Photius, s. V. vcêpîCeiv
5. Cf. Batiffol, Etudes d'histoire et de théologie, 1902, p. 27.
groupe des fidèles ». Kt Origëne. uu moment où il va parler de IKucIiaristio. dans une homélie prôchi^o devant toute l'église, s'arrête en disant : » M'jnsistons pas sur ces choses qui sont claires pour qui les connaît ut doivent rester obscures pour qui les ignore ». Des suspensions analogues du discours, répondant au même devoir de ttiscrétion. se rencontrent souvent dans Hérodote, dans Pausanias et même dans Plutarque.
Pouriant. les allusions que se sont permises les auteurs païens ne nous laissent aucun doute sur la nature des rites où interviennent le déchirement et X'omopharf !• : c'est toujours d'une théoph/if/ie qu'il s'agit, de l'absorption, par les initiés ou les prêtres, du sang, de la chair, de la vie mémo de la victime divine ou divinisée.
Déchirer un animal vivant et le dévorer tout cru est le lait de sauvages très primiliTs. Dès le début de la littérature grecque, les Hellènes avaient depuis longtemps renoncé à ces répugnantes coutumes; ils tuaient les animaux avant de les cuire et les cuisaient avant de les manger, Si, de loin en loin, les vieux usages reparaissent, c'est â litre de survivances religieuses, motivés par les prescriptions de rituels archaïques que la discipiiue de l'arcane soustrait à notre curiosité.
Mais ce que les hommes civilisés cessant bîentiM de faire, tous les animaux carnivores le font d'instinct et toujours. Aux yeux des Grecs postliomérrques, qui introduisaient leurs mœurs policées môme dans leurs légendes, ou qui tâchaient d'expliquer par des symboles celles qu'il était impossible de purifier, le cerf Actéon n'avait pu èire déctiiré vivant que par des chiens.
De ces chiens d'Actéon, rendus furieux par la déesse offensée, les grammairiens grecs prétendaient même connaître les noms; ils nous en ont laissé de longues kyrielles; ils on iltt que ces chiens avaient été guéris de la rage par le centaure Chiron, qu'ils étaient les lointains ancOlrestles grands dogues de llnde et que leur ingratitude envers leur maître avait donné naissance au proverbe : tp£oï'.vxJv7;. noniTÎr des chietis. Tous ces détails sont amusants, mais n'appartiennent 'pas au
fond de l'histoire. Il est évident que les chiens y ont été introduits par l'ellot d'un scrupule esthétique, par la crainte d'ensanglanter les mains et peut-être les lèvres de la déesse- Si l'on se rappelle les mythes parallèles do Zagreus, d'Orphée et de l'enthée, qui nous sont parvenus sous une forme plus primitive que celui d'Actéon, on remarquera que, daos ces mythes, aucun animal Carnivore ne vient s'interposer, comme un exécuteur des hautes-œuvres, entres les sacrificateurs et leurs victimes- Dans les récits que nous possédons, ces victimes sont humaines, alors qu'elles étaienE, à l'origine, animales — un taureau [Dionysos Zagreus). un renard (Orphée), un faon (PenLhée). Au cours de la transformation que leur a fait subir l'anlhropomrtrphisme, le déchirement de la victime vivante est un trait que les mytho^çraphes ont conservé; mais ils onl atténué le plus possible celui de Vomopfiagie, qui, dans l'espèce, dovenaii du cannibalisme Toulufois, le récit de la mort de Zagrcus, de celle d'Orphée et de l'enthée impliquent l'omophagie primitive, d'abord parce que les Grecs nous ont parlé d'omophagie a propos du culte de Dionysos Zagrcus et des Agrionia d'Orchomène, puis parce que l'analyse des textes littéraires suflilà la rendre plus que vraisemblable dans les mythes parallèles d'Orphée et do Pentbée'. J'ai donné ailleurs les preuves à l'appui de celte manière de voir et rae contente ici de quelques indications'. Orphée, disait-on, avait détourné les hommes du cannibalisme; or. Porphyre croit savoir que les Bassaroi, e est-à-dire les Thraces parmi lesquels vécut et mourut Orphée, se repaissaient de chair humaine. Les Bacchantes d'Euripide, aprus avoir déchiré des taureaux et des vaches, vont laver à une source voisine leurs joues dégouttantes de sang ; si elles n'avaient pas mangé de ces chairs pantelantes, il leur aurait évidemment sufii de se laveries mains'.
1. Cr. Cullcs, ilylhe» et Relighiti. t. il. p. 95; PluUrque, Quaetl. Graec, i et l'article Agrionia de freller d&Q« la 2* éd. de la Real'Eneyclop. de Psuly.
Il résullo de ces rapprochomonts que, dans uni- forme plus primitive du mylho d'Acléon, le cerf élait déchiré et dévoré non par des chiens, mais par la déesse et ses compagnes. Les chiens ont été introduits dans le mythe pour en atténuer le caraclpre barbare; leur présence constitue une sorte d'eaphémisme. Dans l'eiïort que nous faisons pour ramener la légende à sa forme primilive. il est nécessaire d'en éliminer les chiens.
ItemarquoDâ, d'ailleurs, que dans hi pointure du vase Santangelo, qui nous a conservé une autre version du mythe (lig. 9), c'est Artémis qui se prépare à exercer directement sa vengeance sur Actéon, en lui décochant une do ses (lèches redoutables, pour le punir d'avoir tué une biche sacrée. Ainsi, dans cette forme de la légende, deux caructf-res primitifs ont été conservés ; l'immolation d'un animal quasi divin et l'intervention immédiate de la décssie, qui n'a pas besoia des chiens d'Actéon pour la venger.
Maintenant, si le cerf Actéon est devenu, par l'elfet de lanthropomorpliisme, le chasseur Actéon, la t-hasseresse Artémis et ses compagnes doivent être, elles aussi, le produit d'une évolution analogue. Comme toutes les divinités anthropomorphiques des Grecs, Artémis a hérité, si l'on peut dire, du culte et de la légende sacrée de plusieurs animaux. Son nom — Artémis rapproché à'arktos — joint à des témoignages littéraires et figurés, prouve que l'Artémia primitive, celte de l'Arcadie probablement, a été une ourse'; mais, dans d'autres clans et d'autres pays, la divinité qui s'est confondue plus tard avec l'Artémis arcadienne a certainement été une biche. La biche survit, auprès de l'Artémis de la mythologie classique, à titre de campagne, de monture, d'animal de trait, de gibier et de victime favorite' ; bien plus, un doublet d'Arté-