C/iron. Min., I, p. lii
9. Suivant Plut., Rom,, XVIl, Tatius ]et« le premier sur Tarpeia aon bouclier et BOD brassard ; Denys couualt ta même TerBloo, doonfe par PisOD (tt, 38). Dana un (ragmeiil d'Appien {De Reg., (),cité par Suidas et peut-être incomplet, Tarpeia, sur l'ordre de Tatius, est écrasée sous des orncmeuts d*ar (uii*^^a!)^;. USme version dans Arialide de Milet, auteur trèa autpect, rapportée dam les Parallelet de Plutarque, c. XV.
levés el dont le haut du corps seul énn.'ige d'un ninaa du ^boucliers'.
Ainsi l'opinion qui faisait de Tarpeîa une Sabine, non une Romaint', trouvait cr^-ance au vi' siècle de Rome. Cela peut B'cxplii|Ut:r jiar les vestiges incontestables de la domination des Sabins sur le Capitole', oii l'on montrait la maison de Tatius' et où il avait fallu exaiiffurer et dtîinolir nombre de P chapelles latines, fondîmes par Tiitius, lors de la construction ■du temple de Jupiter par Tarquin'. Mais c'est seulement par ionjecture que l'on faisait de Tarpeia une Sabine et môme la plie de Tatius ; personne no savait rien de positif sur cette ■Uc. sinon qu'une roche du Capitolo portait son nom, qu'on f montrait son tombeau ou son cénotaplie el qu'on y célébrait pnnucltement des rites en son honneur. Cela ressort avec vidence du passage où Denys approuve la version de I hisfloire de Tarpeia donnée, à l'époque des Gracques, par Calpurnius Fison et suivant laquelle Tarpeia n'aurait pas trahi les Romains, mais essayé de tromper leurs ennemis, u La suite de I histoire, écrit Denys', fait assez voir que le sentiment de Pison est le plus vrai; car on a élevi5 à Tarpeia un tombean magnifique au même endroit où elle fut tuée, sur la colline ■ la plus sacrée de la ville, et les Romains lui font tous les Kdb des libations et des sacrilîces (je ne fais que rapporter ce a'a écrit Pison). Or, il est certain que, si elle eût été tuée en livrant sa patrie à l'ennemi, nî ceux qui l'avaient luée, ni ceux qu'elle aurait trahis ne lui eussent rendu tous ces honneurs, mais auraient jeté son corps à la voirie ». Plutarque VjHtnble indiquer que ce tombeau était un rénotaphe, c'est- ^■k^lire, à proprement parler, un autel plutùl qu'un tom- ^DkeBU : << Tarpeia, dit-il*, fut enterrée dans ce lieu même et Hh colline prit d'elle le nom de Tarpéienne jusqu'à ce que le
^P I. BabeloD, Uonnaùi de la Rtp. rom., (^md» of Boman hialory, p. 97.
1. U*., I, 3S; Tac, Ann., XII, 2t ; Vteaji. %. Plal..«oin.,XX; SoUd, 1, 2t. t. LIv., I, S5. Cr. Schwegler, BSm. Gtsch.,
*la p t:
t. Il, p. 301, iW; Paii, AneUnl
. Otnyt, II. 38.
|S. PluL, Rom ""
248 TARPEIA
roi Tarquin l'eût consacrée à Jupiter* ; alors on transporta ailleurs les ossements de Tarpeia et son nom disparut (xal To^ivoiJLa Tfjç TapxTjtaç eÇéXixe). Il n'est resté qu'à une des roches du Gapitole qui s'appelle encore aujourd'hui la roche Tarpéienne, d*où Ton précipite les criminels ». Si les restes de Tarpeia avaient été vraiment transportés ailleurs, on trouverait sur quelque autre point de Rome des traces de son culte, ce qui n'est pas ; la phrase de Plutarque est probablement Técho d un texte perdu, constatant les résultats négatifs d*une recherche instituée pour retrouver les ossements delà vierge. Enfin, Festus nous apprend que Ton croyait reconnaître Tar* peia dans une vieille statue du temple de Jupiter élevé par Metellus [in aede Jovis Metellina^)\ malheureusement, il n'entre à ce sujet dans aucun détail et nous pouvons à peine supposer que cette image fût analogue à celle des monnaies des Turpilii.
Celle-ci étant la seule que nous connaissions, on peut partir de là pour déterminer ce que les anciens croyaient savoir de positif et démêler Técheveau de légendes qui ont été imaginées pour en rendre compte.
Tarpeia est la divinité locale de la roche Tarpeia ; elle y possède un autel où Ton célèbre annuellement son culte. La tradition veut qu'elle soit morte en cet endroit, écrasée par des boucliers ~ sabins, suivant les uns, gaulois, suivant les autres, en tous les cas non romains. Le graveur du coin monétaire a représenté son agonie, alors qu'elle se débattait encore sous le poids des armes accumulées sur elle; un instant après, on ne devait plus voir qu'un amas de boucliers en forme de tertre. Or, ce tertre de boucliers, parmi lesquels
!. M. Pais croit que le Dom de Tarpeia est identique à celai de Tarquin et il tait un même personnage de la vestale Tarpeia et de la Testale Tarquinia, qui avait donné aux Romains la plaine du Tibre (LtgtJÊdê of Roman hUlcry^ p. 105). Je ne oonndère pas oette thèse comme admissible.
t. IMat. ik Ht, M.
pouvaient se trouver quelqires brassards, bracelets ou anneaux d'or, est le point de départ de toute la légende et il est facile, |4*aprè8 ce que nous avons dit plus haut, d'en justifier l'existence. A une époque où les Romains n'avaient pas encore de temples et où leurs maisons étaient dos cabanes, celles des dépouilles prises sur l'ennemi qui n'étaient pas détruites devaient être accumulées, comme les trophées des Gaulois dont parle César, sur quelque point consacré, où elles restaient intangibles. Ces amas d'armes sont l'origine des trophées et Tacite, parlant de celui qu'éleva Germanicus, l'appelle encore cont/eries armoriim' . Mais quand Rome eut des temples et des maisons un pou spacieuses, où l'on suspendit les dépouilles prises sur l'ennemi, le rite primitif fut oublié et l'amas de boucliers sur la colline tarpéienne devint une énigme. Or, tant chez les anciens que chez les modernes, l'aspect d'un monticule de pierres fait toujours naître la croyance qu'un personnage important a été enseveli au-dos- Bous, généralement en punition d'un crime. Je pourrais en citer beaucoup d'exemples empruntés au folk-lore moderne; mais il ne manque pas de textes classiques à ce sujet. Une épigramme sur le brigand Balista, attribuée h Virgile, commence par ce vers :
Monte tuli hoc lapidum legilur Balitta sepultus*.
Achille fait écraser Pisidiké do Méthymne sous un monceau
de pierres'. A l'époque où fut rédigé le livre de Josué, on
montrait encore le monceau de pierres sous lequel fut ense-
LVeliAkhun' et celui qu'on éleva sur le cadavre du roi de
LÎ*. 11 est possible que la pratique de la lapidation, comme
Veh&timent des crimes les plus graves, ail favorisé la naissance
mAe ces légendes ; on en trouve cependant de pareilles là où it
•'agit de simples tumulus de terre, qui peuvent être des pbé-
1. Tac, ilnn.. Il, 3î : Congeriem armorum . r SerTiui, ad Aen., t. I, p. 1 (éJ.JTbllo). 3. Parthenioi, Erot., XYI, S.
*. Joiui, vil, 26.
.. ibia..
Il, 29.
ISD TAIlPKIA
nomènes naturels, uu des travaux de défense, ou des lieux de culte, mais sont presque toujours et partout considéras comme des tombeaux — de héros ou d'héroïnes, de géants, de fées. etc. Des exemples de ces désignations, qui impliquent toute une légende, se rencontrent déjà dans \' Iliade'.
L'imagination populaire est essentiellement logique même dans ses écarts. La vue d'un amas de boucliers formant tumulus, à l'endroit où se célébrait le culte de l'héroïne éponyme Tarpeia, devait naturellement suggérer l'idée que cette héroïne avait été écrasée sous des boucliers. Pourquoi ce supplice? L'imaginalion populaire est aussi équitable : elle veut que toute peine soit le prix d'une faute. Ici, la peine devait avoir été iniligée par des guerriers étrangers, puisque les armes employées & cet effet étaient étrangères; mais les guerriers épargnent les femmes sans défense; Tarpeia n'a donc pas élé écrasée en défendant le Capîtole. L'idée d'une trahison devait se présenter d'autant plus aisément à l'esprit que ceux qui étaient convaincus de ce crime étaient jetés à bas de la roche tarpéienne, ce que Plutarque ne manque pas de rappeler*. Pourquoi, se demando-t-on. la légende ne ditelle pas que la traîtresse Tarpeia fut précipitée de la roche tarpéienne? C'est que la légende de la trahison ne s'est pas formée d'une manière indépendante ; elles a été suggérée, comme nous t'avons vu, par l'existence d'un monceau de boucliers sous lequel était ensevelie Tarpeia. la nymphe du lieu.
Si, à l'époque de la prise de Rome par les Gaulois, il existait sur un point du Capitole un amas de boucliers sabins, CCS armes ont dû disparaître dans la catastrophe de 390 et être remplacées un peu plus tard par des armes gauloises. Ainsi s'explique, à mon avis, la variante si curieuse de la légende de Tarpeia qui fait d'elle l'amante de BrennoSt la représente comme ayant livré le Capitole aux Gaulois et comme ayant été écrasée sous des armes gauloises. Un autre trait de la légende de Tarpeia a également été mis en relation
t. niade,n,t\\, su.
g. Plut., nom.. .VVII : Sy«., X; M'.. XXV, 1, U. etc.
inlôt avec les Sabins, tantôt avec les Gaulois. C'est la petite Orte du Capitule, dite Porta Pandona\ qui devait toujours Mstcr ouverte; suivant les uns. c'était une condition de p«ix npost^e par le Sabin Tatius'; suivant d'autres, c'était une XÏ^ence du Brennus gaulois'.
Un détail de la légende qui étonnait Sclnveglcr était la uanlité et la beauté des ornements d'or attribués aux Sabins ; I soupçonnait une confusion entre les Sabins et les Gaulois, lonl le goiit pour les riches parures est bien connu'. M. Pais , justement répondu à Schwegler que les armillae et les anneaux d'or conviennent aussi aux Sabins, dont Fabius Pictor vantail la ricliesse en métaux précieux et qui sont décrits, en 310 et en 293 av. J.-C, comme pour\'us d'armes isplendissantes d'or et d'argent'. Mais les anciens ont tou- ■ours été frappés de la grandeur des boucliers gaulois et je volontiers que la légende a pris naissance à l'aspect 1 do ces boucliers, mêlé des ornements d'or dont nt les Celtes en campagne, Seulement, comme une ■adition qu'on a le droit de croire historique faisait occuper Capitole par les Sabins longtemps avant l'invasion des Gaulois, il se forma deux légendes concurrentes, l'une gauloise, l'autre sabîne, dont la seconde trouva plus généralement crédit parce qu'elle se rapportait à une époque plus ancienne et peut-être aussi parce que la conquête sabine du
IÇkpitole éveillait à Rome de moins pénibles souvenirs. \ Schwegler écrivait : « Le genre de mort assigné & Tarpeia I Bans doute une raison locale qu'on ne peut pas deviner* » H M. Pais, plus récemment, aboulissiiît à la même conclusion.
1. P&ul IHicre, p. 220; cf. Varr., ling., lai., V, «3; Solio, 1, 13; Arnobe, IV, 3.
i. Feito*, p. 363 : Tatiat in paee facitnda eavit a Romulo ul ra fjiorla) ^oMnù umper palertl.
a. Poljen, Vin. Î5. 1.
4. Ur., VII, 10; Gell-, IX, 11, B ; XIII, 3. 7 ; Pline. XXIII, S, IS. «If.
5. Pki*. Ancienl legmtU, p. S9S; cf. Plut, Cal. ma;., Il, 2 ; Li*., IX, 40 ; [,39.
I f, Scbwcfiler, liom. GeMli., t. I, p. 4B1.
252 TARPEIA
Je crois avoir montré que la question peut être résolue sans faire à Thypothèse une trop belle part.
Quand il s'agit de préciser par écrit les légendes de Tarpeia et de leur donner une forme littéraire, les historiens puisèrent dans le trésor des légendes grecques qui leur fournissaient les analogies désirables. Il y avait d'abord toute une série d'histoires relatives à des femmes amoureuses qui livreot leurs proches ou qui trahissent leur cité pour complaire à Tobjet de leur amour *. D*autres légendes sont plus voisines de celle qui prévalut pour Tarpeia. La plus intéressante est celle de Peisidiké, fille du roi de Méthymna dans File de Lesbos. Comme Achille assiégeait cette ville, Peisidiké aperçut le héros du haut des murs, s'éprit de lui et lui envoya sa nourrice, offrant de livrer la ville au héros en échange de son amour. Achille promit tout; mais une fois maître de Méthymna, il ordonna à ses guerriers de lapider la jeune fille* Parthenios rapporte à ce propos * les vers d'un poète qui avait chanté en hexamètres Thistoire primitive de Lesbos, peutêtre, comme Ta conjecturé C. Millier, Apollonios de Rhodes. Il y a quelques raisons de croire que cette légende était déjà connue d'Hésiode ', ce qui exclurait naturellement l'hypothèse d'une imitation de celle de Tarpeia. Il n'en est pas de même de rhistoire de Brennus à Éphèse, rapportée dans les Parais lèles attribuées faussement à Plutarque d'après une prétendue Histoire des Galates (PaXaTixâ) de Clitophon*. Brennus, chef des Gaulois, ravageant l'Asie, alla assiéger Éphèse. Là il devint amoureux d'une jeune fille grecque qui promit de céder à ses désirs et, par surcroît, de lui livrer Ephèse s'il lui donnait des colliers et des parures. Brennus ordonna à ses soldats de jet/sr dans le sein de cette fille avide tout l'or qu'ils possédaient ; ils obéirent et Teasevelirent vivante sous
1. Pai8, op. laud,, p. 299; cf. Schwegler, Rôm, Gesch., t. 1, p. 484.