DE L'ANTHROPOÏDE A L*HOMME
orgies continuelles. Les sauvages de l'Australie s'imposent quelquefois autant de réserve que les plus civilisés des Européens ; les longues périodes d'abstinence leur sont familières et des lois religieuses leur interdisent tout commerce sexuel avec des individus de même ascendance. Dire que Torigine de ce tabou est la crainte de l'épuisement physique consécutif à Tabus, serait commettre un cercle vicieux ; ce serait attribuer à ranthropoïdcy dès le début de sa marche ascendante vers rhumanité, les qualités de prévoyance et de réflexion qui caractérisent Tintelligence humaine. 11 vaut mieux admettre que, parmi les groupes d'anthropoïdes tertiaires, il s*en est trouvé quelques-uns qui subissaient ce iabou, d'autres qui l'ignoraient. Les uns ont progressé, les autres sont restés stalionnaires. Les premiers ont été, suivant la spirituelle expression d'Edmond Âbout, des « sous-officiers d'avenir dans l'armée des singes. » Ces (c sous-ofliciers » étaient relativement chastes.
Il existe, sur les tabous sexuels, un savant ouvrage de M. Crawley, TheMystic rose (Londres, 1902) *. On y trouvera, à côté de théories contestables, un nombre immense de faits ethnographiques bien classés. Je ne puis en aborder ici ni la critique, ni l'analyse. M. Crawley accepte le tabou sexuel comme un scrupule général, attesté chez tous les peuples du globe ; il ne me semble pas, cependant, en avoir marqué suffisamment rimportance. J'ai voulu montrer ici que si I humanité subit la contrainte de ce tabou, elle en a eu, tout d abord, le bénéfice, quece^tféow est véritablement la révélation intérieure, la force tutélaire qui a dégagé le règne humain du règne animal, et que la civilisation moderne, qui s interroge sur la portée scientifique des tabous, prête à rejeter ceux qui la gênent sans la servir, a tout intérêt à ne pas se dégager de celui-là. Parmi les peuples d'aujourd'hui, comme parmi les groupes d'anthropoïdes davant-hier, l'avenir appartient aux plus chastes.