‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 144 sur 345 · Cicéron, De legibus · texte numérisé non relu

Cicéron, De legibus

et le cœur, ces massacres, mesures de salut public, n*avaient rien d'odieux ni même de choquant. Ce qui doit peut-être étonner davantage, c'est que les Romains de l'blmpire n'aient pas soupçonné la machination et la fraude, qui ressorlent pourtant de la narration même de Tite Live. Mais ne nous hâtons pas d'accuser les anciens d'aveuglement dans la re vision, toujours pendante^ des causes célèbres; nVt- il pas fallu attendre la fin du xix" siècle pour qu'un savant de Philadelphie en Amérique fournît, d'après des lextes déjà connus, lîi preuve de Tinnocence des Templiers* ? Je crois avoir, à mon tour, démasqué la machination et la fraude dans le fameux procès de Gilles de Rais*. La trame de Thistoire est toute tissée de châtiments horribles infligés à des crimes imaginaires et de crimes horribles demeurés sans châtiment.

Mars 1908.

1. Lea, Histoire de l'InquisUion, t. III, p. 284-404 de ma traduction. La prioriiè des argumenta décisifs appartient à M. Lea (1888).

2. Revue de l'Univeisité de Bruxelles, 1904; t. X, p. 161-182; cf. G. Monod, Rivue historique, 1907, 1, p. 356.

Morale orphique et morale chrétienne'.

De la Descente aux Enfers attribuée à Orphée jusqu'à rinfemo de Dante, il y a comme une lignée continue de contes populaires et édifiants sur l'au-delà, dont quelques-uns seulement ont été fixés par écrit ou nous sont connus par les allusions de poètes et de philosophes, Pindare, Aristophane, Platon, Virgile, Lucien, Plutarque, qui ont puisé là des inspirations. Il s'ensuit qu'un texte de cette série, même rédigé à une époque tardive, peut avoir conservé des traits de la tradition la plus ancienne, ou la forme plus archaïque de certaines conceptions qui apparaissent dénaturées ou atténuées dans des textes de rédaction postérieure.

Cela posé, examinons les vers 426 et suivants du sixième chant de Y Enéide.

Après avoir passé le fleuve fatal, Énée et sa compagne endorment Cerbère et poursuivent leur marche entre l'Achéron et l'intérieur des Enfers. Au cours de cette étape, ils entendent les vagissements d'enfants enlevés au sein maternel {nb libère raptos) et rencontrent les âmes de ceux qui sont morts sans crime de uiort violente, soit qu'ils aient été condamnés injustement, soit qu'ils aient mis fin eux-mêmes à leurs jours. Parmi ces suicidés, Virgile distingue les victimes de l'amour, comme Phèdre et Didon, qui, tristement privilégiées, habitent à l'ombre d'un bois de myrtes. Plus loin sont les héros tombés à la guerre comme Déiphobe, dont le dis" cours à Énée termine cet épisode (v. 547)*.

1. [Publié, sous le titre d'AUPOI BIAIOeANATOI, daus VArcfnu fUr Reiigioîiswissenschaftj t. IX, p. 312-322.]

2. La Sibylle eatraiae Euée eu lui diâdut (v. 539) : Sojc ruit^ Aenea, nos

MORALK ORPHIQUE ET MOR.VLE CHRETIENNE 273

D'après une croyance pythagoricienne ou orphique, à laquelle Platon fait allusion* et que Tertullien nous a transmise', les âmes de ceux qui ont péri prématurément doivent attendre, dans des quartiers isolés, que la durée légitime (martmo) de leur existence ail été remplie. Mais si Virgile s'est inspiré de cette idée pour grouper ensemble ceux qui sont morts avant l'heure, il ne devait pas énumérer seulement les enfants h la mamelle, les condamnés, les suicidés et les victimes de la guerre; en dehors des enfants en basâge, il y a le nombre infini des garçons et des filles qui meurent, soit de maladie, soit d'accident, avant d'atteindre Tâge mûr'. Ainsi la présence, en cet endroit, des nouveaunés, réunis aux victimes du désespoir et de la guerre, est absolument injustifiable, à moins que ces enfants, eux aussi, ne soient morts innocemment de mort violente.

Ici comme ailleurs, Virgile paraît s'être conformé à un modèle grec, celui peut-être dont s'est aussi inspiré Plutarque dans l'Apocalypse qui fait partie de son livre sur le Génie de Socrate. Timarque y raconte (XXII, 509 F) qu'il aperçut un gouffre profond, rempli d'une vapeur épaisse et noire, d'où montaient des hurlements, des cris d'animaux et des vagissements d'enfants (iJiupuov xXauOjxcv Ppsçwv), mêlés à des lamentations d'hommes et de femmes. Plutarque ne dit pas ce qu'étaient ces enfants, ^^pi^rt, et si, comme Virgile, il a suivi

flendo ducimus horas. Ou pleare beaucoup dans l'Enéide; mais, ici, Eaèe ue pleure point, non plus que la Sibylle et Déipbobe. La note de Servius {nam et lacrimae et gemitus fuerant) est absurde ; elle prouve simplemeot que la faute est très ancieDue, due peut-être aux premiers éditeurs de TÉnéide. Lire : fando (« nous perdons notre temps eu conversations »). Cf., pour remploi de fando, Virg. Aen., Il, 6, 81, 361 ; 111, 481 ; VI, 333.

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