A PROPOS DE LA CURIOSITÉ DE TIBÈRE
Maintenant, je n'ignore pas qu'il existe des textes graves, antérieurs même à nos Evangiles, de nature à faire prévaloir l'opinion commune : ce sont ceux des Épitres de saint Paul. Mais il serait d'une mauvaise méthode de les alléguer pour refuser d'examiner les arguments contraires. Je n'ai pas ici de théorie à offrir au sujet de ces passages christologiques de Paul; je sais seulement que Tauthenticité des Épttres est b&ttue en brèche par toute une école de théologiens hollandais, auxquels s'est rallié tout récemment M. Vernes*. Personnellement, je n'ai pas été convaincu par Van Manen, bien que je ne croie pas légitime de traiter son opinion par le mépris. Si Paul est un témoin de Jésus, c'est un témoin bien imparfait, qui l'a vu seulement dans une vision et qui semble ne savoir presque rien de sa vie terrestre. Mais, encore une fois, la force de l'argument paulinien dépend, dans une large mesure, de celle des arguments contraires que j'ai exposés; si, étudiés en eux-mêmes, ils entraînent la conviction, l'impossibilité logique il'admettre en même temps le sic et le non obligera d'expliquer ce que dit saint Paul autrement que comme un témoignage historique. N'est-ce pas une des tâches essentielles de l'histoire de mettre en lumière les contradictions apparentes, avec la certitude qu'elles sont seulement apparentes, et de chercher avec bonne foi la solution logique qui les concilie?
1. Voir l'article Paul de Vao Maueu daus VEncifcl. Bihlica, \t. 3620 et suiT. et, pour les déclarations réceutes de M. Veraes, Hev. archéoi., 1907, I, p. 473.
Fig. I. — ActéoD attaqué par ses cbieni. Groupe eo marbre du Musée BrilBDuiquei.
" Actéon, chasseur tliébain , surprit Diane au bain, fut changé en cerf et déchiré parses chiens. »
Ainsi s'expriment les Dictionnaires de la Fable; mais il ne faut pas toujours croire les Dictionnaires.
Dans les monuments du v' siècle avant l'ère chrétienne qui sont relatifs au châtiment d'Acléon, tels qu'une des métopes de Sélînonte (lig. 2} et quelques vases peints de beau style à ligures rouges', l'épisode du bain d'Artémis ne paraît jamais. La déesse, sévèrement vôtue , préside au supplice de l'infortuné chasseur, parfois seule (tig. 4). parfois en présence d'autres divinités (iig.
dernières on trouve Erinys ou Lyssa, qui ins-
5); parmi
pire une rage meurtrière aux chiens d'Actéon
Il n'en est plus de même à l'époque hellénistique.
Pour les Grecs d'Alexandrie et leurs élèves, les poètes et
1. ConféreiKta faites au Muait Guxmet, Parla, 1906, p 99-li».