L Université de Paris^ novembre 1906, p
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l'Iionmie <;tait l'Insulinde. Il y en avait là, mais il y en avait aussi ailleurs. Noire ignorance des couches tertiaires est encore grande, car les recberches systi^'inatiques font défaut. Alors que l'exploration des stations humaines — préhistoriques, celtiques, grecques, romaines, etc. — est poursuivie avec méthode par les gouvernements et les sociétés savantes, on ne pratique guère de fouilles pal^ontologiques; c'est le hasard qui fournil des documents. Le xx" siècle aura peut-âtre à cœur de faire cesser un étal de choses dont les archéologues « classiques H ne sont pas les derniers à s'étonner,
.Maintenant que nous tenons le pithécanthrope, ou du moins le crAne d'un pithécanthrope, la question se pose de savoir comment et sous quelles intluences cet anthropoïde, ou un autre de la même époque, s'est acheminé vers le typa de l'/iomo sapiens.
Un anthropologiste contemporain a émis h ce sujet une hypothèse ingénieuse. Tel groupe de pithécanthropes, habitués i vivre dans une forêt, se seraient trouvés tout à coup, par suite d'un immense incendie, privés de l'appui des arhres. La plupart n'auraient pas résisté à ce changement de régime; ceux qui auraient été plus endurants, plus modifiahleâ, auraient pris le parti de marcher debout et préparé les voies h l'homo sapiens.
Cette hypolhi>se n'explique pas comment l'anthr opopithèque aurait appris un jour à fabriquer des outils en silex, pour ne mentionner que letle marque d'intelligence parmi beaucoup d'autres. Une modilication des conditions matérielles ambiantes n'a pu produire de tels résultats; l'évolution, la révolution pourrait-on dire, a dû venir du dedans, non du dehors.
Tout s'exphquerail, à la vérité, par la vieille hypothèse de la révélation, si elle était scienliBquement admissible. Beaucoup de savants clu-éliens, de théologiens même (surtout en Angleterre), ont admis l'existence de Préadamîtes, c'esl-àdire d'anthropoïdes, dont un couple privilégié aurait reçu des enseignements surnaturels. L'apologétique s'est accommodée des découvertes de Boucher de Perthes; elle s accommodera
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de celle du D*" Dubois. Mais la science n'a pas à la suivre dans celte voie, où d'ailleurs la théologie libérale et honnête hésite de plus en plus à se fourvoyer.
Four que Tintelligence et l'énergie intellectuelle d'un ou de plusieurs groupes d'anthropoïdes aient pu, à un moment donné de l'histoire du globe, s'accroître et s'affiner au point de franchir le fossé qui sépare l'animal de l'homme, il faut admettre une sorte de révélation intérieure, à défaut d'une révélation du dehors. Je crois que cette révélation intérieure a consisté dans l'apparition et le développement de certains scrupules ou tabous, qui ont eu pour effet de ménager les forces nerveuses des individus, d'enrichir l'intellect de ce qui était refusé aux sen^. Cela se voit tous les jours; la cause que je postule n'est ni miraculeuse, ni surnaturelle, puisqu'elle opère encore sous nos yeux.
Là où ces tabous n'ont pas exercé leur influence salutaire, les anthropoïdes n'ont pas progressé; les gorilles, les chimpanzés, les orangs actuels sont leurs descendants.
Uhomo sapiens, lui, descend d'anthropoïdes qui ont obéi à des tabous bienfaisants.
On sait que les animaux supérieurs sont généralement soumis à un tabou, celui du sang de l'espèce ; ils ne dévorent pas leurs petits ; ils ne se dévorent pas entre eux. On ne peut même concevoir par la pensée un groupe dépourvu de ce tabou, car il n'aurait pu ni se constituer, ni subsister.
En revanche, les animaux paraissaient ignorer les tabous sexuels. Si, comme les hommes, ils faisaient l'amour en toute saison, il en résulterait pour eux une telle déperdition de forces qu'aucune espèce ne pourrait se maintenir dans la lutte pour la vie. L'existence d'une époque limitée de rut est une protection pour les espèces animales ; la sélection n'a pu épargner que celles à qui cette protection interne n'a pas fait défaut.
Les singes actuels sont des animaux très lubriques. Voltaire remarque qu'ils ont en commun avec l'homme la pratique des fraudes privées, inconnues des autres mammifères, ou du moins très rares parmi eux. Mais la supériorité de l'homme
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BUT le aingi!, mûmo à cet v.ganl. parait dans le lafiou qui impose la réserve et, par suite, limite les eirpls du mal. 0" il sagisso \h d'un tahou extrêmement ancien, c'est ce que prouve le canictère quasi-religieux quil airccle, tant chez les anciens que chez les modernes. Il est moins Fort chez le nègre que chez le blanc, chez l'Arabe que chez l'Européen. Un jour que je Taisais observer au cardinal Lavigerie l'extraordinaire intelligence des petits Arabes do six à huit ans. contrastant avec l'apathie et parfois la slupidité de leurs frères aln^-s. ce grand connaisseur Hu monde africain m'en donna crûment la raison ; l'énergie mentale s'atrophie, dès le premier éveil de la puberté, par l'effet des abus qu'elle suggère. Le climat y est sans doute pour quelque chose : emoUit t/enles clementia cash, disait Lucain*. Tacite attribuait la force des Germains h l'éveil tardif de leurs sens'. Un groupe d'anthropoïdes, vivant souRun ciel rigoureux, était plus capable de ie//-resïrain(qu un groupe méridional. Aussi, l'hypothèse de Quatrefages et de Saporta, qui cherchaient les origines de la race blanche dans les rÉgions boréales, pourrait-elle s'autoriser encore des considérations que je fais valoir ici.
Je crois que l'hunianilé a pris naissance le jour où au tafioii animal du sang s'est ajouté le tabou humain du sexe. Un tahou ne comporte pas une interdiction absolue, mais il modfere l'usage et refrène l'abus. Ce qui est vrai pour ce que j'ai nppelé la fraude privée a dû l'être — et l'est encore — pour les rapports conjugaux et extra-conjugaux, quelle qu'ail été d'ailleurs la constitution primitive de la famille. L'homme est capable de faire œuvre de chair en toute saison ; mais, du haut en bas de l'échelle humaine, il ne la fait jamais sans scrupules'. L'ethnographie ne connaît ni promiscuité absolue, ni
t. LucaiD, Phariale, VIII. 366.
S. Tacite, Gtrm., 30; Sera juvenum Venus foqut ianhaUila pubertai. Cë»r •*ait dit quelque chose de eembl&ble d» tiallbli, Btll. Gall, VI, 31.
3. PUoE. Iliil. Nat., X, lit : llomini tanliim primi uoilun pmniltnlia, augurhan icilirel pilae a pœnilenda origine. Ce teile a été longuement cnuimeuté parSetiupeDbauer dans sa Metiiphiisik drr GnchlechliUtht. Voir bumî Pseuilo- Arl»tole, Problémti, IV. 10 et 21