Cf. mes Esquisses archéologiques^ p
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dépassant guère la zone littorale, celle des Phéniciens qui avaient un panthéon. Or, l'eiïet de la conquête romaine fut moins d'introduire le panthéon romain en Afrique que de faire pénétrer en pays libyen les divinités phéniciennes, assimilées à des divinités romaines, Tanit à Caelestis, Astarté à Vénus. C*est à la suite des légions que Meikarth, Eschmoun et Moloch vinrent occuper les hauts plateaux de l'Algérie et de la Tunisie actuelles*. Il est bien probable qu'il en fut de même en Gaule et que le triomphe éphémère de la religion savante sur le polydémonisme, indigène fut un des elîets de la conquête de César.
L'analogie pourrait se poursuivre plus loin, car le polydémonisme, en Gaule, c'est la religion des constructeurs de dolmens, et le polydémonisme libyque, lui aussi, est celui d'un peuple qui a élevé des monuments mégalithiques, dont les dcscendanis actuels en élèvent encore.
Si de l'Afrique du nord on passait en Syrie, autre région à dolmens, les textes nous permettraient d'établir des faits de même ordre. Mais sur le sol de la Grèce elle-même, où le panthéon hellénique se substitue au polydémonisme des Pélasges, où ce polydémonisme semble, comme en Gaule, n'avoir d'autres symboles que des pierres sacrées, ne constatons-nous pas quelque chose de tout à fait analogue à ce que nous entrevoyons seulement, faute de textes, dans nos contrées (l'Occident, si tardivement révélées au jour de l'histoire?
Je me résume. L'archéologie comparée nous montre de plus en plus, d'un bout à l'autre de l'ancien monde, une même rivilisation nialérielle, pélasgique en Grèce, innomée ailleurs, ayant prévalu à une époque très reculée, qui est le début de lère des métaux. Plus nous étudions les monuments de cette civilisation, (|u'on rapportait naguère si volontiers à des origines orientales, plus nous nous persuadons qu'elle n'a rien de commun avec la Uabylonie ni avec l'Egypte, que les analogies qu'on a l'ait valoir portent sur des suggestions ou sur des emprunts et sont, pour ainsi dire, toutes superlicielles. Si nous comparons seulement la (laule de l'ouest et
1. Voir l'article de M. U. do La Blanclicre, fia. 1889% p. 212.
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la Grèce, nous voyons, de part et d'autre, de grandes constructions en blocs énormes, indépendantes de tout modèle oriental, des poignards triangulaires en cuivre, avec rivets, d'une forme qui n'est ni égyplienne ni assyrienne, des vases ornés d'incisions remplis d'une substance blancbe*, d'autres pourvus de mamelons perforés tenant lieu danses; la décoration de certains vases découverts k Mycèiies rappelle singulièrement les demi cercles surbaussés. concentriques, gravés sur le granit de l'allée couverte de Gavrinis ou sur un vase de même époque récemment tiré d'un dolmen prèsde(Juifceron*. D'autres considérations, empruntées les unes aux traditions écrites, les autres aux survivances du folklore, nous font entrevoir des similitudes non moins frappantes dans le domaine des religions primitives. H est donc tout au moins permis de croire que plusieurs dizaines de siècles antérieurement à la grande unité réalisée par la con(|Méte romaine, il a existé une autre unité dont la cause nous restera toujours inconnue. Faut-il, comme l'indolence en est facilement tentée, la mettre sur le compte des aptitudes instinctives de l'esprit humain, dont les premières manifestations sont uniformes, quoique indépendantes les unes des autres? Faut-il faire intervenir les événements mystérieux dont témoignent la diffusion des animaux domestiques et des céréales, ou, dans un tout autre ordre de faits, la diffusion des langues aryennes? N*est-on pas porté à admettre que le courant de civilisation pélasgique, au lieu de se mouvoir d'Orient en Occident, comme on le croit d'ordinaire, a pris naissance, au contraire, quelque part dans le nord-ouest de l'Europe, pour gagner de là l'Italie, la presqu'île des Ualkans, l'Asie Mineure et ne s'y trouver en contact que vers le xvl<^ siècle avant notre ère avec le courant égypto-baby Ionien? C'est à cette dernière solution que j'incline, mais sans oser rien afiirmer encore. Car ces questions sont de celles auxquelles on ne peut se flatter que l'avenir même doive donner réponse et qu'on se sent déjà quelque hardiesse à poser sans les résoudre.