Ibid., XXlll
i. Honeala utHibus ctdunl (Liv., XXlll, 14, 3). CI. le dûcours d« Fabius <
dans les Puniea de Silius, X, 598 et gatv. *. Liï., xxxiv, ai.
pans des maisons. La sainteté des temples oîi on les di'poge n'ajoute rien à celle qui leur est propre; c'est tout au plus si Bile contribue à la garantir en la rendant apparente à tous les
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Cet exemple naontre, apriis tant d'autres, combien déraisonnent certains liislorieno, encure inspirés des préjugés du ^rviii* siècle, lorsqu'ils cherchent dans l'utilité pratique, ou dans ce qui nous semble tel aujourd'hui, l'origine des coutumes et des lois les plus anciennes Deux pauvres tribus se font la guerre ; le vainqueur ramasse sur le champ de bataille lus armes cl los vôlements dos ennemis morts; le bon sens, Ôiauvais guide en l'espèce, indique qu'il va so les approprier lans retard alln du poursuivre, avec ces ressources nouvelles, i cours de ses succès. Eh bien ! le vainqueur n'agira point ànsi, à moins qu'une nécessité absolue no l'y oontraigne en Kisant tairo ses scrupules religieux. Ces dépouilles sont lacrées; il les retirera de la cîrciilalion, parce qu'elles sont levenue.s dangereuses k toucher; tantôt, comme nous l'avons il les suspendra dans certains lieux, à l'abri de toute einte, même du tout contact; tantôt, et plus anciennement — car les hommes ont fait la guerre longtemps avant d'avoir [es temples, des portiques et des maisons — il los jettera dans ,'eau, il les dtStruira par le feu, enfm, s'il est sédentaire, il los locumulera sur un point consacré de son territoire, avec iéfensc d'y jamais porter la main. Les rites suivant lesquels , traitées les dépouilles correspondent aux divers rites hnéraires : suspension dans les airs, jusqu'à la destruction inte et naturelle ; immersion, cri^malion. ensevelissement, [«es quatre éléments. l'air, l'eau, le feu. la terre, prélent leur loncours â rhomme pour le sauver des dangers d'ordre nagique dont le menacent les objets sacrt^s Avec le temps t le concours du sacerdoce, qui sait se concilier ou neutrakerles forces magiques, l'homme renonce à tout détruire, à Uustraire aux usages de la vie toute sa capture : il en ahan-
donne une partie aux dieux, c'esl-à-dire au sacerdoce qui lui permet d'user librement du reste; la plus grande partie des dépouilles devient du butin. Et pourtant, par le principe toujours vérilié de la survivance des scrupules religieux, les dépouilles prises sur l'ennemi ne perdent jamais entièrement le caractère sacré dont elles ont été revêtues à l'origine ; on liésite à les traiter comme des objets quelconques, utilisables par tous et pour toute fin ; et à une époque où l'on n'oiTre plus aux dieux les prémices ou le dixième <lii butin, Napoléon fait fondre en une colonne historiée les canons conquis par la Grande Armée, au lieu de les ajoutera ses batteries ou de les conserver dans ses arsenaux pour ses besoins.
Nous avons parlé de la destruction des dépouilles par le feu, do leur immersion dans l'eau, de leur exposition sur la terre; il convient do réunir ici quelques exemples de ces rîtes primitifs.
Orose raconte, sans doute d'après Tite Live', que les Gmbres et les Teutons, vainqueurs du consul Manilius et du proconsul Cépion, s'emparèrent dans les deux camps romains d'un butin immense et le détruisirent entièrement. Les vêtements furent déchirés et leurs morceaux dispersés aux vents, l'or et l'argent jetés à la rivière, les chevaux précipités dans des gouffres, l'équipement des hommes et des chevaux brisé en mille pièces. Orose voit dans cette conduite des Barbares, qu'il ju^e naturellement eslravaganto, l'efTet d'une sorle d'exécration nouvelle et insolite, nova quadam atque insolita exsecratione. C'est le mérite des savants danois du xix" siècle, notamment de Worsaae, d'avoir prouvé qu'il n'y avait là rien de nouveau ni d'insolite, mais le simple accomplissement d'ua rite familier aux peuples barbares du nord. Dès 1866, Worsaae expliquait ainsi les nombreuses trouvailles d'armes et d'ornements de bronze dans les tourbières du Danemark,
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qui sont d'anciens lacs ; en 1867. il étendît cette explication à l'àgo du bronze'. « Dans tous les dépôts provenant de nos tourbières, disait Engelhardt en 1869 au Congrès de Copenhague*, il n'y a presque pas un seul objet qui ne soit incomplet et mishorsd'état de servir ultérieurement... C'est que tous ces dépiHs proviennent du butin ramassé sur des champs do bataille et que l'on a mis tous ces objets hors d'état de servir en les donnant aux dieux auxquels on avait auparavant promis cette sorte (le sacrilico; les vaillants guerriers ne se réservaient que la gloire. Les passages tirés île plusieurs auteurs classiques par M. Worsaae et par M Beaiivois, ainsi que l'élude approiondic faite par M. Steenstrup des ossements d'animaux trouvés dans la même couche que les antiquités et mêlés à elles, ont parfaitement éclairci ce point naguère tout à fait inexplicable u. La théorie de Worsaae fut popularisée en France par Alexandre Bertrand, qui i^crivit à ce sujet un article intitulé La part des dieux {H août 1872)'. Son mémoire, comme ceux de Worsaae qu'il résume, est entaché de divers anachronismes; l'cxpresbion « la part des dieux », si heureuse en apparence, est de co nombre. Lors de la constitution du polythéisme romain, alors que les coutumes religieuses comme celles qui nous occupent élaient déjà très anciennes, les écrivains classiques crurent que les dépouilles détruites ou abandonnées étaient vouées à certaines divinités ou anéanties en leur honneur. Tite Live parle plusieurs fois de dépouilles brûlées en l'honneur de Vulcain » {spolia Vulcano cremanfur)*; ailleurs des dépouilles vouées à Jupiter, k Mars, à la mère Lua » et aux autres dieux à qui la religion permet de consacrer, en les brûlant, les dépouilles des ennemis "'. C'est
1. WorBsae, Mim. de la Soc, dtt antiqtiairu du Nord, IS6S, p. 6( ; cf. 0. llicbiBr, GedOchtniuredt an Woriaae, 18S6, p. g.
2. CongrèM d'archiol. pr^hUlorique (Copeabagne), )SS9, p. 200.
3. Bertrftnd. Archiol. ctilique et gaahitt, 2' éd., p. SSI. Cf. 8. Maller, Mim. di Ut Sot. dtt antiquaires du Nord, IB8t-g9, p. !3S.
4. Ut., I, 31; VIII, 10 ; XX1I1. 46; XXX, 6; XU, 12: cf. Preller-Jordan. lUm. Mythologie. Il, p. 152.
5. Joei Victori ipolia cum i>oviseet...cremavil, LIt., X, 39; lllarli,Miuervae Luaeftw 3latri et eeltris dtii quibui ipolla hoiCium dieare fa» est lucctntî, XLV, 33,
à Mars, Minerve, Lua et aux autres dieux que s'adressa solennellement Paul Emile lorsque, aprës avoir fait transporter les boucliers d'airain sur ses vaissaux, il lit faire un amas des autres armes île toute espèce, y mil le feu lui- môme et invita les tribuns militaires à jeter des torches onllammëes dans le monceau. Paul Emile croyait, ou feignait de croire, en se conformant à un rituel archaïque, qu'il brûlait les armes des Macédoniens '''i l'honneur des dieux; mais, en agissant ainsi, il suivait un très ancien usage, anli^rieur à l'époque où le panthéon romain s était formé. De toutes les divinilésque nomme Tile Live en pareille circonstance, une seule n'avait pas i?té hellénisée au temps de Paul Emile : c'est Lxta, dont le nom est apparenté à Lues, et qui signilie seulement la destruction. Vouer k Lua, c'est détruire, pas autre chose. Il est d'autant moins légitime do reconnaître, dans des sacrifices de ce genre, la part des dieux, que les représentants attitrés des dieux, qui sont les prôtres, n'en reçoivent rien; si toute oUrande faite à Vulcain avait dû être brûlée, les temples de Vulcain n'auraient jamais contenu que des cendres. La part des dieux n'est pas ce qu'on détruit, mais, au contraire, une partie de ce qu'on garde, et celle part n"a pu être faite par le vainqueur qu'à l'époque relativement tardive où il y a eu des temples pour conserver les objets et des prêtres pour les recevoir. Tile Live raconte bien que Romulus, après la défaite d'Acron, tué par lui cl dépouillé de ses armes, consacra les di^pouilles de ce chef dans le temple de Jupiter FerelrJus, ainsi nommé du brancard ou /'ereirum dontRomulus se servit pour le transport'; mais, en réalité, ce temple, que Tile Live appelle le plus ancien de Itome, ne parait dans l'histoire que quatre siècles plus tard, en 328, lors de la dédicace des dépouilles opimcs du roi de Voies. Volumnius, qu'Auguste put encore y voir*. Le rite romain primitif, que connaissais. Virgile, con-
I. Ut., I, lO, s. L'ét^malogie est uftturellBDietit abiunle ; celle qui ratUehe FerUrius à ferire tft plus TraUemblablo (Prop., V, 10, 46), Cr. l'art. Jupiltr dMia le Lfxikon île Roaclier, p. 671, 67t.