Renao, Mission de PhénUne, p
U La mort du CRA.XD PA5
rinscription d'Aberkios, dont le fonds est emprunté à la phraséologie du culte d'Attis, le poisson sacré est qualifié de xâr/^védr^; Attis, souvent identifié à Adonis, est lui-même qualifié de \d^(2^ dans plusieurs textes*. L'adjectif xoviAiyjE^ est déjà dans Platon et appartient à la meilleure grécité ; ce n'est peut-être qu'un hasard s'il est rare comme épithète divine*. A PaxoSy le choix de Tépithète x2V(A£Y2; a pu être dicté par le rhythme, car la cantilènc que je restitue à la suite de la triple invocation spondaïque à Thamouz — ^ravpLEYaç TiOvr^xe — forme une tripodie trochaïque qui se prête très bien au débit traînant d'une mélopée.
Le culte d'Adonis parait à Athènes dès le v® siècle; il fleurit à Alexandrie à l'époque des Plolémées et trouvait encore des fidèles à Antiocho à la fin du iv* siècle de notre ère*. De la Syrie, son foyer principal, il rayonna sur l'ouest de TAsie Mineure, sur les îles, la Grèce continentale, TÉtrurie et Rome. On ne s'étonne pas de le rencontrer, au i*''" siècle, dans les petits ports de la mer ionienne, sur la voie que suivaient les navires allant du Péloponnèse en Italie. La diffusion de ce culte, comme de celui de la déesse syrienne Atargatis, fut surtout l'œuvre des marchands syriens qui fréquentaient, alors comme aujourd'hui, toutes les échelles du Levant*.
Si Ton admet l'argumentation qui précède, où je crois que la part do Thypothèse est très restreinte, il me semble que le passage de Plularque, après avoir tant exercé les commentateurs depuis Eusèbe, reçoit enfin une interprétation simple et naturelle, qui confirme, d'une part, la donnée essentielle du récit et explique, de l'autre, le malentendu nocturne, dû à la double confusion d'un nom de dieu avec un nom d'homme, d'une épithète doublement laudative avec un nom de dieu, qui
!. Voir les exemples donnés par Bruchmann, op. ciL, et Tinscriptioa de Rome (Kaibel, Epigr. gr.^ n. 824) : *'Arrei 8' \j^iaxu>i xai avvilvTt xb «àv | Tw «&<iiv xaipoî; 6t|ieptoxspa Tcâvxa çuovxi.
2. Bruchmann, Epitheta deorum^ cite un exemple tardif de Zeu; noLiL^dyaLç,
3. Voir Tarticle Adonia dans VEncyclopaedie de Pauly-Wissowa.
4. Sur U dispersion des petites communautés syriennes, voir Bréhier, Byz, Zeilschri/t, 1903, p. 1 et suiv.
LA MORT DU GRAND PaN 15
a troublé les compagnons d*Epitherse et Tibère lui-même par rinquiétante rumeur de la mort d'un dieu^
1. M. ClermoQt-Gauneau a bien voulu me sigualer le passage suivant du livre de François Lenormant II mito di Adone-Tammuz (p. 1), où l'on trouve le nom du pilote égyptien rapproché de celui du dieu syrien : « Almeno e difficile il non ammcUere una connessione ira il dio Tammuz ed il favoloso re d'Egillo^ d2[ioOc, di cui parla Plalone^ congiungendolo col dio Teut, ed anche col pilota egiziano di simiU nome inirodolto da Pluiarco in una leggenda mitlica, anzi nella favoia délia morte d'un dio, ■ Avant Lenormant, Liebrecht, dans son édition des Oiia imperialia de Gervais de Tilbury (p. 180), avait soupçonné une confusion entre le nom du dieu et celui du pilote : ■ Je crois que dans ce récit il s'est glissé une erreur, que le vrni nom du dieu dont ou déplore ie décès, à savoir Thamuz, l'Adonis des Syro- Phéniciens, a été donué au pilote et que, par conséquent, le dieu lui-même a reçu le nom d'une autre déité de la nature, c'est-à-dire celui de Pan ■ (cf. Frazer, Golden Bough, t. II, p. 5). Ces tentatives diffèrent de la mienne en ce qu'elles n'admettent pas le malentendu portant sur l'épithète icaviiéyac; elles sont, d'ailleurs, restées à peu près ignorées, môme d'un savant aussi informé que M. Roscber. On m'a dit que l'explication proposée ici aurait dû se présenter à l'esprit des anciens, qui savaient que Tbamouz est Adonis ; je réponds que les modernes le savaient aussi, depuis la Renaissance, et que, pourtant, ils n'y ont guère pensé avant moi.
A propos de la curiosité de Tibère
On a vu, dans le précédent article, que Tibère faisait son métier d'empereur en conscience et qu'il voulait être renseigné directement sur toutes choses. Cela était si connu à Rome qu'Ovide en fut informé même dans son exil'. Or, cette constatation de la curiosité « omnivore » de Tibère importe beaucoup à la critique d'un événement que Ton place sous son règne et qui a eu, pour l'histoire de l'humanité, des conséquences autrement graves que la prétendue mort du grand Pan. Je 1 ai déjà dit, mais il faut le répéter : Ponce Pilate n'aurait jamais fait mettre à mort un homme libre, accusé de s'être dit le roi des Juifs, sans en aviser Tibère, ne fût-ce que pour se créer un titre à sa faveur. Si Jésus-Christ a été mis à mort par ordre de Pilate, il a dCi exister au moins un rapport officiel à ce sujet; et cette opinion était si bien celle des anciens, mieux qualifiés que nous pour connaître les obligations d'un procurateur, que chrétiens et païens ont cherché le rapport de Pilate sur la mort de Jésus et que, ne le trouvant pas, ils en ont fabriqué plusieurs.
Tillemont croyait à l'existence d'un rapport authentique, qui aurait disparu pour être remplacé par des faux. Mais si l'on admet que ce rapport ait été brûlé en 822 de Rome, pendant la guerre entre Vitellius et Vespasien, ceux qui ont cité les documents apocryphes n'eussent pas manqué de rappeler qu'ils avaient été sauvés par miracle ; or, ils n'ont rien fait de tel.
Les écrits relatifs à la Passion et attribués à Pilate se divisent en deux groupes : les Actes (axia, 'j'::o\Lvi,\t,oL':Xy gesta) et le rapport (avaçopa, epistola), Ënumérons ici les textes principaux.
1® La première partie de l'Évangile dit de Nicodème, intitulée les Actes de Pilate. La seconde partie de cet ouvrage, concernant la descente de Jésus aux Enfers, date peut-être du v« siècle; mais Michel Nicolas a eu parfaitement raison de dire que la