A PROPOS DE LA CURIOSITÉ DE TIBÈRE
Une seule observation me semble suffire pour réduire cette théorie à néant. Uanaphora grecque est adressée à Tempereur Claude; c'est là une erreur que n'aurait jamais commise le faussaire pieux supposé par M. Harnack, travaillant d'après une traduction grecque de TertuUien, qui nomme Tibère avec une sorte d'insistance*.
Je conclus, avec Nicolas 'et d'autres, que Vanaphora favorable à Jésus est très ancienne, peut-être antérieure à la fin du i®»" siècle.
M. Nicolas écrit» : « S'il y eut un rapport de Pilate à Tibère, il dut rester dans les Archives de l'Empire. Comment alors les chrétiens du ii° siècle en auraient-ils eu connaissance? » Ici, je cesse d'être d'accord avec cet excellent érudit (n'oublions pas que son livre est de 1866). Nous savons aujourd'hui, à n en pas douter, qu'il y eut des chrétiens et des chrétiennes parmi les grands personnages païens du i®"" siècle. La première idée de ces chrétiens devait être de rechercher des témoignages sur Jésus dans les Archives de l'Empire, ouvertes sinon à tous, du moins à l'un ou à l'autre des plus influents. Supposons qu'un Acilius Glabrio ait fait cette enquête. Bien entendu, il ne trouva rien, mais il ne s'y résigna pas aisément ; il lui fallait quelque chose; il était puissant et riche ; quand un homme riche et puissant cherche un texte, il y a toujours des gens (à Rome, c'étaient les Graecuti) pour le lui fournir, authentique ou non. Je suppose qu'un faux de ce genre — peut-être fabriqué par un Grec d'Asie — circulait, à la fin du i^^"" siècle, dans la communauté chrétienne de Rome. Est-ce le faux même que citent Justin et TertuUien? C'était du moins un faux analogue et le fait que le nom de l'empereur est Claude, non Tibcre^ me dispose à le croire, car, suivant les premiers chrétiens d'Asie, Jésus avait vécu 49 ans, ce qui le faisait mourir en 45, c'est-à-dire précisément sous Claude (41-54*).
1. M. Harnack écrit (p. 607) : « Je néglige le fait que la lettre est adressée à Claude et non à Tibère. C'est là une altération postérieure, d'aataot plus sûrement que la lettre, comme le démontre la fin, est censée avoir été écrite aussitôt après les événements ». Mais il ne suffit pas d'afûrmer qu'il y a une c altération » ; il faudrait eu donner le motif.