L'APOCALYPSE DE SAINT PIERRE
supplicen ». Mais le livre d'où elle est extraite, les Actes apocryphes de saiat Thomas, n'est pas antérieur à la seconde moitié du II* siècle; TApocalypse de Pierre est incontestablement plus ancienne. M. Harnack a proposé d'en placer la rédaction à l'époque de Trajan et Ton pourrait même remonter plus haut, vu Tabsence de tout emprunt à V Apocalypse de saint Jean et de toute inQuence exercée par cette composition.
Une autre description de Tenfer se trouve dans le livre apocryphe intitulé V Ascension d'isaie. Cet ouvrage, tel qu'il nous est parvenu, se compose d'éléments assez disparates Juifs et chrétiens; mais ce qui est relatif à l'enfer et au séjour des justes est l'œuvre d'un gnostique qui devait vivre vers l'an 120. Or, dans le même livre, on constate l'influence de V Evangile de saint Pierre, découvert en même temps que V Apocalypse ; il est dont permis de croire (]\i^ Evangile et Apocalypse sont contemporains, appartenant l'un et l'autre à la fin du i®' siècle, et que la nouvelle Apocalypse mérite seule d'être appelée aujourd'hui « la première esquisse d'un enfer chrétien ».
« Comme l'auteur des Actes de Thomas, écrivait Renan en 1879, l'auteur de V Ascension d'haïe est un des précurseurs de Dante, par la complaisance avec laquelle il s'étend sur la description du ciel et de l'enfer. » Entre V Apocalypse de Pierre et le poème dantesque, les analogies sont telles que Ton serait tenté d'admettre Texislence, au moyen âge, d'une traduction latine, aujourd'hui perdue, de V Apocalypse, Mais il est inutile d'avoir recours à cette hypothèse. L'^n/er de Dante n'estpasun fait isolé dans l'histoire; comme l'ont montré Foscolo d'abord, puis Ozanam, il se rattache à une longue série d'œuvres, tant littéraires qu'artistiques, qui remontent elles-mêmes, à travers le moyen âge, aux récits apocryphes qui circulaient dans les communautés chrétiennes sous l'Empire romain. Nous ne pouvons pas encore dire qu'avec V Apocalypse de saint Pierre nous tenions la première maille de celte longue chaîne, mais du moins nous rapproche-t-elle, plus que toutes les œuvres analogues, du point de départ chrétien des descriptions du monde infernal.
Ces descriptions ne sont certainement pas fondées sur l'ancienne littérature juive, qui se préoccupe si peu de l'au-delà. Il faut y reconnaître un élément étranger, ({ui peut bien avoir pénétré dans le monde syrien avant l'ère chrétienne — notamment parmi les ascètes dits Lsséniens — mais dont on demanderait
L'Al'UCALYPSF. Di; SAI,NT PlERIlE rigines à la Bible. Or,
vaiDement les origines à la Bible. Or, nous savons que l'Egypte et la Babylonie, plus récemmeut la Perse, oui possédé de nombreuses et riches traditions sur le pays des iDorls, et l'on pourrail £lre lealé d'abord de chercher dans ces contrées d'Orient le prototype de renTer chrétien. Cette opinion se beitrlerail pourtant à une grosse difliculté. Les Syriens du i" siècle parlaient et lisaient l'araméen el le grec, mais rien n'autorise ft croire qu'ils entendissent l'égyptien et l'assyrien. C'est par le grec, la langue de nos Evangiles el de nos Apocalypses, que des idées précises sur l'enfer, étrangères à la vieille litlérature juive, ont dû s'introduire dans les cercles palestiniens.
Or, il se trouve précisémenl que les descriptions des enfers, la peinture de la Joie des élus et des soulTrances des réprouvés, ont été de tout temps des sujets familiers tant u l'art qu'à la lilté- F rature hellénique. Nous en avons comme la >< première esquisse i> L dans VOd'jasée. et c'est même \à. avec la descente d'Ënée aux I eoters à&ns V t'nfiide, le seul texls complet que nous ayons cudservé à ce suj<!t. Mais nous savons qu'il y en avait quantilé d'autres et qu'une » descente aux enfers » étail un des épisodes les plus communs dans les poèmes grecs que nous avons perdus. Une peinture grecque célèbre entre toutes, VEnfer de Polygnote, exécutée k Delphes vers le début du cinquième siècle, trouva de nombreux imitateurs. « J'ai vu, dil un personnage d'une comédie de Piaule, beaucoup de tableaux des tortures de l'Acbéron. " Il nous en est parvenu des spécimens sur des vases peints do l'Italie méridionale et sur les murs de tombeaux étrusques. Si la plupart de ces œuvres ont péri, leur iittluence est restée sensible; les poètes guidaient la main des artistes et les artistes, h leur tour, inspiraient les poètes, leur fournissaient des traits nouveaux en précisant le tien de la scène. Cela est particuliëremeut frappant dans l'Enéide, oii Virgile, tout en suivant des modèles grecs, parait souvent décrire des tableaux.
1^ curiosité des choses de l'autre vie a èlé surtout développée chez les Grecs parle pylhagorismeetpar l'orphisme. Il existait un récit d'une descente aux enfers attribuée à Pythagore. Quand on rencontre, dans VApocaltjpse de Pierre, la mention des peines réservées aux fabricants d'idoles, on peut se croire d'abord en présence d'une idée toute chrétienne. Il n'en est rien. Pythagore racontait qu'étant descendu aux enfers il avait vu l'Ame d'Hésiode I attachée à une colonne d'airain et poussant des gémissements