Cf. Schwegler, Geschichle RomSf t. 1, p
tlNE PRÉDICTION ACCOMPLIK Ut
properaits saecula métis signifie qu'ils coupent (en deux) le dernier siècle en rapprochant d'un demi-siècle le terme fatal. Claudicn, bien entendu, n'accepte pas ces prophéties sinistres, puisqu'il promet l'éternité à Rome et la conjure de secouer les frayeurs de la vieillesse [humilemque metum depone senectae, XXVI, 53); mais il sait qu'on s'en alarme autour de lui et il voudrait faire croire que la valeur de son héros peut encore sauver ce qui a été condamné par le sort.
En 4S6, dans son panégyrique de l'empereur Avitus, Sidoine Apollinaire fait deux fois allusion à la môme interprétation de l'augure de Romulus (v. 55, 358). La première fois, c'est Rome qui parle : « Que me présage, demande-t-elle, cet auspice toscan avec ses douze vautours »?
Quidy rogo, bis seno mihi vulture Tuscus atuspex Por tendit ?. . .
Le second passage est plus intéressant : « Déjà les destins remplissaient presque les douze ailes de ton vautour — car tu connais, o Rome, tu connais les épreuves qui t'attendent — lorsque l'eunuque insensé Placidus (Valentinien III, fils de Placidie) immola Aetius :
Jam prope fata tui bissenas vuituris alas Complebant — sois namque tuot^ scis^ Roma iabores — Aetium Placidus mactavit semivir amens.
Ce meurtre d'Aetius par Valentinien, qui priva Rome de son dernier grand général, se place le 21 septembre 454. Aetius fut frappé mortellement par l'empereur lui-môme, à l'instigation de Petrouius Maximus et de l'eunuque lleraclius ; c'est pour cela peut-ôtre, ou par un souvenir de la Pharsale (VIII, 552), que Sidoine qualifie Valentinien de semivir ^ confondant à dessein l'empereur et son indigne conseiller.
Ainsi Sidoine, écrivant en 456, dit que le nombre des années de Rome, annoncé par la prophétie des douze vautours, était à peu près accompli en 454 ; d'autre part, nous avons la preuve que la mort d'Aetius, désastre pour le Sénat romain et pour la cause nationale, parut, à beaucoup de contemporains, marquer la fin de l'Empire. En eiïet, dans la
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306 UNE PHEDICTION ACCOMPLIE
Chrojiique du comte Marcellin, rédigée vers 527, on lit à la date de 434 : Aetius maqna Occidentalis reipublicae salus et régis Attilae terror a Valentiniano imperatore ciim Boethio amico in palatio trucidatnr atqxie cnm ipso Hesperium cecidii reffnum ?iec hactenus valait relevant L'année suivante, 455, Valentinien périssait assassiné à son tour ; la prophétie de Didon mourante s'accomplissait» et le Vandale Genséric, parti de Carthage, prenait et saccageait Rome. Si Marcellin, qui note ces désastres en 453, place néanmoins la ruine de l'Empire d'Occident en 4S4, un an ava?it la prise de Rome, il doit avoir pour cela quelque bonne raison. Or, nous avons montré que Glaudien fait allusion à un calcul qui mettait en 404, juste cinquante ans plus tôt, la fin de la première moitié du douzième siècle. Sidoine, écrivant deux ans après 454, mentionne lui aussi la prophétie des vautours à propos de l'assassinat d'Aetius, et non à propos de la prise de Rome par Genséric, dont il parle également. Ges témoignages concordants semblent établir que beaucoup de Romains instruits, désespérés de la perte d'Aetius, observèrent que ce funeste événement coïncidait avec Tachèvement de Tan 1200 de la ville et s'inclinèrent devant larrét du Destin.
Les modernes ont Hiahitude de placer la ruine de TEmpire d'Occident en 476, lorsque Ronmius Augustule fui déposé par le chef des Hérules Odoacre. A cette date, le comte Marcellin écrit dans sa Chronique ce qui suit : Hespe^ rium Romanae gentis imperiiim.,. cum hoc Augustulo periit,.. Gothorum dehinc regibus Romam tenentibus*. Ce passage est en contradiction avec celui que j'ai emprunté plus haut au même chroniqueur ; iMarcellin doit donc avoir suivi et compilé deux sources ditïérentes, dont l'une plaçait la ruine de l'Empire en 454, l'autre en 476 seulement. La doctrine qui faisait tomber l'Empire d'Occident en 476 est probablement due aux historiens gothiques, qui pouvaient ainsi présenter le