‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 162 sur 345 · Alexandre, ihid., t. II, 2, p · texte numérisé non relu

Alexandre, ihid., t. II, 2, p

2. S. Reiuach, Manuel de philologie classique^ l*"» éd., p. 359.

3. Bouché-Leclercq, Histoire de la Divination^ t. IV, p. 307.

UNK PRÉDICTION ACCOMPLIE 309

M. Bouché-Leclercq, en « précurseur de ses compatriotes les Vandales ? » Cela est inadmissible pour bien des raisons. Stiticon, homme de guerre et de gouvernement, voulut simplement faire disparaître une littérature stupide, devenue une cause de découragement et de faiblesse*. 11 ne fit. en somme, que suivre les exemples donnés par Auguste et par Tibère, qui ordonnèrent de rechercher et de détruire, comme constituant un danger pour TÉtat, des recueils dits sibyllins qui circulaient au i" siècle dans le public. Ne peut-on pas, dès lors, considérer comme vraisemblable que la prophétie de Vettius, colportée et versifiée en Orient dès le i" siècle avant notre ère, avait trouvé place, plus ou moins voilée, dans le nouveau recueil des vers sibyllins?

A la lumière des réflexions qui précèdent, un passage célèbre de Tacite peut recevoir une signification plus précise dont il ne semble pas que les commentateurs se soient avisés. Parlant des guerres civiles qui ont fait périr des milliers do Germains, Thistorien s'écrie: « Puissent ces nations continuer, sinon à nous aimer, du moins à se haïr entre elles ! En présence des destins menaçants de TEmpire, la fortune ne peut nous donner rien de plus heureux que les discordes de nos ennemis ! » [Quando urgentibiis (?) imperii fatis nihil jam praestare forlujia majiis postest quam hostium discordiam*), Doederlein lisait inurgentibus et traduisait : Jetzt wo Roms Weltherrschaft ihrem Ende naht. Cela parut tout à fait absurde à Baumstark : « Comment Tacite aurait-il pu dire pareille chose? Pour qui écrivait-il donc? 11 était trop bon Romain pour exprimer une pareille pensée, même si elle lui était venue, et il n'aurait pas trouvé de public pour écouter de si folles prophéties ». Ces arguments sont puérils. Le texte offre une certaine difficulté, car m, devant urgentibus, manque dans le meilleur manuscrit; deux manuscrits ont ver-

1. Évidemment, SUIicoo De 6t pas coDoattre les vrais motifs de sa décisioD, ee qui explique la colère de Rutilius. %. Tacite, Germ., 33.

gentibus ; deux autres, parmi les meilleurs, ont iirgentibus jam, ce qui accentuerait encore la menace qu'il est impossible do méconnaître dans ces lignes. Le mot qui convient le mieux est vergentibus ; c'est la lecture que j'adopterais si j'avais à publier la Germanie^ Quand je lus le présent mémoire à l'Académie des Inscriptions, M. Louis Havet me fit observer que si la vie de l'Empire était comparée par Tacite à celle d'un homme et fixée à 1.200 ans, le moment où il écrivait correspondait à Tâge de 70 ans, qui marque le commencement de la décrépitude*. Cela esl parfaitement exact. Tacite écrivait en 98, au milieu des succès de Trajan ; évidemment, ce n'est pas une crainte momentanée qui l'inspire, mais il sait que la vieillesse de TEmpire commence et, devinant d'où vient le péril, il fait des vœux pour que les discordes des Germains permettent de Técarter, de « doubler le cap » du xiii® siècle, comme on avait heureusement passé, suivant la remarque de Vettius, l'échéance de la cent vingtième année. A moins donc de vouloir, avec Baumstark, enlever tout sel à ce passage*, il faut admettre que Tacite fait ici allusion à une idée qui devait être familière à ses lecteurs et les troubler parfois dans leur confiance. Je crois que cette idée n'est autre que celle de la durée de l'Empire limitée à douze siècles et que Tacite, en écrivant ces lignes, songeait, lui aussi, à la prophétie des douze vautours*.

1. Cf. vergenlibus annis in senium (Lucaio, Pharsaie, 1, 129).

2. Il suffit de résoudre la règle de trois : 100 : 1200 : : x : 850 (de Rome), d'où x = 70.

3. Baumstark ose traduire: der rômischen Herrschafi Geschichle geht unaufhaltsam ihren Gang !

4. DioQ Cassius (LVII, 18) parle d'une prophétie dite sibylline qui courait sous Tibère et qui prédisait la ruioe de Rome, par suite d'une guerre civile, en l'an 900 de la ville, c'est-à-dire vers 148 ap. J.-C. Il est peu probable que Tacite y fasse allusion ; remarquous, toutefois, que Cicérondéjâ {Pro RabiriOy 12) pensait que les dissensions intestines mettraient fin à la puissance romaine. D'autre prédiclious pseudo-sibyllines fixaient la ruine de l'Empire sous Néron, sous Titus, sous Domition, en 948 de Rome (195 ap. J.-C), en l'an 305 de l'ère chrétienne (Alexandre, op. laud.^ t. Il, 2, p. 485-6) ; enfin, quelques païens annonçaient la ruine du christianisme pour l'an 365 {ibid.^ p. 188).

Le sanctuaire de la Sibylle d*Érythrée\

Pausanias, au xii* chapitre de son livre sur la Phocide, raconte ce qui suit : « On voit [à Delphes, près du portique des Athéniens] une pierre qui s*élève au-dessus du sol : les Delphiens assurent qu'Hérophile, surnommée la Sibylle, se tenait sur cette pierre pour chanter ses oracles. La première qui ait porté ce nom me semble remonter à la plus haute antiquité... Hérophile est d'une époque plus récente; il parait néanmoins qu'elle a vécu avant la guern» de Troie... Les Déliens rappellent un hymne de cette femme sur Apollon; elle se donne dans ses vers non seulement le nom d*Hérophile, mais encore celui d'Artémis; elle se dit dans un passage réponse d'Apollon, dans un autre sa sœur et ensuite sa fille; elle débite tout cela dans la fureur du délire prophétique. Elle prétend, dans un autre endroit de ses oracles, qu'elle est née d'une mère immortelle. Tune des nymphes du mont Ida, et d'un père mortel. Voici ses expressions : « Je suis née d'une race moitié mortelle, moitié divine; ma mère est une nymphe immortelle, mon père était pécheur. Par ma mère, je suis originaire du mont Ida; ma patrie est la rouge Marpessos consacrée à ma mère (ou à la mère des Dieux) et arrosée par le fleuve Aïdoneus. »> Il y avait encore de mon temps, sur le mont Ida, dans la Troade, les ruines d'une ville nommée Marpessos, avec soixante habitants environ; tout le sol à l'entour est rougeàtre et tellement aride que le fleuve Aïdoneus entre sous terre et reparaît de nouveau... Marpessos est à environ 2i0 stades d'Alexandrie en Troade; les habitants de cette Alexandrie disent qu'IIérophile était rhargée du soin du temple d'Apollon Sminthée... Cette Sibylle passa la plus

1. [Revu* des Étudet grecque», 1891, p. 276-286. Voir la piiblicaliou et le commentaire du même texte par Bure»cb, Athen. MiUheiL, 1892, p. 16-36.]

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