LE SANCTUAIRE DE LA SIBYLLE DERYTHKÉE
fille très âgée de la nymphe Naïas. Ma patrie n'est pas une autre ville, mais bien Érytlirée, et mon père mortel fut Théodore. L'antre tapissé de lierre m*a vue naître et c'est là qu'assise sur cette pierre j'enfile la série de mes oracles, annonçant aux mortels les maux qui les attendent. Pendant une vie de trois fois trois cents ans, j*ai conservé ma virginité et parcouru toute la terre. Maintenant, je suis assise de nouveau auprès de cette pierre qui m'est familière, jouissant de Tagréable fraîcheur des eaux. Je suis heureuse de voir arriver le temps oii j'ai prédit qu'Erythrée fleurirait de nouveau, qu'elle serait bien gouvernée, riche et prospère, à la venue d'un nouvel Erythros dans ma chère patrie ».
Cette inscription est-elle une épitaphe? Cela est possible, mais n'est pas dit expressément. Au lieu de xeîixat, je repose^ la Sibylle d'Erythrée dit r^ixat, je suis assise : il y a donc là plutôt comme une affirmation de présence, et cetle affirmation paraît impliquer qu'une statue de la Sibylle, dans l'attitude d'une vieille femme assise, était placée dans le caveau. La découverte du moindre fragment de cette statue serait fort -intéressante. Quoi qu'il en soit, notre inscription paraît faire pendant à celle d'Alexandrie en Troade que l^ausanias nous a conservée : le parallélisme de ces deux compositions est évident :
"'AS' èy/i) i <]^o'!6ci5 caçr^yopiç t\\t.: ij{6'jXXa
dit l'épitaphe d'Alexandrie. Nous lisons dans l'inscription d'Erythrée :
La tombe de la Sibylle ensevelie en Troade est placée dans un nymphaenm, où jaillit une source ; la Sibylle d'Erythrée 80 félicite aussi du voisinage des eaux vives :
Dès le début de l'épigramme d'Erythrée, les prétentions do cette ville sont nettement afiirmées, et il v a comme une trace des controverses pendantes dans ce vers :
IlaTptç S' O'jx à'XXr„ jjLcyvri 3é jjlsi è^TiV 'EpuOpat,
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En se disant fille de la nymphe Naïas, nommée Naiç sur le fragment d'inscription de même provenance, la Sibylle d'Erythrée ajoute un renseignement à ceux que fournissent les auteurs, car Pausanias lui donne pour mère une nymphe de rida, 'ISaïa. 11 est certain, d'après le texte de Pausanias, que le nom d"ISa{a paraissait peu favorable aux prétentions des Érythréens, le mont Ida étant voisin d'Alexandrie en Troade et fort loin d'Erythrée. Les Erythréens se tiraient d'affaire, suivant Pausanias, en alléguant quida désignait primitivement tout pays boisé. Mais cette explication paraissant peu satisfaisante, on préféra donner un autre nom à la mère de la Sibylle Erythréenne. Le nom de Naïas convient bien à une Nymphe; peut-être aussi n'est-il pas superflu de faire observer que le mot lAAIAN, lu de droite à gauche, donne précisément NAIAAI.
Le père d'Hérophile, Théodore, était déjà connu par Pausanias; la Sibylle a soin d'ajouter qu'il est son père mor/e/, Ovr^Toç YsvsTr^ç, laissant entendre par là quelle est fille d'Apollon, comme le voulait une des traditions indiquées par Pausanias.
A la ligne 6, il y a un mot très rare : èxTrîfpJovw; il ne s'était encore rencontré que dans un auteur byzantin. Nicétas Choniate, où il signifie a passer une pointe à travers ». Ici, il aie sens d' « enfiler » des oracles, et cette expression se comprend d'autant mieux que les oracles d(», la Sibylle étaient rendus sur des feuilles volantes :
Foliis lantxmi ne carmina manda Ne turbata volent, rapidis Indibria ventis^.
On peut croire aussi qu'ils étaient gravés , comme à Dodone, sur de petites feuilles métalliques pourvues d'un œillet. A la même ligne, le mot suÔjAaXcDîa est nouveau. Le mot •/pr^cp/oYdps;, à la première, est remarquable, parce qu'il se rencontre dans un des oracles sibyllins* :
Où ^£UOO0ç <l>0l60'J ^^pr^ŒfJLTjYCpOÇ
i. Virg., Aen.i Vï, 74; cf. A Icxa u d re, Ej:cMrsw5, p. 59. 2 Orac. Sib., IV, 4.
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Dans un autre fragment du poème de la Sibylle d*Erythrée*, on trouve les vers :
MavToauvYjç, raôéwv Sa xaTc.y.Tiadaç iXcov y.îjp... Or, dans notre inscription, nous lisons au v. 9 :
L'imitation est évidente, comme au vers 3 :
IlaTptç 3* cjy. à'/vXr^, {xcijvr^ ô£ {jlc. £JtIv 'EpuOpa{ souvenir du vers du chant érythréen :
Mr^TpdOîv *1$5Y^''"0? * 'ï^^i'Pp't; Se jjloi irrlv 'EpuOpr^.
Le vers S « Ktadci-raç o' r^vcYxev ejjiov vovov » présente une difficulté, le mot xtjcjroTaç étant nouveau. Ce ne peut être que la désignation d'un antre tapissé do lierre, xickjc;, et consacré à Apollon, que l'on trouve appelé xi^jsijç, y.iffauXocBr,vsç et x'.aaXauoï;vc<; ". — La Sibylle indique nettement qu'elle est ensevelie dans l'antre où elle est née et où elle a prophétisé. Cet antre contenait une source, puisqu'elle est fille d'une nymphe des eaux, et Ton y voyait la pierre sur laquelle la Sibylle s'était assise pour rendre ses oracles. KUe désigne cette pierre comme immédiatement voisine de sa retraite, -zf^lt S' £©£Ç5;x£vrj -i-rptj, 9O.Y) ::ap' T|?js£ Y£ -^^PTî- A Delphes aussi on montrait la pierre sur laquelle avait prophétisé la Sybille et l'on en voyait encore en d'autres lieux.
La Sibylle dit qu'elle a vécu trois fois trois cents ans, c'està-dire neuf cents ans. Les auteurs anciens lui attribuent, en effet, une existence de neuf cents ou de mille ans*; mais ces allégations, comme le vers de notre inscription, sont uniquement fondées sur un passage du vieux chant érythréen, où la Sibylle dit qu'elle a vécu pendant neuf^ âges, sans préciser quel nombre d'années elle entend par le moirage (Ysvsa).
Dans le vers suivant (v. 41), la Sibylle parle de sa virginité