Cf. Heiiaa. Origini. t. 111. p. tSS
certain que ce sont des documents fort anciens, antérieurs à la rédaction de nos Évangiles et qui supposent une connaissance de rÉcriture telle que la fréquentation des écoles juives pouvait seule la donner. Or, lorsque saint Paul parle de la chute d'Adam et de ses conséquences, il s'exprime comme les docteurs juifs du P' siècle avant notre ère; il a fait sienne Texégèse des rabbins. « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort » (Rom., v, 12). « Comme tous meurent en Adam, c'est en Christ que tous revivront » (/ Cor., xv, 22). Je ne m'arrêterai pas à la question de savoir ce que Paul a entendu par ces mots « mourir en Adam », si la postérité d'Adam a été infectée, suivant lui, à sa source même, ou si les hommes ont péché après Adam par la tendance qu'ils eurent à l'imiter. Il faudrait citer du grec et faire de la théologie; je ne prétends faire ici que de l'histoire.
La doctrine du péché originel, liée à celle de la rédemption, parut d'autant plus recevable aux païens que les couches inférieures de la société antique étaierit, comme nous l'avons vu, déjà pénétrées de l'idée de la chute liée à celle du salut éternel que procure l'initiation. Pour quiconque étudie impartialement la doctrine du péché originel, comme celle de la communion, également répandue dans les classes populaires du monde hellénique, il devient évident que le christianisme y trouva des esprits d'autant phis prêts à l'accepter qu'il leur enseignait ce qu'ils croyaient déjà savoir.
Pendant les premiers siècles de l'Kglise, les lettrés chrétiens, c'est-à-dire les Pères, s'abstinrent d'insister sur le mode de transmission du péché originel et de dégager de cette doctrine toutes ses conséquences, tant au point de vue de la liberté humaine qu'à cehii de la justice et de la bonté de Dieu*. Mais, à partir du iv siècle, ces questions déchaînèrent la guerre dans rKtrIise. Je ne puis vous raconter ici la lutte de saint Augustin contre Pelage, ni entrer dans le détail des
1. Voir le? texte* dajs Labauche, Leçon< de théologie dogmiatique, l. I, p. 4>. rw et :iji\r. ; 69 et suiv. C'est uq boa livre, hoanétemeat peosé, fortemeut documeaté et bieo écrit.
L'IDÉE DP PÉCHfi ORIGtNEL 3S9
hérésies dont l'une, poiit-ûtro antérieure au chpistinnîsme', n'a cessé de repnratlre jiisqnTi nos jours ; à savoir que le fruit défendu par Dieu à Adam était l'intimité conjugale et que l'homme a péché par la concupisttenco do In chair*. La con-
I séquence logique de cette doctrine, c'est qu'il faut renoncer b toute œuvre de chair, s'abstenir du mariage et môme de manger la chair des animaux. La preuve que celte hérésie est tort ancienne, c'est qu'elle est déjà condamnée par l'auteur de la première Épîlre h Timolhée (r, 3)' : " Dans les derniers temps plusieurs abandonneront la foi, en prêtant l'oreille à des esprits séducteurs... qui proscrivent le mariage et commandent l'abstinence h l'égard d'aliments que Dieua créés, n Il ne peut s'agir ici que d'une doctrine hellénique, inliltrée de l'hellénisme dans le judaïsme, et j'ai déjà eu l'occasion de vous dire que je soupçonnais quelque chose d'analogue chez certaines sectes se rattachant à l'orphisme. Ces conclusions
1. Salut Amhrolie Js trouvait d«jà dani PMIod (I» l'aradiso, c. II.) Voir L«baucb«, op. cil., p. ST-SM, en noie.
ï. Voir Uayle, PiWionnaiW, art. Eve. p. 330 de l'éd. rfe ISÏÛ: • Ce qu'il faut principalenieDt condamner, cVit l'erreur pruraoe e\ libertine ile «eut qai dltent que l'artiredetciencedehicnpl de uni n'était autre rhoae que le plaUirde l'amour; il'nll ila conduent que lu cbule de nos premiers pères og (ut autre cIioae,de la pari de la Umiae, que l'eDvie de perdre sa virginité, el, de la jinrt de l'hiiox&e, que raccoiupliareiueiit de ce dëair. Corueille Agrippa a'eft pas le prvmier qui a débita cette solli^e : les cathnret, les matiicbèenB, lei prisFiIlknUles. lei basllidleas l'avalent avnnr^ée depuli lougleinpi; et M parslt par la livre du comte de Gabalis qui c'est un des dogmes de la Cabale et que lea ioltits et les adeptes n'expliquent pas autrement l'hiitoire de la leutation. « Le sage
• démCie aist'ment ce* ébattes Sgurea. dit cet auteur; quand il voit que le
■ gnOt et Ih boul^be d'Kve ne sout point putiis et qu'elle accoucbe avec douleur,
■ il connaît que ce n'est pas le goftl qui eat cnmiuel, et décoBvraut quel Tut
• le premier péché par le aoln que prirent lei premiers pAcbeura de cactier La avec dea feuille* certain! endroits de leurs corpa, il conclut que Dieu ne mt voulait pa* que k* hommes fussent multipliés par cette lAcbe voie...» Quand pttB accorderait qu'il v a quelque rboee de llgurè dans le récit de Moïse, on ' a'ep devait pas être motos certain qu'il le faut prendre a la lettre par rapport 4 l'ordre du temps, ur, il est incontestable que le premi-r congrès d'Adam rt d'Eve est rapporté, dnus l'Ecriture {Gtn., IV, I . comme postérieur i la senteuce que Dieu prononça contre leur crime. ReysaèuiDs a entiéremeut
[ récité la fabi? de ces liberUos -. Tout cet article de Dnylc sur Eve est a lire; ke'aBi DD cbef-d'iEuvre d'crudïtion et de Une Ironiv.