Cr. plus haut, l. Il, p. 16 ettaiT
i. Voir toua ces telles rëuuis, traduits et commeotés daus Ib savant ourragi -l de MiiB Jane HairUoD, l'rolegomena to tbt Stitdy of Grtek Religion, Cam- J bridge, 1903, p. 660-674.
plus complète est comme un aide-mémoire pour le mort dans son voyage d'oulre-tomhe : « A gauche de la maison d'Hadès tu trouveras une source et, auprès d'elle, un cyprès blanc. Garde-toi d'approcher de cette source-là; mais tu en trouveras une autre près du lac de Mémoire, avec des gardiens devaut elle. Dis leur : « Je suis un fils de la Terre et du " Ciel étoile; mais je suis pourltint de race céleste, vous le H savez bien. Je suis consumé do soif et je meurs. Donnez-moi « vite de l'eau fraîche qui coule du lac de Mémoire ii.Et alors, d'eux-mêmes, les gardiens te donneront à hoire de celte source, et sitôt aprè,s tu régneras parmi les héros ».
Notez que le mort dit aux gardiens de la source bienheureuse qu'il est le fils de la Terre et du Ciel, c'est-à-dire qu'il est né de la cendre des Titans déicides, mais qu'il ajoute : n Je suis pourtant de race céleste ». Qu'est-ce à dire, sinon qu'il a dépouillé le vieil homme, l'homme tîtaniquo, pour redevenir uniquement un fils des dieux? Les gardiens ne lui demandent pas autre chose : il suffit qu'il prononce la formule convenue, le mot de passe, que les prêtres orphiques, moyennant finances, lui avaient communiqué dans le secret de l'initiation.
La philosophie grecque, comme l'épopée grecque, comme la lyrique grecque, n'a pas été créée de toutes pièces par des hommes de génie; elle a puisé dans le trésor des conceptions populaires; elle les a épurées par le rationalisme ou spiritualisées par l'abstraction. On a souvent reproché, de nos jours, à la philosophie d'ôtre une servante de la théologie, anctlla theologis ; cela n'est pas vrai seulement du spiritualisme cousinïen, enseigné dans les écoles au xix" siècle. Toutes les philosophie» ont eu pour point de départ des croyances non pas philosophiques, mais théosophiques, qu'elles se sont eOorcées, si l'on peut risquer cet anachronisme, de laïciser au creuset de la raison. L'orphisme grec eut pour expression philosophique le pythagorisme et pénétra aussi, tant directement que par l'école de Pythagore, dans le corps des doctrines platoniciennes. Bien entendu, aucun philosophe grec n'enseigna que les maux de l'huma-
nité avaient pour cause l'ouverture indiscrète d'un coffret on le meurtre d'un jeune dieu pur des Titans; mais plusieurs s'inspirèrent de ces contes pour donner une formule philosophique à l'idée du péché originel, si commode pour justifier nos misères et pour apprendre à les supporter sans révolte'. Suivant les uns, l'Ame avait péché dans une vie précédente | et ses souffrances étaient l'expiation de ses torts incon scients ; ainsi, pour chaque individu, la peine était mesurée k la gravité d'une faute antérieure et ignorée. D'autres admettaient que les âmes, parcelles de la grande flme divine enfermées dans les liens du corps par le fait seul de la naissance, devaient s'acquitter du devoir par excellence en I reconquérant leur indépendance spirituelle'. L'n fragment 1 ohscur d'Anaximandre, philosophe de Milel vers îiSO avant j J.-C. est conçu en ces termes : n L'origine des choses est I l'infini; elles tendent à retourner là d'où elles viennent. Mais elles doivent d'abord subir une peine et un châliment J pour une iniquité commise dans l'ordre du temps »'. On j entrevoit ici la conception mystique d'une faute non spé- j ciflée, commune à toutes les choses vivantes, qui les aurait j fait tomber dans la condition misérable du fmi, d'oîi elles | doivent sortir, au prix de longues souffrances, pour I rejoindre l'àme universelle d'où elles émanent. La vie est j une misère, parce qu'elle est une purification. Il y a des traces de la même doctrine dans Platon', mais non dans Aristote, ni dans fipicure, ni dans les philosophes stoïciens. Josèphe l'attrihuG aux Esséniens et elle fut adoptée par un docteur chrétien du m* siècle, Origène', suivant lequel le résultat du péché a été la précipitation des Ames dans des corps, doctrine inconciliable avec l'Écriture Sainte et qu'Origène, dont l'orthodoxie fut toujours suspecte, dut emprunter , à Platon et à d'autres philosophes orphisants.
t. Cf. Robdï. Fiiycht, p. 4U, K3.
s. Cic, De Sentet., 2t.