Vigouroux, Dictionnaire dt ta Dil/lt, arl. Sulin
S. F. Sobnall;, Seinitiie/ie Kritgaallerlhamtr, I. Der htiligt Krieg im allen ttraSl, Leipiig, 1901. Cf. Kauconnet, Année laciologique, I. V, p. 60Î tq.
3. Faucoonet, loe. laud., p. 60S. L'analogie du hertm B<rec le tabou a déji iU ncotiQue par Rob. Smilb (Beligion dar SamiCen, p. 118: £■» sàlctitr Sa»» ûf rin Taîu, dai dureh die Furetil oor Obernaiarlielitn Straftn etranloMl irf).
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GguraieDt sous les traits du Mahomet du Voltaire, c'est-à-dire i comme des fourbes bienfaisants. M. Fauconnct a eu bien raison d'écrire à ce propos : a La théorie du kerem que propose M, Schwally .semble être du même ordre que celles qui croient rendre compte... dos règles de l'cxogamie par l'inconvénient dos unions consanguines h. Rn effet, l'anaclironisme et l'absurdité n'en sont pas moindres. Mais je crois que M. Fauconnet s'est trop vite résigné à l'aveu que « les causes qui déterminent la consécration et la destruction du butin restent à découvrir ». Je crois, pour ma part, qu'elles laissent pénétr<!r assez aisément.
La guerre, chez les primitifs, est un phénomène essentielle- i ment religieux. La paix elle-même, non seulement dans le \ sein d'une tribu ou d'un clan, mais entre tribus et clans voisins, est fondée exclusivement sur des idées religieuses, des , liens religieux. Pour rompre ces liens religieux qui protègent les hommes contre les hommes, pour autoriser la violation, au détriment d'une collectivité, du scrupule sacré entre tous, celui du sang humain, il faut un phénomène religieux nouveau et d'une grande puissance, qui se manifeste par une mise hors la loi solennelle de l'ennemi et de tout ce qui lui appartient. Dans le cas de la ville de Jéricho, nous avons vu , l'arche de Jahveh promenée sept fois autour des murs, traçant un corde magique qui v- retranche » lu cité ennemie et 1 la supprime par la pensée avant même qu'un seul acte d'hostilité violente ait été commis. La magie est efficace, les , murailles s'écroulent et les Israélites n'ont plus qu'à détruire par le fer et par le fou ce qu'ils ont déjà virtuellement anéanti. II no s'agit pas, je le répète, d'un sacriBce, car on ne sacrîlïe I aux dieux que ce qui est pur et il faudra une purification en ] règle pour faire entrer l'or et l'argent de Jéricho dans le tré- ] sor divin ; mais tout ce qui a été frappé d'interdit est devenu ' impur, d'une impureté dangereuse, comme on le voit par l'histoire d'Akiian, non seulement pour l'individu, mais pour le groupe dont il fait partie ; ainsi envisagées, la destruction et l'extermination ne sont pas des actes de vengeance et de colère, mais des mesures de précaution, analogues, louteS'j
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proportion» garducs, à celles ijuo l'on prend do nos jours quand on met le feu à un lazaret contaminé et qu'on n'en laisse subsister ni une pierre ni une poutre. Evidemment, dans ces scènes d'inoendie et de massacre, la férocité et la méchanceté humaines n'abdiquent pas leurs droits et se donnent carrière ; mais ces passions ne suffiraient à cxpli- 4juer. ni chez les Hébreux, ni riiez les Liguros, ni cliffz les Cimbres, la destruction syatématiquc du bétail et même des objets inanimés. La férocité est le bras qui exécute; le cerveau qui a conçu et qui dirige est la religion.
J'ànlum feltigiû potuit tuadere malontml
Concluons. Les dépouilles prises à la guerre sont comme imprégnées d'une nocivité d'ordre magique, que les sortilèges do vdinqueur lui-même leur ont inoculée. La logique, r a hygiène magique », veut qu'on les détruise intégralement, mais la cupidité en gémit ; bientôt l'intérêt et les néces- BÎtés pratiques viennent atténuer les conséquences rigoureuses de l'excommunication, En ce qui touche les personnes, les mAles adultes seront seuls tués ; on réiluiru les femmes, les lilles et les enfants en esclavage ; plus tard, toute la population vaincue deviendra esclave et accroîtra la richesse du vainqueur. En ce qui louche les animaux et les rlmscs, on aura recours à deux artifices. D'une part, on purifiera, par des rites appropriés, ce que l'on veut conserver et utiliser; d'autre part, on renoncera à une partie du butin pour garder le reste et c'est le sacerdoce, maître des opérations magiques, .qui fixera ce qui lui revient et ce qui doit être sacrifié aux dieux, ce qui doit être soustrait h toute appropriation et it tout contact. Parmi tes objets auxquels le vainqueur renonce, soit pour les détruire avec l'eau ou le feu. soit pour les exposer en un lieu consacré hors de toute atteinte, ceux qui demeurent le plus longtemps intangibles sont les objets personnels des guerriers vaincus, leurs armes et leurs objets d'é{]uipement (exuviae). Ici intervient un autre facteur, J 'amour- propre des peuples et celui des chefs victorieux, qui convertissent, avec le temps, en trophées de parade les armes
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OU objets d'équipement, d'abord réunis et mis hors d'atteinte à cause du péril magique qui s'y attache. En présence ilea tropliées d'armes gauloises ou daciques sculptés sur ta balustradt! de Pergame et sur la base de la coloone Trajane, nous devons nous rappeler que ces monuments de gloire militaire ne sont que les aboutissants laïques, si l'on peut dire, d'une longue évolution, dont le principe est la a mise à part n des armes prises à l'ennemi, sous l'empire d'un scrupule éminemment et exclusivement religieux.
Les développements qui précèdent vont me permettre d'expliquer enfin, d'une manière que je crois simple et convaincante, une des légendes les plus singulières de l'histoire primitive de Rome, celle de Tarpeia,
Tout le monde conniill le récit de Titc-Live'. Les Sahins, sous la conduite de leur roi Tatius, menacent le Capitole, qui est la forteresse des Romains. La fille du commandant do cette forteresse, Tarpeia, est séduite par la vue des ornements d'or que les Sabins portent à leur bras gauclic ; elle leur promet, en échange de ce qu'ils portent ainsi, de leur livrer la citadelle ; à peine y sont-ils entrés qu'ils ensevelissent Tarpeia sous le poids de leurs armes, soit pour faire croire, dit 'Tite-Live, qu'ils ont pris la place de vive force, soit pour flétrir par un nouvel exemple la traiiison'.
Nous possédons, de ce récit, un grand nombre de variantes ; les unes nous ont été transmises directement; d'autres nous sont connues parce que les bistoiicns, notamment Denys et Plutarque, y font allusion pour les écarter. Scbwegleret, plus récemment, Eltore Fais ont pris une peine
1 LW., I, Il (d'aprËï Fabius Pictor et ClDciua Alimeatas}.
3. Obrulam armii itecaneT^, icu ui vi copia poliut arx videretur, aeu prodendi txempH cauta, ne quid vnquam fidum prodilari etnt (Liv,, I, It, 7). RéQexiouB lualogURi dons Plut., Rom., XVII, 1 et Prop., V. t, 89.
;peut-âtre excessive à en relever et à en discuter tous les détails, li nous sufiirii de montrer que, d'après le témoignage m*me des textes, tous les trails de la légende étaient douteux et flottants des l'antiquité, à l'exception d'un seul sur lequ<*l tout le monde est d'accord : Tarpeia avait été écrasée sous les armes des ennemis. J'ai eu l'o(xasion de faire voir, dans des mémoires antérieurs, qu'il en est de m6me de plusieurs légendes antiques qui rapportent la mort violente d'un héros : tout ce qui concerne les causes lointaines ou prochaines de la catastrophe offre des divergences et mf me ifes contradictions grossières; l'accord n'existe iju'au sujet des circonstances de la mort. La conclusion qu'on peut tirer de là, dès l'abord, c'est que le début des histoires de ce genre est le produit de combinaisons diverses et que le point de départ de ces combinaisons est pour nous la seule réalité tangible — un culte ou un rituel.
Passons rapi'tement en revue les variantes de la légende de Tarpeia :
1* La plupart des historiens la placent sous le règne de Romulus ; maïs le poète grec Simylos voulait que le Capitole eût été livré par Tarpeia aux Gaulois de Bronnus' ;
2* La plupart des historiens font de Tarpeia une Romaine; mais d'autres font d'elle une Sabine';
3" Suivant les uns, le père de Tarpeia, Tarpeius, était absent; d'autres en font un traître qui est mis à mort par Romulus' ;
4° La garde de la citadelle appartient, suivant les uns, à Tarpeius, suivant d'autres à Tarpeia elle-même';
fS' Tarpeia est ou n'est pas une Veslale * ;
l.Ap. Plot, Aom., XVII.
1. Antlgone de [Cu-yate Akiiail de Tarpeia la aile de Tallu* (Plul., Rom., XVll).
1. OpiDioD de Suipidus Galba, combattue par Plut., Rom,, XVII.
t. Opinion combattue par Plul., Rom., XVII.
5. Elle est aoe VesUle suivaut Vairou {L. Lat., V. il). Properce (V, t, It). et le ehroDOgraptie de 3S4 {Ckron. Jfin., I, p. lit, g). Ceux qui diieot qu'elle ■perçut les Sahlo» en lorlaot pour pnliarde l'eau semble ut partager lamîme ofiaim (Liv.,.l, 11 ; Val. Haï., IX, G, i. etc.).
G" Tiirpeia ngit, suïv.int les uns, par rupidité'; suivant d outres, pour attirer les Sabins dans un piè^e en exigeant qu'ils lui livrent leurs boucliers'; suivant Properce, elle est amoureuse de Tatius'; suivant Simylos, deBrennus'; suivant Antigone de Cupyste, elle veut se venger de Romulus' ;
7° Les Sabins (ou les Gaulois) la tuent, ou pour faire croire qu'ils ont pi5n^tpé de vive force dans la citadelle, ou par d(?goùt de sa traliison", ou pour la punir il'avoJr voulu les tromper, ou pour ne pas se dépouiller de leurs ornements (l'or^ ou parce qu'elle refuse de rév<^ler à Tatius les secrets de Romulus*.
L'unanimité des auteurs veut que Tarpeia ait été étouffée sous les armes et les ornements des ennemis; presque tous parlent, à ce propos, de grands boucliers ; quelques-uns ajoutent à ces boucliers les brassards et les anneaux d'or que portaient les Sabins ou les Gaulois'.
La numismatique nous apporte un témoignage de grand prix. Deux familles romaines, qui se réclamaient d'une origine Sabine, Rrenl figurer, au dernier siècle de la ItépuLlique, la vierge Tarpeia sur leurs monnaies. Au revers de celles des Titurli, elle est représentée dans l'acte de séparer un guerrier romain d'un guerrier sabin ; elle est donc considérée comme une des femmes liéroîques qui se jetèrent entre les deux armées pour mettre fin au combat. Sur les monnaies des Turpilii, Tarpeia est une jeune fille vue de face, les deux bras
90, adoptée par Deays, 11, ;