Pausaiiias
4. Le texte de Pausanias est très bref et pn'te à contestation : iyxupa li, f,v f'i M:ôa; àveOpsv, y;v ïxi xai c; é|i£ èv Upw Atô;. S'agit-il bien là d*uu modèle d'aucre eu fer imaginé par Midas, coniuic l'admettent tous les moderueSt témoins les articles Ancora et Anker dans le» Dictionnaires de Saglio et de Pauly-Wissowa? Ne pourrait-on pas plutôt songer à la découverte d'une vieille ancre, considérée comme la relique d'un passé très loinUin, où la distribution de? terres et des mers aurait été différente ? J'incline Yers cette derni«Te hypoth»'se, qui est, je crois, nouvelle, à cause du vers d'Ovide : Et vêtus inventa est in montibus anchora summis {Metam., XV, 202). On sait qu'il existait, en Pbrygie, une tradition relative au déluge [Cf., sur cette question, le présent ouvrage, t. Il, p. 250-254.J
MIDAS ET MIDACRITUS 335
Assurément, on peut prétendre qu'il y a là une légende étymologique suggérée par le nom même de la ville d'Ancyre; mais pourquoi se serait-elle attachée au nom de Midas^ si Ton n avait pas conservé la mémoire d'une tlialassocratie phrygienne? Or, l'invention de l'ancre était la condition indispensable du développement de la marine au long cours; un navire sans ancre, ou muni seulement de reivrj homérique, devait être souvent tiré sur la grève ; muni d'une ancre, il pouvait rester au mouillage même par gros temps.
On voudrait pouvoir se faire une idée précise de cette thalassocratie phrygienne et des conditions où elle a pris naissance. Malheureusement, les quelques données dont on dispose sont incertaines et quelque peu contradictoires. Il n'est même pas sûr que le Midas des légendes primitives soit un Asiatique; la tradition la plus ancienne en fait le roi des Bryges de la Macédonie, qui passèrent en Asie et devinrent les Phrygiens de l'histoire. Avant l'arrivée de ces immigrants européens, la Phrygie même fut peuplée, au témoignage de découvertes récentes, par ces Syro-Cappadociens que nous appelons aussi Hétéens ou Hittites^ Mais ces Hittites eux-mêmes étaient des envahisseurs, comme le furent les Cimmériens qui, vers 680, mirent fin au royaume de Phrygie, et j'ai donné autrefois des raisons, que je crois encore bonnes, pour considérer les Hittites, les Phrygiens, les Cimmériens et les Galates comme quatre groupes de peuplades ayant passé, à plusieurs siècles de distance. d'Europe en Asie, où elles se sont successivement orientalisées au contact des civilisations voisines*. Si le nom de Midas désigne à la lois la floraison d'une civilisation primitive en Macédoine et la prise de possession par les Bryges d'une riche contrée de l'Asie Mineure, on peut identifier les débuts de la tlialassocratie phrygienne aux expéditions de piraterie dirigées par les Bryges d'Europe vers les rivages de l'Asie Mineure. La tlialassocratie carienne se pré-
1. Voir rexcelleDt exposé de M. Perrot, Histoire de Varl^ t. V, p. 1 e^ sniv.