Pau8aD.,VilI
3. Cf. Frazer, Pausanias, t. VI, p. 371 et suiv., fig. 37, 38, 39, 40.
t'ARTËMIS ARC\DIENNE aujourd'hui, s'est engagée au sujet de la date de ces sculptures, qui n'est pas indiquée par Pausanias ; les uns les placent au IV* siècle avant notre ère, les autres h l'i^poque d'Hadrien. Celte controverse ne nous arri^tera pas ; alors même que les statuesdu temple de Despoina seraient de l'i^poquo impériale, il est certain qu'elles reproduisent des types beaucoup plus anciens, antérieurs même, et de loin, au iv' siècle. Les figures zoomorphiques qui ilt^corent le pan do draperie rappellent des motifs fréquents dans l'art mycénien, mais inconnus de r^qoque classique. Ce n'est plus au iv* sificle avant, ni au II* siècle après J -C. qu'on a pu songera représenler Artémis tenant une torche dans une tnaîn et deux serpents dans l'autre ; ces attributs tout fi Fait exceptionnels, que Pausanias a remarqui^s. sont l'expression de quelque tradition locale et no s'expliquent pas plus par une fantaisie d'artiste que la Binguliëre intervention du Titan Anytos, faisant pendant <i Arténiis à gauche du groupe des déesses. Donc, quelle que soit la date des sculptures que Pausanias a vues et dont les archéologues grecs ont retrouvé des fragments la description qu'en donne le périégête a pour nous la valeur d'un témoignage sur des motifs d'une tris haute antiquité.
C'est trop peu de dire que les attributs prêtés par Pausanias k l'Artémis arcadienne sont exceptionnels : ils sont, a la vérité, absolument uniques. On n'a signalé jusqu'fi présent aucune sculpture, aucune peinture Ho vase, aucune monnaie où paraisse Artémis tenant deux serpents dans une main. Si donc il exisie une ligure répondant k cette description, nous serons, fi priori, autorisés à penser qu'elle dérive de celle de Lycosoura, non pas, assurément, de la statue mémo vue par Pausanias, mais du type lycosourien de la déesse, dont cette statue, comme nous l'avons dit. ne devait Être qu'un exemplaire entre plusieurs. Si, par surcroît, il apparaît que ce tjrpe. non encore représenté dans le vaste trésor de l'art antique, est reproduit, sur un monument romain, n côté d'autres '.llont te caractère archaïque est incontestable, la probabilité qu'il s'agit du vieux motif lycosourien s'en trouvera notablement accrue. Enlin, si l'on réussit à prouver que le type on
214 UARTÉMIS ARCADIENNE
question voisine, sur lo mémo monument, avec un exemplaire également unique d'un motif appartenant au pins vienx fonds de la sculpture italienne, on ne pourra s'empêcher de rappeler, ce que j'ai fait au début de ce mémoire, les vieilles légendes qui établissent des liens entre Rome primitive et TArcadie, entre les Lupercales du Palatin et les Lykeia,
Toutes les conditions que je viens d'énumérer sont remplies par une figure d'Artémis (Diane), qui est représentée en relief, à côté de douze autres, sur un autel de Savigny-lès Reaune dans la Côle d'Or, dont il existe un moulage au Musée de Saint-Germain (voir pins haut, p. 201, 203).
Voici la quatrième fois, depuis dix-neuf ans, que je m'occupe de ce monument, connu, à la vérité, dès le xviii* siècle, mais tantôt abandonné comme inexplicable, tantôt interprété par des hypothèses absurdes qui ont été reproduites obstinément jusqu'à nos jours La première fois, en 18^6, je me suis contenté d'un non if quel; j'étais d'accord, pour n'y rien comprendre, avec Alexandre Rertrand et Edouard Flouest*. En 4 890, j'ai reconnu, avec la pleine approbation de Bertrand, que les treize figures sculptées sur l'autel de Savigny sont celles des douze dieux romains, auxquelles s'ajoute le serpent à tête de bélier, représentant une divinité gauloise dont il existe d'autres images; mais j'ai fait errenr dans l'identification de plusieurs personnages, notamment dans celle d'une déesse cachant ses yeux de ses deux mains, où j'ai reconnu à tort la Déméter douloureuse des Grecs, la Mère éplorée*. En 1897, la lecture d un passage des Fastes A (Jvide m*a suggéré la vraie explication de cette mystérieuse figure ; c'est la Vesta du type indigène, dont il devait y avoir un ou plusieurs exemplaires dans le sanctuaire albain de Vesta, et dont le geste, devenu incompréhensible, donna lieu à la légende que rapporte Ovide :
1. s. Reiuach, Catalogue sommaire du Musée de ^ainl-Germain, 1" éd., p. 3 ..
2. Rev. archénl., 1891, i, p. 1 et siiiv., avec deux plaoches.
LARTENIS AltCADItNNE t\t
Siloia fit mater ; Veilae simulaera furtintur Virginfai oculU opyiominse minus.
Je ii'eu3 pas de prine fi montrer que ce geste, h l'origine, s'expliquait par le caractère même de Veata, riéesso du foyer, qui se cachait les yeux pour les préserver de ia fumt''e, exactement comme le dieu romain Caeculus, sorte de Vesta mâle du culte du Prénesle, était ligure clignant des yeux pour le mém" motif'
Si l'un des personnages du groupe des douze dieux sculptés sur l'autel de Savigny reproduisait ainsi un type antérieur aux influences directes de l'art grec sur l'art romain, quelque siatue de bois ou d'argile remontant au vi* sit'cle avant l>re chrétienne et peut-être au delà, il élaii à présumer c|ue les onze autres dieux et déesses de l'autel participaient au carnctère d'archaïsme italien. Or. je pus prouvcrqu'il 6n est aiusi ; plusieurs types, celui du Mercure ailé, celui de Mars portant une cotte de mailles, celui de Vénus entîèrementdrapée sont bien archaïques ou étrusques et ne dérivent s de lart hellénique du iV siècle.
L'autel de Savigny. duntles sculptures sont extrêmement barbares, ne peut cependant étr>' antérieur à la pacitication .délinilivc de la Gaule sous Auguste. Si donc on y trouve les douze dieux représentés suivant des modifies archa'ïques ou ■péciliqu'ment italiques, c'est que l'artiste, autour de ce monument où un dieu gaulois tenait compagnie aux di"UX romains a cru devoir y reproduire des images antiques et vénérées conservées k Home, peut être celles que Varron vit Forum et que Vettius Praeiextatus. préfet de la Ville en 367. appelait 'ifomm consentnim Mcros/incla stmiilncra Ce» vieilles images ont disparu sans laisser de traces; les rlistes hellénisés ou grecs de la Rome impériale ont dédaigné e les reproduire ; maison (îaulois imparfaitement romanisé lous en a laissé des copies qui. bien que grossii'-ros, sont l'une imporlunce capitale pour la connaissance de l'iirt ron primitif.
I. An>. arehiol., 1897. Il, p. 313 et «uW. [plut liant, p tïl et r
216 L*ARTËMIS ARCADIENNE
Ma petite découverte — car j'ose croire que c'en est une — a reçu l*approbation de M. Helbig ; je regrette que M. Wissowa n'ait rien compris à mes arguments' et que M. Bulliot ait continué, après comme avant la publication de mon mémoire, à soutenir que la figure où j'ai reconnu Vesta était celle d'un homme opéré de la cataracte*.
Toutefois, en 1897, j'avais laissé un détail inexpliqué. Audessous du groupe formé par Cérès et Cupidon, on voit une femme drapée, s^avançant à pas rapides, dans une forêt figurée par des branches et des feuillages; j'y avais naturellement reconnu Diane, levant le bras droit et tenant de la main gauche un attribut que je prenais pour un arc mal dessiné'. Cet attribut me tourmentait depuis longtemps, car il m'a semblé de plus en plus évident que ce ne pouvait pas être un arc. L^artiste était peu capable de bien dessiner des figures, mais il a très clairement indiqué leurs attributs, le dauphin de Neptune, le bouclier de Mars, les tenailles de Vulcain ; pourquoi aurait-il complètement échoué dans une tâche relativement facile, la représentation d'un arc, c'est-àdire d'un morceau de bois recourbé?
Le mot de l'énigme m'a été révélé par la lecture du passage de Pausanias sur TArtémis de Lycosoura. Ce que la Diane de Savigny tient à la main gauche n'est pas un arc ; ce sont deux serpents et, comme la statue d'Artémis du temple de Despoina, elle tenait une torche dans sa main droite élevée.
Auprès de la statue vue par Pausanias à Lycosoura était un chien ; le chien figure aussi sur l'autel de Savigny^ mais le sculpteur Ta rejeté sur une face adjacente de Tautel, où il semble tenir compagnie à Junon*.