‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 189 sur 345 · Voir plos hant, t. II, p. xv et suiv · texte numérisé non relu

Voir plos hant, t. II, p. xv et suiv

2. Voir ces textes traoscrils et traduits dans P. Dhorme, Choix de textes religieux assyro-haby Ioniens y Paris, 1907.

3. Les deux textes soot reproduits séparément par Fr. Leoormaot, Les ori*gines de r histoire, 1. 1, p. 1-18.

»uple, de son châtiment. Tous ces détails sont propres au second récit, à'iljéhovisie, parce que Dieu y est appelé Jéhovah ou Jahvéh. Ce récit nous intéresse seul ici, mais on voit qu'il représente une tradition particulière et non une tradition générale du peuple hébreu.

Jahvéli a placé l'homme dans un beau jardin bien planté et lui a permis de manger de tous les fruits, sauf de celui de l'arbre de la science, « car au jour que tu en mangeras, lui dit-il, tu mourras ». Puis il a donné à l'homme une compagne et celle-ci est entrée en conversation avec le serpent n rusé par-dessus tous les animaux des champs ». Le serpent lui conseille de manger du fruit de l'arbre interdit; elle en prend et en donne à l'homme. Sur quoi les yeux de tous les deux s'ouvrirent et, connaissant qu'ils étaient nus, ils se Qrent des ceintures de feuilles de Qguier. Jahvéh admonesta les coupables et leur distribua des peines qui, dans la pensée du rédacteur, valent évidemment pour leur descendance comme pour eux ; le serpent, lui aussi, est condamné à marcher sur le ventre et à manger de la poussière. Enfin, il fait ù l'homme et à la femme des tuniques de peaux et les expulse du jardin.

Critiquer, au point de vue de la vraisemblance, un récit comme celuî-lfi, serait faire œuvre de mauvaise critique; il est peut-être plus contraire encore à la méthode scientifique d'y vouloir découvrir des allégories, comme s'il y avait jamais d'allégories dans les contes en dehors de celles que nous y introduisons. Mais il est utile de montrer que le court récit jéhovîste de la chute contient des contradictions et des incohérences si graves qu'on ne saurait le considérer comme d'une seule venue. C'est \h une vérité évidente, mais dont beaucoup d'exégèles de la Bible, faute d'y avoir suffisamment réfléchi, ne paraissent pas s'Ôtre encore avisés.

Dieu a dit à l'homme : ii Ne mange pas de tel fruit ou tu mourras «. Cela signifie, et cela peut seulement signiQer, fl tu mourras sur le champ », punition fréquente, dans toutes les littératures, de la violation d'une interdiction religieuse, d'un tabou. 11 devait donc y avoir une forme de légende oïi le

3S2 L'IDÉE DU PÉCHË ORICrNEL

premier homme était frappé de morl, pour avoir désobéi '. Dan» la rédaction composite quenous possédons, non seulement l'homme ne meurt pas, mais il vit ensuite 1120 ans suivant le texte jéhoviste, 930 ans suivant le texte élohiste (qui ignore complètement l'histoire de la chute). En outre, lorsque l'Èlernel distribuo des peines aux coupables, il ne dit oullcment h Adam et à Eve qu'ils mourront un jour j-our avoir p^chè, mais que l'homme travaillera, que la femme enfantera dans la douleur, etc.". Enfin, si Dieu expulse le premier couple du jardin d'Éden, ce n'est nullement, comme on le répète sana cesse, en punition de la faute commise. Le texte est là, claii comme le jour : n Et Jahvéh Élohim dit : Voilà, l'homme esl' devenu comme l'un de nous (c'est-à-dire comme l'un des dieux, trace évidente de polythéisme) pour la connaissance du bien et du mal; mais maintenant (prenons garde) qu'il n'étende la main pour prendre de l'arbre de vie, mange et vive éternellement ». Donc, Jahvéh cliasse Adam de crainte qu'il ne devienne son égal, et pas du tout pour le châtier d'avoir contrevenu à une défense. Ne demandons pas pourquoi Adam, avant d'ôtrc expulsé du jardin, n'avait pas encore mangé du fruit de l'arbre de vie qui, suivant le texte jéhoviste, était bien en vue au milieu même de l'Éden. Il suffit de constater l'incohérence d'un récit qui débute par une menace de mort immédiate, non suivie d'effet, continue par le prononcé de peines parmi lesquelles la nécessité de mourir n'est pas énoncée comme leJte et se termine par l'expressioD d'une crainte de concurrence qui implique l'idée de rivalité,

I. La B mort do l'homiui paBBé daui Ja cosmofçoiiie cliitniit, BruleUes, I9D8, p.

i.Gtni»e.m.\^-\9 .■•X.ii. I en truTBil lous les joun de duu», et ta msDgerss l'tierb tou visage. ]u

lirimilif ' est uoe tradition lUBzdéeoQe qui k4 ea Manlcbéeaa (CumoDl, La cusmogonit mom* ' 6:-

rru serti maudite à caase de toi ; tu en maageFkB 1 «ie. Et elle te produira des épines et des char-

<Ieg cttamps. Tu mangeras le paÎD i la aueur de retournes eu la terre, d'où tu a été prit, car tu

i poudre et tu relourueras ea poudre >. Ces dernier» mois énoDceut aim. plemeot le fait qae l'ttonime est mortel et expliquent ponrquoi ii ett mortel; un ne peut, sans arUBce ou mauvaise foi, j voir le libellé d'un châtiment, consistant dans le prétendu rclrait du don d'immortalité dont It d*b uulle put été question.

L'IDËE DU PËCUË ORIGINEL 3S3

non celle de subordination. Après lant de siècles d'exégèse impuissante, tant d'edorls héroïques pour expliquer ce qui est inexplicable, on peut conclure par où l'on auraitdù commencer ol reconnaître que le récit jéhoviste nous est parvenu altéré, qu'il se compose d'éléments en partie contradictoires et que tout ce que puisse tenter une critique honnête, c'est de dégager ces éléments. Si le rédacteur de la Getièie telle que noua l'avons a cru pouvoir a'malgamer dans un récit unique le texte élohiste et le texte jéhoviste, qui se contredisent et Bont inconciliables, n'est-il pas vraisemblable, a priori, qu'il a opéré sur des textes déjà composites, produits de plusieurs synthèses analogues et antérieures"? A mon avis le texte jéhoviste contient les débris de plusieurs légendes, d'abord celle d'un laôou alimentaire que le premier homme a enfreint, ce qui a causé sa mort, puis de légendes que les mythologues appellent éiiohgiques, parce qu'elles ont pour but de répondre naïvement à des « pourquoi? w, d'expliquer les causes (aittai) des phénomènes qui ont paru singuliers aux hommes. En l'espèce, les pourquoi auxquels répondaient ces contes sont les suivants : Pourquoi l'homme, h la dilTérence des animaux des champs, doit-il travailler et peiner ? Pourquoi les hommes se couvrent-ils, alors que les animaux vont tout nus? Pourquoi les champs produisent-ils des herbes et des ronces? Pourquoi le serpent rampe-t-il au lieu do marcher? Pourquoi la femme enfanlc-t-elle dans la douleur? Pourquoi est-elle sujette à des misères périodiques? A cette dernière question répondent, comme je l'ai montré il y a quelques années', les paroles autrement inintelligibles de Dieu au serpent : u J'établirai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et sa race : celle-ci t'écrasera la télé et Lu lui blesseras le talon ». La tête et le talon sont des additions d'un rédacteur qui ne comprenait plus; le mot de l'énigme nous est fourni par une croyance encore répandue, des campagnes i)e l'Europe aux lies de rOcéanie, que la blessure périodique de la femme résulte de la morsure insidieuse d'un serpent.

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