C'iilall un léHëtarîcQ encm Gmitindtn, p
J'O. tlirtctircld, p, 307.
l'époque de la prédication de m
1 DohtcbQll, Dit urckTutliehtH
tîige, qu'ils avaient complètement renoncé aux scrupules judaïques relatifs h l'ingestion même accidentelle du sang. I/assertion citée plus haut de Tertullien, malgré son caractère général, pourrait, à la rigueur, n'être admise que pour les chrétientés d'Afrique. Mais la lettre même des Églises de Vienne et de Lyon fournit, à cet égard, un argument décisif. La persécution de 177 ressemble étrangement à celles que l'accusation de meurtre rituel, portée contre les Juifs, a souvent déchaînées de notre temps. Les chrétiens étaient accusés, sur le témoignage de leurs esclaves païens mis à la torture, de sacrifier des enfants pour les manger; aussi les faibles, qui renièrent leur foi, ne furent pas mieux partagés que les confesseurs; on retint contre eux l'accusation d'homicide. Une esclave syrienne, Byhlis, qui avait renié la foi, fut soumise derechef à la torture ; on voulait qu'elle portât témoignage sur les repas abominables des chrétiens. Mais elle recula devant la calomnie et, au milieu des supplices, jeta cette parole h ses bourreaux : « Comment les chrétiens mangeraient-ils des enfants, eux à qui il ?i^est pas permis de manger du sanq des bêtes"! » C'est l'argument a fortiori, que Ton retrouve dans VApohr/étique de Tertullien, où l'on voit aussi que les chrétiens rétorquent contre les païens l'accusation de cannibalisme*; un des martyrs de Lyon, Attale, fil de même, lorsqu(\ hnWc sur la chaise de fer, il dit en latin au juge, en montrant lîi fuiné(* qui se dégageait de son corps : « C'est vous qui êtes des anlhropophîiges ! ' »
i. Cf. saint Justin, /l/)o/., H, 12 et les pa?ëagc3 cités par Reoao, VÈgliit chrélienne^ p. 482. Je ue sais si l'ou a encore fait la remarque que ▼oici. Alors que raccusalion portée par les païeDS a certaiueuienl pour origioc ce qu'ils eutendaieûl dire de la rommuoiou chrétieuiie, aucuo apologiste ne parle, à ce propo?, de la comuniuion pour en établir le caractère non sanglant. C'est là uu eiïet frappant de cette discipline de i arcane qui, jusque vers le début du iv» siècle, empêcha les docteurs chrétieuB de parier ouvertement de la communion à des païens.
2. La lettre de Pline à Trajin implique déjà l'accusation et la réponse. Les apologies littéraires que nous possédons sont simplement la mise en œuvre des arguments défensifs et oflensifs que le souci de leur coQservation ft l'ardeur de leur propagande avaient, dès le début de celte longue lutte, dicté» aux chrétiens.
Si Byblis peut affirmer que les chrétiens ne mangent pas le sang des animaux, c'est que la règle énoncoo par Torlullien valait pour la communauté chrétienne de Lyon. Il y avait donc impossibilité absolue pour les chrétiens d'acheter leur viande dans des boucheries païennes, car, pour en éliminer tout le sang, de quelque manière que les animaux eussent péri, il aurait fallu des opérations longues et compliquées dans chaque cuisine ; d'ailleurs, comme ces opérations n'eussent pas été connues des païens, l'assertion de Byblis n'aurait pas trouvé créance auprès d'eux. Elle affirme la chose comme un fait avéré ; les païens devaient savoir que les chrétiens, pour éviter de manger du sang, achetaient leurs viandes dans une boucherie spéciale. Une communauté aussi peu nombreuse ne pouvait avoir la sienne; force est donc d'admettre qu'il y avait une boucherie juive où s'approvisionnaient également les chrétiens.
Môme dans les grands centres comme Rome, Alexandrie, ftphèse, aucun texte, h ma connaissance, ne mentionne de boucheries chrétiennes ; je ne connais pas un seul exemple, dans les textes des trois premiers siècles, d'un boucher chrétiens. Dans les listes de métiers chrétiens dressées par Martigny (art. Professions)^ on trouve seulement celle de confectorarius (charcutier ou boucher de porcs), chose significative, puisque ces animaux ne pouvaient être tués ni vendus par des bouchers juifs. Il est donc permis de croire que dans ces villes comme à Lyon, comme partout où il y avait des Juifs, c'était aux boucheries juives que les ménagères chrétiennes avaient recours.
Je conclus que, en 177 et probablement dès le début du II® siècle, il existait à Lyon une communauté juive assez importante et (jue cette communauté n'a pas été seulement la mère spirituelle, mais la vivandière de la chrétienté de Lyon*.
1. M. Léon Lévy a bien voulu m'écrire, à la date du 29 avril 1906 : « Je coonait en Alsace plus d'uoe communauté juive comprenant à peine 30 à 40 familles où 1ns b^ted sont ahaltues selon le rite. Comment le boncher se tire-t-II d'affaire? C'est en livrant à la clientèle chrétienne les viandes qui
ne sont pas demandées par ses coreligioDDaires. Qui peat le plus peut le moins. A Lyon, les choses ont pu se passer de la même façon ». L'observation de M. Lévy vaut la peiae d*être notée; mais elle ne vient pas à rencontre de ma thèse. Si les petites communautés chrétiennes des deux premiers siècles avaient eu des bouchers qui vendaient de la viaode aux païens, la profession de boucher serait signalée parmi celles des fidèles, ce qui n'est pas. En second lieu, dans l'affaire de Lyon, où les chrétiens étaient accusés de meurtres rituels, c'est le boucher chrétien qu*on aurait tout d'abord arrêté et mis à la torture, comme cela s'est fait souvent, k des époques plus récentes, quand la même accusation a été lancée contre les Juifs ; or, dans la relation que nous possédons de l'affaire de Lyon, pas plus qu'ailleurs, il n'est question d'un boucher chrétien. En revanche, il est probable que le boucher d'une petite communauté juive pouvait vendre aux chrétiens les parties des animaux que les Juifs ne devaient pas manger, mais qui, débarrassées du sang qu'elles contenaient, n'étaient pas interdites aux chrétiens.
La prétendue race juive*.
Si Fidëo qu'éveille le mot de race est vague, obscure et contestée, l'origine du mot lui-même n'est pas plus sûrement établie. On a voulu d'abord y reconnaître le latin radix^ ou plutôt radicem, signifiant racine; mais radicem aurait donne, en français, raù et n'aurait jamais donné razza en italien. Diez avait pensé à un mot haut-allemand, reiza, signifiant (( ligne » ; race serait donc synonyme de lignée . Mais l'a de la première syllabe, dans razza, race, fait encore difficulté. Suivant une seconde hypothèse, razza dériverait d'un autre mot germanique, raki, signifiant chien, d'où race et racaille. Une racaille était, à proprement parler, une famille de chiens, une meute, correspondant, par suite, au mot canaille (canaglia), qui signifie aussi, à l'origine, une troupe do chiens. En italien, razza di cane est encore employé comme terme d'injure, de même que kelb ben kelb, a chien, fils de chien », en arabe, canaille et racaille en français.
Si cette dernière étymologie, qui présente une certaine vraisemblance — car les mots race et racaille doivent certainement être expliqués de même — mérite la préférence, il est très intéressant de constater que l'origine même du mot race en limiterait strictement l'emploi à une variété d'animaux domestiques, variété dont les caractères, constituant un type, sont préservés de la dégradation et du mélange par la sélection artificielle. Prenez des chiens terriers ou des lévriers, qui, sous la surveillance de l'homme, se croisent seulement avec des terriers ou des lévriers et rendez leur la liberté de s'unir à d'autres individus de leur espèce : au bout de peu de
1. [Conférence faite à la Société des Éludes juives, le 6 décembre 1903, et publiée dans la Revue des Éludes Juives, 1903, p. i-xiv.]
temps, vous n'aurez plus ni lévriers ni terriers, mais des chiens de rues, c'est-à-dire que les caractères permanents constituant larace auront disparu par Teffet de mélanges ou de métissages. Toute race domestique a la tendance do revenir à un certain type plus général, qui est celui de l'espèce ; les seuls moyens de combattre cette tendance sont l'isolement et la sélection artificielle. Comme l'a écrit un des chefs de Técole anthropologique française, M. Topinard : « Aucune barrière physiologique ne défond les races contrôla dislocation* ».
Ce qui est vrai des races d'animaux domestiques Test également des racos de plantes cultivées, que l'on appelle improprement des espèces. M. Topinard a souvent insisté sur ce fait, d'ailleurs bien connu, mais qu'il est indispensable de rappeler ici : « Les horticulteurs disent que les types qu'ils créent, en pratiquant la fécondation et en veillant aux conditions des milieux, dégénèrent et disparaissent dès qu'ils ne s'en occupent plus. La tendance naturelle n'est pas à la fixation des types, mais à leur désagrégation' ».
Vue remarque essentielle, due encore à M. Topinard, c'est que le mot de race est à peine employé par les naturalistes lorsqu'ils parlent des animaux et des plantes sauvages. Ils préfèrent celui de variété^ qui laisse en suspens la question de perinanoiice, condition sine qud noruXi^ la race. En revanche, les naturalistes n'ont aucun s(M'upulo à employer le mot race quand il s'agit d'animaux et de plantes domestiques, c'est-àdire dans les cas où, au sein de l'espèce, la reproduction des individus n'est pas abandonnée au hasard.
Est-il permis, étant donné ce qui précède, d'appliquer le mot de race h telle ou telle subdivision de l'espèce humaine? Peut-on parler d'une race française, d'une race slave, d'une race juive? La plupart des anlbropologistes, à rheureactuelle, ne sont pas de cet avis. Ils pensent que le mot de race devrait élre réservé aux types f^énéraux que l'analyse nous fait dérouvrir dans les principalc^s branches de l'humanité et qu'il faudrait y renoncer pour tous les types de troisième et de