. Spitta (Zeitschrift f. Neutest. Wiss., 1910, p. 194) rapproche de cette image de la source devenue torrent Ezéchiel, 47 3; Joël, 4, 18; Zacharie, 14, 18; Henoch, 26, 2 :
« Les indications géographiques sont si exactes qu'il est impossible de s'y tromper. La montagne sainte est Sion, la source
1. Allusion à M. Drews, professeur à Carlsruhe, auteur de l'ouvrage à sensation Die Christusmythe; cf. Revue de V histoire des Religions, t. LXI, p. 377.
2. AllusioD à M. Benj. Smith, professeur arnéricaiu, auteur de l'ouvrage Der vorchristliclie Jésus.