fie», arckéol.y 1815, I, p
MKIICLIIE TKIOKPHALE nS
anttiropomorphisé en coDscrvant le laureau comiiifi altribut; l'idi^c de la Iriplicit^ aurait continué fi s'exprimer soît par la triptti tôlu du dieu, soit par la triple corne de lanimal, soit enfin par les trois grues associées au taureau et équivalentes, au prix d'un calembour populaire, à trois cornes.
Quelque tentante que soit cette combinaison, je ne puis l'admcllre, par cette raison grave que les tricépliales gaulois ne Bont pas cornus, que les dieux gaulois cornus n'ont pas de Cornos de taureau, mais des cornes do cervidés, enlin que je ho connais pas un seul exemple certain de l'association du Mercure gaulois avec un taureau, Aucun taureau gaulois à trois cornes ne porte d'inscription; aucun ne s'est trouvé groupé avec un dieu à ligure humaine; tant qu'une découverte heureuse ne nous aura pas éclairés sur la nature de cet animal Tantastique. il vaut mieux avoucrqu'on n en sait rien.
D'ailleurs, comme sur l'autel de Trêves figure la tête coupée d'un laureau avec trois grues, on pourrait être tenté df modifier l'hypothi^sB du baron du Wilte en la retournant. Le type celtique primitif, reûet d'un mythe que nous ignorons, pouvait être précisément le taureau aux trois rjriies\ destiné au sacriiicc, comme l'a vu M. Mowat, parce qu'il porto sur le bas-rolief de Notre Dame un dorsuale et parce que, sur celui de Trêves, nous voyons sa tète détachée du corps, Au prix d'un calembour, le taureau aux trois grues, trigaranoa, a pu être représenté, dans la Gaule orientale, comme un taureau à trois cornes, tpiyîpw^. M. Vendryès a récemment proposé' de reconnaître le grand dieu gaulois Trigaranos dans un passage d'une comédie grecque do 280 av. J.-C, cité par Athénée'. Le culte du taureau est attesté chez les Gaulois comme chez les Cimbres et les Celtibères. En Grèce, le lau-
1. Le («il que 1m grues fodI des oiiea Ift prèHQCe (la deux grues héraltjii)ijea s (S. RcJDkcb, CuUti, t, I. p. Ul.
S, Rtvut ctlliiiut, i907, p. 123-121.
3. Ath«oee, Xlll. S7, p, S90 A. Le teit< DD «DiiDal redoutable (tiiplov) qui ua ce lie l'eavofer ■ Seleucus en ikbaiiBe d'ut
IW MERCHIIE TRlClil'UALE
reau divin s'appelle, à l'époque classique, tantôt Zeus, tanlât Poséidon, tantôt Dionysos, jamais Uerniës. En Gaule non plus, je ne crois pas possible, dans l'état acioel de nos connaissances, de le mettre en relation avec le Mercure tricéphale. Sur l'autel de Reims, le taureau parait à côté du cerf au-dessous du dieu accroupi à cornes de cerf; sur le vase de Gundestrup, où le dieu à cornes de cerf tient le serpent à tC-te de liétier', comme le Mercure trici^^phale de Paris, un cerf gigantesque, suivi d'un taureau plus petit, accompagne ca personnage. H y a donc une relation de voisinage entre le dieu-cerf et le dieu-taureau. Maïs le dieu cerl n'est-il pas lui* même une image du Mercure gaulois? On pourrait le penser parce que ce Mercure est le bûcheron Esus et que le cerf est, par excellence, l'animal de la forât; on ajoutera, si 1 on veut, que le cerf rapide convient à merveille, comme animal familier, à Mercure messager et voyageur. Mais l'autel de Reims, où le dieu cornu est (iguré entre Apollon et Mercure, l'un et l'autre parfaitement conformes aux types classiques, soulève une diflîculté; pourquoi le dieu k cornes de cerf, assis au milieu, serait-il plulùt Mercure qu'Apollon? Je réponds qu'au bas du trône du dieu cornu sont représentés un cerf et un taureau, le cerf du côté de Mercure, le taureau du côté d'Apollon. J'inférerais volontiers de là que te cerf est l'attribut de Mercure et je crois qu'il y a de bonnes raisons pour associer le taureau avec Apollon. L'ApoltonlIélios celtique s'appelait probablement Belenus'; il est à la fois le dieu de certaines sources bienfaisantes (d'oîi la conception ccUique de l'Apollon médecin, seule mentionnée par César) et le dieu solaire ou lumineux- Or. en Grèce et en Orient, le taureau personnifie souvent la force du soleil et celle des eaux vives;
I. Je ne peux citer qu'une seule flgure aaslogue, connue par une gr«*iifw de Moat&ucou {AnUg. rj^t., II, pi. (90, 6) ; c'est une statuette de l'anctenaa collection de Ctiexellei, tieatenant-Rénéral A Muallncan, repréfentsnt un dieu *etu, barbu, i comcBde cerF, teuant daaa m main le serpent à tête de bélier. La découverte du vase de Gundestrup établit rauthen licite de cette statuette que j'aurni» dû recueillir daoa mon Répertoirr ; elle y entrera.
S. Voir, eu dernier lieu, Julliao, Revu: des Èludei ancifnnts, t. VJ, p. 223.
Mercure tbiciu-halk ni
nous conclurons donc, mais sous toutes rt^serves, ijuo le dieucerf des Gaulois est le Mercure de César et que le dicu-taurcau est leur Apollon'. D'autres consid(!!Tations, qu'il serait long d'exposer, m'ont convaincu depuis lonf^tomps que le dicu- Banglier, figurant sur les enseignes militaires, n'est autre que
^m M. Uowat a di^uiontrè, en 1880, que les quatre blocs sculptés ^Hlécouverts en 1867 dans tes démolitions de l'IIntol-Diou faisaient partie d'un seul et même massif facile à reconstituer'. « En cfTet. écrit cet éminent antiquaire, trois des blocs servaient nécossai rement de pierres d'angles, puisque cliacun porte des bas-reliefs sur deux faces adjacentes, les deux autres faces non sculptées étant simplement aplanies pour servir do joints par juxtaposition. Le premier bloc repri^sonte, sur une face, le dieu à trois visages dans un encadrement dont la parlie supérieure est ornée de feuilles li'cau superposées par imbrication, sur l'autre face un génie emportant le casque de Mars, Le deuxième bloc représente, d'une part, un génie suspendant l'épée (au mur d'un temple?), d'autre part, une face ornée, du haut en bas, d'une imbrication de feuilles d'cuu. Sur le troisième bloc, d'une part, une face ornée de la même imbrication et, d'autre part, un génie s'enfuyant avec le bouclier rejeté sur son dos ; les faces imbriquées de ces deux blocs doivent naturellement être réunies, de manif^re à former la façade postérieure du massif Ji reconstituer, ce mémo motif d'ornementation se trouvant rappelé sur la façade antérieure au-dessus de la tête du dieu à trois visages. Le quatrième bloc n'est sculpté que sur une de ses faces ; on y voit un génie suspendant {au mur d'un temple?) la cnéniide droite qu'il vient de détacber; ce bloc est évidemment paré pour être intercalé
I. Comme le taureau de Mitbra. le tsureaa gauIoU est pari pour le (N'otru-Datoe), tf(0Tgé (Gundestriip), dépecé (Trêves), Le taarvati ii ■ l'arlHioii. Tadiersaire île MiUira, mais MiUira lui-mèoie ; Uilbra h doit ('expliquer comme ApolioD laurocfonr (Apollon téiardj.
!. HowaI, Bulletin ipigrap/uqut, )880. p. 27-Ï9.
178 «ERCURE TRICÉPllALE
entre deux blocs d'anglo. Lo massif, supposé complet, coraporlail donc en loul six blocs, dont deux sont absents, et ce» six blocs formaient, en plan, un rectangle... 11 est aisé de deviner que, des deux bloca absents, l'un... représentait un génie portant la lance... et lautre formait le qualrième angle du massif et représentait, d'une part, un génie emportant la cuirasse, d'autre part le dieu Mars en personne... placé à la droite du dieu à trois visages sur la face principale du massif. Les deux façades lalérales étaient réservées auM six épisodes du Désarmement de Mars. »
M. Mowat a conjecturé que ces six blocs formaient lo piédestal dune statue équestre do Germanicus ou de Tibère et que le monument avait été exécuté à l'occafiion de la pacîlîcation de la Germanie, après la défaite d'Arminius par Germanicus, en l'an de Rome 770, Je n'admets pas cette hypothèse; les victoires de Germanicus au delà du Rbin ne conduisirent pas au désarmement des Germains et ne concernaient pas directement les Parisii.
En somme, lo décor du monument de rHôiel-ûieu — il n'est pas certain que ce fût un piédestal de statue — pouvait être désigné ainsi ; Mars désarmé par des Amours ou Géiu'es, en présence du Mercure gaulois. Bien que le motif de Mars désarmé par des Amours soit un lieu commun de lu sculpture hellénistique, je ne crois pas, en l'espèce, qu'on puisse n'y voir qu'une simple décoration. J'y reconnais, pour ma part, un monument symbolique de la pacificatiou ou du désarnioment du la Gaule sous Tibère, témoignage plus ou moins sincère de la fidélilé et du loyalisme des Parisiens.
Dans les textes anciens relatifs à la Gaule indépendante, le nom de Mars revient beaucoup plus souvent que celui de Mer^ cure. En revanche, k l'époque de la domination romaine, les images sculptées do .Mars, œuvres de l'art indigène, sont trôs rares en Gaule, alors que celles de Mercure sont très abondantes; Mercure est aussi nommé bien plus fréquemment que Mars dans les inscriptions'. Ce qui est vrai de ta Gaule con- >. i»; JuUiao, Bev. des éluda
MERCURE TRICÉPHALE
tinvotalc ne l'est pas do la Bretagne insulaire, où Mars prévaut sur Mercure dans l'tîpigraphio. D'autre part, un texte d'IUpîen, dans lo Oigeslo, énumère les temples do Mars, sans nommer les temples de Mercure, parmi ceux qui peuvent recevoir des héritages'. Enlin. comme l'a remarqué M, Jullian, Mars est le seul dieu (en dehors des empereurs) qui ait des Uamines en Gaule et le nombre des Mars locaux, distingués par des épithètes topiques, est bien plus considérable que celui des Mcrcures, dont les épithètes sont le plus souvent générales'. Il y a là un ensemble do faits précis, un peu contradictoires en apparence, mais dont il doit être possible do tirer des conclusions historiques.
C'est ce que M, Rhys et M. Jullian ont également tenté. M. Rhys pense que, dès l'époque de César, où Mercure est nommé en première ligne et Mars en troisième, le progrès des arts de la paix chez les Celles continentaux avait assuré la
primauté à Mercure et que cette primauté s'accusa encore, aux dépens de Mars, pendant la domination romaine; toutefois, à l'époque même de César, les temples municipaux de Mars servaient de trésors et recevaient le butin fait à la guerre"; ces habitudes religieuses se conservèrent même après la conquête et, avec elles, la multitude des Mars locaux
I. UtpieD, XXll, 6 : Deos heredes inaliluere non posiwnia... prxlrr Maritm in Gallia, Xtaervam llienstm, Htrculem Gaditanum. i. Jullian, lac. laud., p. IIS.
S. C⻫r, 8tU. Oall.. VI, il, 3-S.
ISO MEEICUItli: TltlCI^l'HALE
et leur capacité de recevoir des héritages. La théorie de M. Jullian dilTÊre de celle do M. Rhys en ce qu'il admet le fl dédoublement » de Mars-Mercure plutôt que « la marche distincte et ascendante » de Mercure'. Le dieu souverain des Celtes — Teutatès. suivant M, Jullian — se présentait à la fois comme un dieu de la guerre et de la paix, comme un Mars et un Mercure; la caractère pacifique dominait dans certaines régions, le caractère belliqueux dans telle autre. De ià, l'embarras des glossateurs de la Pharmle hésitant entre Mars et Mercure quand ils veulent rapprocher Teutalès d'une divinité romaine. Le Mars et le Mercure gaulois ne sont pas deux dieux celtiques dont le second l'emporte sur le premier à la faveur de la paix romaine, mais deux aspects de la même divinité.
Comme je u'adniels pus, malgré les ingénieuses observations de M. Jullian. l'csistence d'un dieu souverain des Celles nommé Teutalès, il va de soi que je ne partage pas sa manière de voir, telle que je viens de la résumer, mais que je me range plutôt à celle de M. Rhys, en faisant intervenir, toutefois, dans cette révolution plus mythologique que religieuse, un facteur politique, qui est le gouvernement romain.
Mars, le dieu belliqueux, le sanglier celtique, a dominé dans la Gaule indépendante. A l'époque romaine, son culle n'a jamais été proscrit, mais il a été entièrement romanisé, confondu avec celui du Mars Ultor du Capitole, dont l'image, reproduite par une foule de petits bronzes, se rencontre souvent en Gaule'. Les temples de ce Mars capitolin ont été protégés par la loi romaine et investis du droit de recueillir dos legs. Notez que le texte d'Ulpicn mentionne la Minerve d'ilion, Minercam Uiemem, l'Hercule de (ïadès, /Jrrculem Gadilanum, mais il ne dit pas le Mars celtique ou gaulois, Martem gallicum : il dit MartPtn in GalHa, ce qui n'est pas tout à fuit la même chose'. Le Mercure gaulois, dieu pacilique