‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 125 sur 345 · III · texte numérisé non relu

III

Li'Artéinis arcadienne et la déesse aux serpents de Gnossos^

A côté de la légende troyenne de l'origine des Romains, il y avait une légende arcadienne, dont le personnage principal était Evandre. Fils d'Hermès et d'une nymphe d'Arcadie, habitant Pallantion suivant les uns, Tégée suivant les autres, il conduisit en Italie une colonie d*Arcadiens et aborda sur la rive gauche du Tibre, là où devait, cinq cents ans après, s'élever Rome. La colline où il s'établit, grAce à la faveur du roi des aborigènes, Faunus, s'appela le Palatium, en souvenir de la Pallantion arcadienne. Évandre fut un héros civilisateur ; il apporta en Italie la connaissance de récriture, enseigna les arts utiles et l'usage des instruments de musique. On lui attribuait aussi l'introduction de plusieurs cultes arcadiens, ceux de Déméter, de Poséidon équestre, de Niké, d'Hérakiès et du Pan Lycéen, identifié k Lupercus, auquel Évandre consacra le Lupercai au pied du Palatin et en Thonneur duquel il institua les Lupercales. que l'on célébrait le 15 février. Évandre fut l'ami d'Hercule, qui délivra la vallée du Tibre des déprédations de Cacus ; il reçut avec bienveillance Énéeet s'allia à lui contre les Latins. Une des filles d' Évandre s'appelait Rhomé; son (ils Pallas tomba dans la guerre contre les Latins, mais fut vengé par Énée. Evandre jouissait d'un culte à Pallantion en Arcadie et d'un autre à Rome même, près de la Porta Trigemina*.

1. [Bul/elin de Correspondance hellénique, 1906, p. 150-160.]

2. Voir, pour les référeoceâ, l'article Euandros de Weizs&cker daus le Lexikon der Mythologie, p. 1393 et saiv.

L'ARTËMIS ARCADIËNNE 211

L*amitié et Talliance d'Evandre avec Enée ne sont pas le seul trait légendaire qui relie la fable du héros troyen à celle du héros arcadien. Le père d'Énée, Anchise, amant d'Aphrodite, était Tobjet d*un culte au pied du mont Anchisa en Arcadie, sur la route de Mantinée à Orchomène ; on racontait qu'il y était mort et Tony montrait son tombeau*. On disait aussi qu'Énée était venu à Mantinée, y avait recruté Tinventeur de la danse armée, Salius, s'était installé à Orchomène et avait fondé Kaphys en l'honneur de son compagnon Kapys*. Ainsi, les Troyens d'Énée et les Arcadiens d'Evandre, en 8*alliant en Italie contre les Latins, n'auraient fait que renouveler des relations amicales nouées sur le sol même de TArcadie.

11 est difficile et sans doute impossible de débrouiller Técheveau compliqué de ces légendes et de deviner pour quelles raisons les premiers historiens de Rome firent, dans le roman de ses origines, une part si considérable à TArcadie. Un de? motifs, qui ne fut certainement pas le seul, a été justement indiqué par Schwegler' : l'analogie très exacte, affirmée par les anciens, des Lupercales célébrées à Rome avec les Lykeia d'Arcadie*. (Test sur le Palatin, théâtre des Lupercales^ que se serait établi TArcadien Évandre ; son nom môme pourrait être la traduction grecque de celui du dieu local, Faunus Lupercus {Faunus ■=. Favinu^ y le bienveillant), dont la parèdre féminine Fauna s'appelle aussi la Bonne Déesse, Bona Dea.

L'institution des Lykeia d'Arcadie, en Thonneur de Zeus Lykeios, était attribuée à Lycaon, fils de Pélasgos, fondateur delà ville de Lycosoura sur le mont Lycée*. Il est évident que les Lykeia sont le cuite primitif d'un clan du loup, où les fidèles se couvraient de peaux de loup et croyaient même être transformés en loups. Lycaon, suivant la légende, aurait été

Page 1