Strabon, lll, 5, 11, p. 177 (éd. Didot, p
NtHAS ET MIDACRITUS Sti
ne flit pas que les Pht'nicipns aient df^couvorl les Cassitiîrides, mais seulement que, pendanl longtemps, ils ont eu le monopole du trafic maritime entre fiailès et ces (les. Il s'agit là d'une route commode, non d'autre chose, Strabon ne dit pas non plus que les Pht^niciens aient commercé de temps immémorial avec les Cassit^ridcs, et cela, k l'exclusion des Grecs; il ne donne pas la moindre indication sur les débuts de leur commerce et ne parle même pas, à ce propos, des (irecs, mais seulement les (tomains. Les incidents qu'il raconte sont évidemment de date assez récente. 11 est tout à fait inexact de résumer l'opinion de Slrabon comme le iait C. Miiller dans son index : Primi eas imulris niiierunl Phoenices Gadilani. C'est la doctrine des modernes ; ce n'est pas cello de Strabon,
Posidonius, cité par Strabon', dit que l'étaîn se trouve en Lusitanic et aux îles Cassitérides; il ajoute qu'on en apporte aussi des lies flritanniqites à Marseille (nai k% twv np'îravixùy 8à v.% TV MaffiaWa' x:i*!Ï!59ai)- ^-^ passage mentionne clairement Ja ville grecque de Marseille comme Penlrepôt principal de l'étain britannique. Le témoignage de Posidonius est confirmé par Diodore do Sicile, suivant lequel l'étain de la Grande- Bretagne était d'abord transporté par les indigène dans l'île d'Iclis (Wightl, puis débarqué sur la côte de Gaule, d'où il mettait trente jours, à dos de cheval, pour atteindre les bouches du Rhûne'. Le mémo historien, parlant des richesses mélalli<]ues de l'Espagne, revient un peu plus loin sur le même sujet'. Comme Posidonius, qu'il semble suivre, il dit que létain se rencontre en l'ispagne, en Lusitanio et dans les îles Cassitéridesqui sont vis-à-vis. .. Beaucoup d'étaîn, ajoule-t-il, est aussi apporté de la Bretagne sur la côte opposée de la Gaule, d'oiî les marchands transportent le métal à dos de cheval à Marseille et à Narbonne ". Des Phéniciens et de leur prétendu monopole commercial, Diodore ne soufle mol dans
1. BtrsIiOD, III. 2, 9, p. 141 (^>l. Didot, p. I S. Diodore, V, 23.
i. Ibtd., V, 38.
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les deux passages où il parle de Tétain. Cependant il sait et ne manque pas de dire que les Phéniciens ont exploité les richesses minières de TEspagne et qu'ils ont navigué au delà des Colonnes d'Hercule. Ce n'est donc ni sur Diodore ni sur Strabon que peut se fonder le préjugé moderne que nous avons rappelé en commençant.
La comparaison des passages de Strabon et de Diodore montre pourquoi les Romains, au i"*^ siècle avant J.-C, dési raient connaître la route maritime directe qui conduisait de Gadès aux îles de Tétain, et pourquoi les Phéniciens d'Espagne essayaient do la leur dissimuler. Trente jours de voyage à travers la Gaule devaient singulièrement augmenter le prix des cubes de métal qui suivaient celte voie pour parvenir à Marseille ou à Narbonne; les Phéniciens d*Espagne, qui les recevaient par mer et pouvaient, sans rompre charge, les transporter sur un point quelconque de la Méditerranée, avaient naturellement un grand avantage sur les commerçants romains établis à Narbonne et à Marseille. Il s'agissait de leur ravir cet avantage pour que la lutte entre Romains et Phéniciens devînt égale. Jusqu'à ce que les Romains eussent atteint ce but, les Phéniciens jouirent du même privilège que les Portugais lorsqu'ils eurent doublé le cap de Bonne- Espérance et découvert une voie maritime entre les Indes orientales et TEuropc. Les épices de Tlnde continuaient à parvenir en Europe par Tancienne routes mi-terrestre, mimaritime; mais les Portugais, suivant une route nouvelle, exclusivement maritime, pouvaient les transporter à bien meilleur compte et défier leurs concurrents sur tous les marchés.
On comprend aussi pourquoi les auteurs anciens ont distingué, quand ils parlaient des régions produisant Tétain, les îles Cassitérides et la Grande-Bretagne, bien qu'il s'agisse très vraisemblablement d'un même pays. Il y avait deux traditions relatives aux îles de Totain : l'une phénicienne, dont le point d'attache, si Ton peut dire, était le sud de l'Espagne; l'autre grcccjue, qui s'était formée à Marseille. Avec ce respect de la chose écrite qui les caractérise, les anciens admi-
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rent concurremment les deux Iradilions et les juxtaposèrent lant bien que mal. Mémo après l'fixpédilion de l'uLlius Crassus aux Cassitérides, Pline n'ose pas rejeter la légende géographique qui place ces îles dans la di'-pcndance de l'Espagne ' et Ptolémée, au siècle suivant, persiste dans la même erreur».
Alors même que les Phéniciens de Gadès auraient découvert la route maritime des Iles de l'étain antérieurement au vi* siëcle — ne faisant d'alleurs. en cela, que suivre l'exemple des Tartessiens de l'ibérie, — il est certain que la route de terre avait été suivie à une époque beaucoup plus ancienne. Thucydide savait déjà que le commerce terrestre est antérieur au commerce maritime". Bien n'aurait pu donner aux Phéniciens l'idée d'aller chercher de l'étain avec leurs navires s'ils n'eussent déjà connu non seulement cette substance, mais le pays lointain qui la produisait. Sgitott nulla cupido. Pour reprendre une comparaison qui nous a déjà servi, les Phéniciens d'Espagne n'ont pas plus découvert les l^assitérides et l'étain que les Portugais du \v" siècle n'ont découvert l'Inde et les épices.
Cependant lepréjugé contraire esttellemenl répandu qu'on a depuis longtemps allégué k l'appui un texte très important de Pline qui: nous n'avons pas encore introduit dans le déhat.
Au livre IX de son grand ouvraj^e, le naturaliste ouvre une parenthèse pour énumércr les principales inventions et leurs auteurs, quae cujusqtte inventa siVw'. Cette longue énuméra-