‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 29 sur 345 · Schreiber, /. /., p · texte numérisé non relu

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laie, une Arlémis-chèvre, mais que rien n'autorise à croire qu'il ait exista une Artémischienne. Les divinités classiques qui ont hérite du culte du chien sont Hécate, Hadès et Asclépios; je nie qu'Arlémis soit du nombre.

Si Artémis est une biche, il en est de même de ses compagnes. Nous arrivons donc, par une série de déductions toutes logiques, à cette donnée primitive de la légende ou plutùt du rituel d'Actéon : Uji cerf sacré est déchiré et dévoré par des biches. L'idée d'une vengeance exercée par les biches, d'une oITcnse faîte aux biches par le cerf, disparaît comme une explication rationaliste imaginée par une exégf-se postérieure pour expliquer un usagesacriliciel.LesGrecsdel'époque classique, qui n'étaient pas seulement rationalistes, mais profondément imbus de l'idée do justice, de réiribulion, ont très souvent allégué des explications de ce genre, par exemple lorsqu'ils ont dit qiieTon sacrifiait le bouc k Ûiouysos pour le punirdc ronger les feuilles de vignes, alors que, de toute évidence, le bouc n'est pas autre chose qu'un des ancêtres zoomorphiques de Dionysos, victime périodique d'un sacrifice de communion. L'histoire de la faute du bouc, destructeur des vignes, n'a pas plus de fondement que celle d'Actéon, rival îi la chasse d'Artémis ou indiscret admirateur de sa beauté.

Nous avons dit (jue la grande Biche et les petites biches ne se contentent pas de déchirer le cerf, mais qu'elles le dévorent tout cru, le sparagmos étant inséparable de Yomophagip. Or, tes biches ne sont pas carnivores; il y a donc lieu de se demander ce que la légende primitive entendait par la grande Biche et ses compagnes et s'il s'agissait là véritablement de cervidés .

La réponse à celte question nous est naturellement fournie par tout un ensemble de faits rituels sur lesquels j'ai déjà souvent appelé l'attention. De même que les Bassarides qui déchirent Orphée sont des femmes thraces initiées au culte d'Orphée, qui se déguisent en renardes {Bassareus étant un des noms du renard) pour déchirer et dévorer le renard sacré (Orphée étant toujours vêtu de la peau de renard ou alâpèkis] — de même que tes Ménades qui déchirent Penthée sont des

femmes béotiennes, initiées au culte de Penthée, qui se couvrent de peaux de faons pour déchirer el dévorer un faon — de même, dans le mythe qui nous occupe, Arlémis et ses nymphes sont des initiées au culte d'Actéon, qui se couvrent de peaux de biches et s'appellent des biches, pour déchirer et pour dévorer le cerf Acléon. Dans ce sacrîlice de communion qui est la forme primitive du sacriRce, le communiant ou la communiante, désireux de s'assimiler la substance et la force divine de l'animal sacré, commence par s'identifier à lui par une mascarade et une « prise de nom =, afin de réaliser préalablement, dans la mesure de ses moyens, celle identilicalion au dieu, i}i.:iidc'.ç tù 6eù, qui est le but ultime du sacrifice de communion et qui. sous une forme de plus en plus épurée et spirituelle, restera l'idéal religieux do t'humanilé '.

La mascarade et la " prise de nom " sont encore attestées, s l'époque classique, par de nombreuses survivances; ainsi les jeunes filles athéniennes, célébrant le culte d',^rtémis Brauronia. la déesse ursine, s'habillent en ourses et s'appellent ourses, arktoi; les Rdèles de Dionysos se revêtent de peaux de chèvre ou de faon ; on trouve des prêtres ou des iniiiéa qui s'appellent chevaux, poulains, taureaux, abeilles, etc. Ces faits ont déjà été plusieurs fois allégués: j y ai insisté moimême et j'ai énuniéré des cas analogues empruntés aux cultes des peuples arriérés de noire temps'. Mais personne, que je sache, n'a encore mis en lumière un exemple parfaitement avéré, un rite attesté tant par les monuments que par les textes, qui emprunte un intérêt capital au rôle qu'il parait avoir joué dans les conceptions du christianisme primitif. Ce rite peut se formuler ainsi : des initiés, adorateurs d'un grand Poisson, s'appellent eux-mêmes Poissons el mangent solennellement le Poisson sacré.

t. Je rsppiille, comme exemple, les sligmi d'iulres saiuU pereonnagea qui, par une aaeimilÉs à Jéaua.

a. Cidtei, Mytha et Rcli-iions, I. I, p. 20; 1

je sftial FrBDÇDÎB d'AMise et ; particulière, ont ét£ tia%\

>nmitif du poisson'. On connaît assyriens qui repri?senlent un prMre liabîllé de

ixiste en Mésopoti "traces nombreuses d'ur des cylindi

la dépouille d'un ^rand poisson, ileboul devant un aulel sur lequel est placé un poisson'; c'est un exemple de mascarade rituelle. Atargatis-Derceto, déesse syrienne, est une dressepoisson ; les fidèles, à Uiérapolis, s'abstiennent de manger du poisson. Lucien, qui nous donne ce renseignement, ajoute qu'on entretenait, dans le temple d'HiérapoIis, des poissons sacrés qui portaient des ornements en or. comme les anguilles de Zeus à Labranda en Carie. A Ascalon, il y avait un vivier contenant des poissons consacrés à Atargatîs, qu'il était prescrit de nourrir, mais que les prCtres soûls avaient le droit de manger'. Une inscription de Smyrne fait connaître des poissons sacrés, auxquels il est défendu de toucher ' ; il y en avait aussi dans la fonlainc d'Aréthuse en Sicile '. Les lois alimentaires des Bébreu.\ interdisaient de manger diverses espèces de poissons qui, aux yeux des vieilles populations syriennes, étaionl certainement des poissons sacrés. L'auteur de l'E^/ïz-^ lie Barnabe (chap. 10} mentionne comme spécialement interdits les poissons dits poulpe etsépia*; or le poulpe i^tait sacré à Tréz^ne et les habitants d'Halieis, colonie de Tirynlhe, lui attribuaient un caractère de sainteté. Un a pu supposer avec vraisemblance que l'hydre de Lerne, localité relevant de Tirynlhe, n'était autre qu'un poulpe sacré, grandi par l'iiiiagination des Grecs. Les représentations du poulpe et du

(. M. Plichel, iodUniste, a récemmeot attribaé à ce culte une origine indouc (et. Journal d'à Savants, 1906. p. 116) ; c'eit un retour i l'ancienDii mtlliode d'exégâ«e, qui mécounati le caracltre ipuotaDë et local de» cutlei d'animaux.

S. Menant, Glyptli/ue, t. II, p. 53.

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