CduHrence luta au Muite Guimet, l« 11 mart 19VS
ZH LIDÉE DL' PÉCHÉ ORIGINEL
faire simplement parce qu'elles ne doivent pas se faire, pnr exemple de croiser son couteau et sa fourchette, ce qui ae gône personne, mais est censé n porter malheur », En Polynésie, ces interdictions non motivées s'appellent des labous, désignation qui a conquis droit de cité dans nos langues. Il est tri^s vraisemblable que toutes les interdictions ont été è l'origine des tabous ; celles qui semblèrent conformes h l'utililé sociale ou individuelle sont devenues des lois ou des règles de conduite; les autres ont disparu avec le progrès des mœurs ou ne survivent qu'h l'état de superstitions.
I! y a, dans le mythe de Pandore, deux éléments essentiels : d'une part, une tentative tout à fait naïve pour expliquer l'origine du mal; de l'autre, l'idée peu galante de la malfaisance du sexe féminin. Je ne vous donne pas cela pour quelque chose de très philosophique, mais c'est un conte divertissant et gracieux, bien digne des Grecs ; et puis, comme disait Voltaire, une des plus belles qualités de ce conte-là. c'est qu'on n'a jamais brillé personne pour n'y avoir pas cru'.
D'autres Grecs — des Grecs du Nord, Thraces et Thessaliens — voulant expliquer les misères qui pèsent sur l'humanité et auxquelles les animaux semblent échapper plus que les hommes, racontaient une histoire moins aimable, un conte mystique et sinistre, qui fut exploité par des prêtres charlatans et fit une extraordinaire fortune. Les premiers hommes furent les Titans, fils de la Terre et du Ciel étoile, de Gœa ot d'Ouranos; c'étaient des ôtres brutaux et avides de sang. Or, il arriva que Jupiter s'éprit de sa fille Proserpine et que dect-tte union incestueuse naquit Zagreus, que le roi des dieux fit élever secrètement sur la terre. Les Titans, excités par Junon, l'épouse légitime de Jupiter, s'approchèrent de l'enfant, le gagnèrent par des cadeaux et par des
I. Voir Voltdre, éd. de K«bl, t. XXX[I, p. 186 : • Rien a'ett pliii «plrltuel et plus agréable que le coate de Piudore et de ■> botte. Ri«n de plus enchanteur que cette origine de dob ftonCTrancei. Mai* il 7 i quelque choie de bien plus eeUmable encore dans rbiiloriette de Pandore: c'wt qu'il ne tat Jamus ordonné d'j croire •.
VlDtE DU PËCHË OttlGirnSL
caresses et, quand ils eurent capté sa confiance, le déchirèrent en morceaux et le mangèrent tout cru. Son cœur seul leur échappa et, recueilli par Pallas Athéné, fut rapporté dans i'Olympe. Jupiter, irrité de ce crime, foudroya les Titans, dont les cendres donnèrent naissance aux hommes d'aujourd'hui. Quant au cœur de l'enfant, il lui rendit la vie sous une forme nouvelle et Zagreus devint Dionysos, le plus jeune et le plus beau desOlympiens'.
Ici encore, j'élague beaucoup et je simplifie, car il n'y a pas, k proprement parler, une légende des Titans et de Zagrcus; ,il y a plusieurs légendes, en parties contradictoires, que les Grecs acceptaient telles quelles avec bonne humeur. Chez eux, point d'autorité dogmatique, de théologie sacerdotale, pour décider ce qui était la vérité parmi tant de fables; l'essentiel k leurs yeux, comme aux yeux de La Fontaine, était de conter et de bien conter.
Revenons au genre humain, né do la cendre des Titans. Les Titans, fils du Ciel et de la Terre, étant d'origine divine. i) y avait, dans leurs descendants humains, un élément céleste; mais le crime irrémissible des Titans, le meurtre du jeune dieu, châtié par la foudre de Zeus, y avait mêlé un élément vil et corrompu, représenté par le corps mortel et ses passions. L'âme divine était enfermée dans le corps comme dans une prison, dont elle devait chercher à se dégager pour retrouver, dans une vie meilleure, la pureté et la béatitude des Immortels. Il n'eût servi à rien de sortir de la vie terrestre par le suicide, car l'ûmc, insuffisamment purifiée, n'aurait pas trouvé accès auprès dos dieux. D'où cette conception que la vie terrestre est un temps d'épreuves, au cours duquel l'homme doit s'elTorcer do conquérir le droit de cité dans l'autre monde. Cette conquête n'est possible que par la pratique de certaines vertus, rendues efficaces par des initiations mystiques, des sacrements, des cérémonies dont les prôtrcs ont le secret. L'effet de ces cérémonies, do ces initiations, est de diviniser l'homme, de l'assimiler au divin
t. Cr, plu* bani, t. Il, p. 5S et ruî*.
MB L1DËE DU PÊCHE ORIGINEL
Zagreus, la victime des Titans, en môme tempsque d'apaiser la rancœur de Proserpine, mère de Zagreus et reineda monde infernal'. Décrire ces piles, que nous connaissons d'ailleurs assez mal, m'entratnerait trop loin; ce que j'ai dit suffît à caractériser la doctrine essentielle d'une philosophie et d'une Ihéosophie populaire qui trouva, sous des formes diverses, de très nomhreux adeptes dans le monde antique. On en attribuait l'invention à une barde mystérieux, Orphée, plus , ancien qu'Homère, qui avait été déchiré tout vif comme 1 Zagreus et avait ressuscité à l'état de demi-dieu. De longs J poèmes circulaient sous son nom. Nous en avons conservé I peu de chose, mais nous savons qu'ils frappèrent les Pères I de l'Église par leur conformité avec les enseignements du I christianisme. On alla jusqu'à dire qu'Orphée avait été le I disciple de Moïse et à voir en lui un précurseur de Jésus, i Aussi, de tous les personnages de la fable païenne, c'est le ] seul qui ait trouvé grâce aux yeux des premiers chrétiens ; l'image d'Orphée, entouré des animaux qu'il charme en jouant de la lyre, paraît plusieurs fois dans les peintures des catacombes où il est assimilé au Bon Pasteur'.
Vous voyez que l'orphisme enseignait très nettement une doctrine du péché originel'. Chaque homme apportait, en naissant, une tache due à son ascendance, une part de responsabilité dans le déicide commis par les Titans, La rédemp- ' tien ne pouvait lui être assurée que par des rites qui le faisaient participer k la vie divine et par la récitation de ' formules qui devenaient sa sauvegarde après la mort. D'hen- 1 reuses découvertes, faites au xix* siècle, nous ont appria quelques-unes de ces formules. On en a recueilli, à l'étal plus ou moins fragmentaire, gravées sur des tablettes d'or < dans des sépultures du l'Italie méridionale et de la Crète '. La ^