Us Toot dit, mais ils ne l'ont pas démontré
4. [Le préjugé dont je me faisais ainsi réclio est celui même que j'ai appelé, au cours de la môme année 1893, le Mirage oriental. Cf. L'Anthropologie, 1893, p. 539, G'J9 et suiv.]
Les arétalogues dans rantiquité*.
Lo mot aretalogus, qui so rencontre deux fois seulement dans la littérature classique de Rome, a été expliqué de manière inexacte par tous les lexicographes et commentateurs ; il me semble qu'à l'aide de documents récemment découverts on peut en proposer une interprétation plus satisfaisante.
Il est fait mention A'aretalogi dans deux passages d'auteurs latins que je commence par reproduire ici :
Suétone, Auguste^ LXXIV : « AiU acroamata et hisirtones inlerponebat, ac frequeniius aretalogos. »
Juvénal, Satires, XV, v. 13 etsuiv. :
(( Attoniius cum Taie super cœnam facinus narraret Ulysses Alcinoo, bilem aut risum fartasse quihusdam Moverat, ut mendax aretalogus... »
Pour les lexicographes modernes, V aretalogus est un phi-
1. [Ce mémoire, lu à TAcadémie des loBcriptions en 1884 (Comptes rendus, p. 336), a été publié dans le Bulletin de correspondance hellénique (t. IX, 1885, p. 257-265). Le sujet a été repris par M. A. Crusius {tirt, Aretalogus dans Pauly- Widsowa), qui qualiOe mon travail de grundlegend, pais par M. Preuuer (Ein Delphisches Weihgeschenk^ p. 94) et par M. R. Reitzenstcin {Hellenistische Wundererzâhlungen, 1906), qui a consacré tout un Tolumc de 172 p. à Varétalogie antique (cf. le compte rendu de ce bon livre par M. Zielinski, dans la Philologische Wochenschrift, 1907, p. 1491). En réimprimant mon mémoire après vingt-deux ans, je me suis contenté de signaler en note les textes qui m'avaient échappé et de corriger quelques erreurs de détail. Je ne prends pas la peine de réfuter les paradoxes émis par M. Meister k ce sujet dans les Berichteder sâchs. Ges. (1891, p. 12 et suiv.); suivant ce philologue, dans le mot àpeTQtXôyoc, il y aurait àpixhç = ipzaxôi et les arétalogues seraient des ^fiuXiyoi, conteurs de « jolies » histoires.]
294 LES ARÉTALOCrJKS DANS L'ANTCQUITÉ
losophc do bas étage, qui venait, comme une sorte de bouffon, assister aux banquets des riches et égayait leurs hôles en débitant ses préceptes de sagesse avec un sérieux ridicule. Telle est l'explication donnée par Georges, dans la septième édition de son dictionnaire latin-allemand (1879). Cette interprétation, déjà indiquée par Forcellini et Freund, date de Casaubon qui, dans son commentaire sur le passage cité de Suétone (Aug.y LXXIV), s'exprimait ainsi : Aretalogos censeo appellatos miseras philosophos qui cofwivia beatorum frequentabani et Romulidas saiiiros variis de virtute et vitiis disputationibus oblectabant, Casaubon rapporte aussi, sans les approuver, deux autres explications : Alii aretalogos aiunt esse circtilatores quosdam qui in compitis mira de suis pharmacis poilicentur, vel fabulosorum volumvium soiptores, ul Amadisii et similium.
Nous nous trouvons donc en présence de trois traductions du même mot : \^ Uaretalogus est un philosophe boullon; 2« Yaretalogtis est un médecin charlatan; 3° ïaretalogus est un conteur, débitant des histoires fabuleuses*. Cette dernière explication a pour elle l'autorité de M. Mayor, qui paraît lui accorder la préférence dans son commentaire de Juvénal. Il rappelle que l'empereur Auguste, selon Suétone, envoyait chercher, lorsqu'il ne pouvait pas dormir, des lecteurs ou des conteurs de fables ^ Les aretalogi ne seraient guère différents de ces fahidatores^ dont Lucien parle assez longuement au début de son Histoire véritable, citant parmi eux Ctésias de Cnide, qui a c'crit des choses incroyables sur les Indiens, et lambule, qui a conté des merveilles sur tout ce qui se rencontre dans l'Océan. « L'auteur et le maître de toutos ces impertinences, ajoute Lucien, est l'Ulysse d'Homère, qui en a
1. [M. Rcitz iisteio, op. laud., p. 8, a le premier fait valoir, dans cette enquête, une acholie du palimpseste de Juvénal provenant de Bobbio : Aritliologi sunl^ u( quidam volunl, qui miras res, id est deorum virlulen loquunlur. Mifii aulem videtur nrilhologcs illos dici qui ea quae dicta (?) non sunl in vulgus proférant. Le texte des mots importants iea quae dicta non sujii) est rorrompu.]
2. Suet., Aug., LXXVIII : Lectoribus aul fahulalorihns arcessitis.
LB5 ABÊTAtOGUES DAMS L'ANTIQUITÉ
fait tanl accroire à Alcinoiis. " Or,dans le passage de Jiivi'nal que j'ai cilé on commençant, Ulysse, racontant des histoires m erv'ei lieuses à la table d' Alcinoiis, est précisément rapproché d'un mendnx aretalogus .
Les témoignages des écrivains grecs nepeuvent guère servir à éclairer le peiit problème qui nous occupe. Philodeme de Gadara' rappiocbe ràpeTaXii-cî du mimographe, en l'opposant au cu-,7paçEy; : mais les manuscrits portent APETAAEIOY, et APETAAOrOV n'est qu'une correction. Le Pscudo-Manélbon" emploie lo mot àperaÂsY'ïii «l"'' l*" T/iemitrus interprvto ji tort par sermo de virlute :
Mwpo'AOYOuç. "/'■-'J'iî 5' -^Yf,Topa;, ûSpiY'î.uTa;. kl S' ïpe-caAOYtf; v-^Oeijj.ata i:;'./.iX' sys'nt:;.
Dans le commentaire d'Acron sur Ilorace', lemolàpîtaÀsfSî. écrit en grec, est appliijué k Crispinus lo chassieux : Crvipini philosop/ii ciijusdam (oquaci&simi riomen, qui âpEîaî.îY3î i/ictus est\
Le même mol a encore été employé par Aueone dans un passage qui a échappé aux réviseurs du T/tefaurnx et aux autre lexicographes, il écrit à Paulus' :
AàoàïiDç na-jX(|>, bxeSÎï ç'IXst>îl3tEW- Ces vers, encore qu'obscurs, ont leur importance, parce qu'ils semblent montrer qu'àpETïXi-;;; n'est pas un terme de mépris, comme l'admettent tous les dictionnaires.
Kniin, l'édition originale du T'Aesaifr»,'; d'Esticnnc et la réimpression faite à Londres renvoient à un passage de Strabon, où le mot âpsTaXoYiùJv serait employé. Voici le texte de plusieurs manuscrits et des plus anciennes éditions :
t. PbilodèinB, [Ifpl noiiiiiàiuv, éd. DQbiler (Pari!>, 1840 , p. 13. 21.