‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 195 sur 345 · La criUque n'attribue plus cette épitre à saint Paul · texte numérisé non relu

La criUque n'attribue plus cette épitre à saint Paul

ne ressortent nullement du texte de la Genèse où, à la vérité, Adam est représenté comme végétarien, mais où la première intimité d'Adam et d'Eve n'est mentionnée qu'après leur expulsion du jardin. Reste le passage où Adam et Eve, après le péché, s'aperçoivent qu'ils sont nus et cueillentdes feuilles de figuier pour se couvrir. Saint Augustin, qui mit un génie supérieur au service de la théologie catholique à ses débuts, y a vu la preuve que la première désobéissance avait eu pour conséquence la disposition au péché et, tout d'abord, la concupiscence de la chair. L'homme n'a pas péché par l'effet de cette concupiscence, mais cette concupiscence a été l'effet de son péché. « 0 Dieu, s'écrie Bossuet, qui par un juste jugement avez livré la nature humaine coupable à ce principe d'incontinence, vous y avez préparé un remède dans l'amour conjugal; mais ce remède fait voir encore la grandeur du mal, puisqu'il se mêle tant d'excès dans l'usage de ce remède sacré »*. L'enseignement de l'Église romaine sur le péché originel dérive de saint Augustin ' ; il a été fixé par les canons très précis du Concile de Trente, qui eurent pour objet de mettre fin à des controverses sans cesse renaissantes, encore exaspérées par les docteurs de la Réforme. Le Concile enseigne qu'Adam, par son péché, a perdu la justice et la sainteté dans lesquelles Dieu Tavait établi , qu'il est devenu su jet à la mort, esclave du démon , qu'il a transmis à tous ses descendants, non-seulement la mort et les souffrances physiques, mais le péché, et que le péché ne peut être effacé que par les mérites de Jésus-Christ.

1. Bossuet, Traité de la concupiscence ^ chap. iv (éd. Gaume, t. Il, p. 664). Citons encore quelques phrases majestueuses du même traité (p. 666) : c Le corps cessa d'être soumis, dès que Tesprit fut désobéissant; l'bomme ne fut plus maître de ses mouvements et la révolte des sens fit connaître à l'homme sa nudité. L'Écriture ne dédaigne pas de marquer et la figure et la matière de ce uouvel habillement, pour nous faire voir qu'il ne s'en revêtirent pas pour se garantir du froid ou du chaud, ni derinclémence de l'air; il y en eut une autre cause plus secrète, que l'Écriture enveloppe dans ces paroles, pour épargner les oreilles et la pudeur du genre humain et nous faire entendre, sans le dire, où la rébellion se faisait le plus sentir ». C'est le résumé de la théorie exposée par saint Augustin dans la Cité de Dieu, XIV, 17. Le langage de Bossuet est beaucoup plus chaste que celui de sou modèle.

3. A quelques nuances près qu'il n*y a pas lieu d'indiquer id.

L'IDÉE DU PfiCRË OKIGmEL Mt

Quant à la nature de la transgression d'Adam, le Concile a cru inutile de la marquer plus clairement, puisqu'elle est relatc^e avec détail dans le texte biblique : Adam a désobéi à Dieu, cela suffit. Mais, par son silence même, le Concile a condamné toutes les hypothèses vaines et " libertines » qui cherchent dans le fruit défendu autre chose qu'un fruit; l'exégèse catholique et l'étude purement scientiliqiie du texte sont absolument d'accord là-dessus.

Une explication très intéressante et très neuve du passage biblique sur les feuilles de liguier a récemment été proposée par un savant écossais, M. Paton*. Au mois de Thargélion (mai), deux victimes expiatoires étaient conduites hors d'Athènes, portant des colliers de figues sèches. Plus anciennement, ces deux victimes étaient un homme et une femme, que l'on conduisait hors de la ville, tout nus, sauf une ceinture de figues. Une fois sorties d'Athènes, les victimes étaient frappées sept fois, avec des branches do figuier, sur le milieu du corps; c'était une opération magique dont le but était de promouvoir, par sympathie, la fécondité des figuiers. Avec le temps, cette cérémonie magique devint un rite expiatoire; au lieu d'être conduites dans les champs, les victimes furent chassées et les coups qu'elles recevaient passèrent pour un châtiment. Mais, à l'origine, le rite parait avoir été purement agricole, une des innombrables applications du principe de la magie sympathique. Ce principe ne se rencontre pas moins chez les Sémites que chez les Grecs. L'histoire d'Adam et d'Eve, chassés du paradis après avoir revêtu des tabliers de liguier, serait, suivant M. Paton, la trace d'une cérémonie figuièrt, analogue h. celle que les textes nous révèlent h Athènes et qu'auraient pratiquée, sans mieux la comprendre que les Athéniens, les plus anciens Hébreux, Si M. Paton a raison, il y a là un mythe éliologigue de plus h démêler dans la narration très composite qui constitue le troisième chapitre de la Genèse.

Nous avons vu que la doctrine du péché originel est

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