Tarite, Afjricola, cap. xi
'2. Ernest Kcnaii, Le Judaïsme comme race et comme religion, Paris, 1883; cf. Th. Reiuacb, lievue des Études iuives, t. VI, 1883, p. 141).
dans Tîle déserte, une race dit boulevard. Mais, dans la pratique, il ne peut en être ainsi. La tendance du judaïsme actuel est, jle se disperser de plus en plus à la surface du globtî; aujourd'hui, la plus grande agglomération juive du monde n'est plus Varsovie, mais New-York. 11 se forme donc un nombre croissant de centres juifs, dans les milieux et sous les climats les plus différents, où, comme je vous Tai montré, le type juif qui tend à prévaloir est nécessairement celui qui est le plus conforme au type indigène, le mieux adapté au climat et aux autres conditions extérieures de la vie. Donc, le nombre des types juifs est appelé à se multiplier encore dans l'avenir ; ces types se localiseront, se naturaliseront, si l'on peut dire, et la formation d'un type défini, qui constituerait une race, sera rendue de plus en plus impossible par la différence des conditions d'existence et des milieux.
Ma conclusion, Messieurs, est claire et peut se fornnder en peu de mots : Il n*y a jamais eu fie race juive \ il ny en aura pas. Ceux qui parlent aujourd'hui d'une race juive commettent ce queLeibnitz appelait un psitlacisme, un « propos de perroquets », c'est-à-dire qu'ils accouplent des mots dont chacun, isolément, offre un sens, mais qui, ainsi associés, n'en ont point.
Iilnquisition d'Espagne' L
L'histoire de Tlnquisition d'Espagne de M. Henri Charles Lea, faisant suite à son histoire de l'Inquisition au moyen ftge% remplit quatre grands volumes qui ne semblent pas devoir trouver de traducteur, du moins dans notre langue '. J'ai fait effort pour en porter la substance à la connaissance du public français qui, de cette funeste institution inquisitoriale, ne possède encore que des notions vagues ou erronées.
Le premier volume comprend deux grandes divisions : 1° l'origine de l'établissement de l'Inquisition dans la péninsule ibérique ; 2^ les relations de cette institution avec l'État, la société laïque et le clergé séculier. L'exposé méthodique de ces deux ordres de faits est rendu particulièrement malaisé par le peu d'homogénéité de l'Espagne à la fin du moyen âge; ce qui est vrai de rAragon ne Test souvent pas de laCastilIe ; la Navarre, la Catalogne, les îles Baléares doivent, à leur tour, être étudiées séparément. Ceux qui connaissent les ouvrages antérieurs du grand historien américain ne s'étonneront pas qu'il se soit montré, cette fois encore, supérieur aux difficultés de son sujet.
M. Lea raconte sans émotion apparente ; il accumule et interprète les faits que les documents originaux (en grande
1. [Revue critique, 1906, I, p. 300-308; 1907, I, p. 213-217; 1907, ir, p. 301- 307 ; 1908, I, p. 86-95.]
2. De la traduction française, eu trois volumes, que j'ai donnée de cet ouvrage, le tome 1<"^ a déjà paru en deuxième édition. Une traduction allemande, re visée et mise au courant, paraît depuis 1905 à Bonn, soua la direction de M. Josepb Hansen.
3. Henry Charles Lea, A history of Ihe Inquisition in Spain, New- York et Loudres, Macmillao, 4 vol. in-S», 1906-1908.
partie mnnusrrits) on les meilleurs travnnx de lÏTiidition espagnole lui fournissent. Il ne cherche ni le pittoresque ni l'oclal delà couleur; scrîliit ad iKirnm'iiini. Jamais il ne s'attarde à des polémiques dirigées contre les opinions des historiens antérieurs; c'est tout au plus si, de loin en loin, il en Fait justice dans une ligne du texte ou une courte note, l'ourtant, les idées générales ne lui font pas défaut; elles se dégagent mi^me, avec une netteté singulière, de la sérénité presque dédaigneuse de son récit. Ces idées sont en contradiction avec celles qui courent les livres et méritent d'autant plus d'être mises en lumière qu'elles n'ont pas encore subi l'épreuve de la discussion.
A rencontre de la thèse qui fait de l'Espagne comme le pays prédestiné du fanatisme religieux, M. Lea a montré que les diverses populations de l'Espagne onttémoigné, pendant de longs siècles, d'un remarquable esprit de tolérance. A rencontre de la thèse qui rejette sur le pouvoir civil, sur ta royauté, la responsabilité des méthodes de l'Inquisition et de ses crimes, M. Lea a misen pleine lumière celle de l'Église et des papes. L'Espagne était plus tolérante que les autres pays de l'Europe; elle a été fanatisée peu à peu par la papauté ; l'avidité des princes et des moines a fait le reste. Telles sont, très brièvement résumées. les conclusions de sa laborieuse enquête; il faut entrer dans quel((ucs détails pour les préciser.
Le préjugé touchant l'intolérance espagnole se fonde, chez beaucoup d'historiens, sur quelques faits généralisés li tort. C'est un empereur espagnol, Théodose, qui rendit les premiers édits mena(;ant de mort les hérétiques; c'est un autre empereur espagnol, Maxime, qui. circonvenu par deux évoques espagnols, lit mourir à Trêves l'évêquc espagnol l'riscillien, inaugurant ainsi, au profit de l'Eglise victorieuse, la longue série des meurtres juridiques pour délit d'opinion. Assurément, cela est curieux et peut prêter ii des développements oratoires; mais l'histoire de Priscillien n'autorise pas à parler du fanatisme espagnol et bien d'autres faits démontrent qu'il n'existait pas.
L'Espagne du moyen dgefut tour à tour ou simultanément
arienne, catholique, juive et musulmane. Les envahisseurs Visigoths étaient ariens ; les Hispano-Romains étaient catholiques ; lejudaïsmesedéveloppaàla faveur de la paixreligieuse et l'islamisme s'implanta par la conquête. Or, les Visigoths furent tolérants tant qu'ils restèrent ariens; ils ne commencèrent à persécuter les juifs et à les convertir de force que lors de leur propre conversion au catholicisme. Au iv- siècle, le concile d'Elvire était obligé de prohiber les mariages entre juifs et chrétiens, d'interdire aux chrétiens de manger avec les juifs et même de faire bénir par eux leurs moissons; preuve évidente de l'intimité qui régnait entre ces communautés religieuses et du respect que la moins nombreuse inspirait à l'autre. Au vii^' siècle, tout change ; alors qu'Isidore de Séville écrit son Traité contre les Juifs et que le roi Sisebut les baptise de force (G12), il n'est plus question de tolérance. Dès 633, le concile de Tolède proclame le principe qui. introduit dans le droit canon, devait donner naissance à l'Inquisition d'Espagne huit siècles après : le sacrement du baptôme, qu'il ait été reçu de gré ou conféré de force, est indélébile; donc, les convertis sont des chrétiens de fait et, s'ils font mine de revenir à leurs anciennes croyances, ils doivent ôtrc traités comme des hérétiques. L'Église ne prêche pas la violence, m;iis elle est prête à en profiter pour augmenter le nombre de ses sujets. En Oyt, le roi Egiza demanda au concile de Tolède les moyens d'exterminer le judaïsme; dans leur réponse, les évêques firent allusion à une prétendue conspiration des juifs pour détruire le royaume ; ils opinèrent que les juifs devaient être réduits en servitude et leurs i)iens confisqués au profit du roi. L'exécution de ces mesures sauvages, dictées par l'Église, fut arrêtée par le règne de Wiliza (700-710) et surtout par l'invasion musulmane, qui marque le début d'une nouvelle ère» de tolérance. Les chrétiens sujets des Musulmans (Mozarabes) furent moins opprimés par les Califes (le Cordoue qu'ils ne l'avaient été par les Goths. Le fanatisme des Ahnoravides et des Alniobades vint, il est vrîii, troubler ce régime parilique; mais, la tourmente» passée, il ne tarda piis à renaître. La condition des juifs, ^dans
les Étals musulmans, fut soumise aux mômes vicissitudes que celle des chrétiens. Les Musulmans ne leur en voulaienl pas à cause deleurscroyances. (îràce à leurs talents de médecins (»t d'administrateurs, les juifs avaient acquis de hautes situations qui les désignaient à l'envie; vers Tan 1000, ils passaient pour les vrais maîtres de Cirenade. De temps en temps, Tanimosité cpiils éveillaient se traduisait par d(\s spoliations et des violences; mais il n'y eut pas de persécution religieuse.
On n'en vit pas davantage pendant les longues luttes qui rendirent la domination de l'Espagne aux princes chrétiens. C'est une profonde erreur de chercher dans ces guerres l'origine du fanatisme qu'on dit castillan et qu'il faudrait, pour étrejusle, appeler romain. La tolérance entre Chrétiens et Musulmans était telle qu'elle scandalisait les Croisés arrivant d'Europe, comme les Sarrasins encore incultes qui venaient d'Afrique. Au xiir' et au xiv^siècle, les princes chrétiens concluaient des traités et des alliances avec les Infidèles; a l'exemple duCid, les nobles chrétiens entraient sans scrupule au service de princes musulmans et commandaient des troupes chrétiennes sous leurs ordres. Dans les provinces reconquises par la croix, les Mores étaient traités avec plus de tolérance encore qui» l'avaient été les chrétiens dans l'Espagne mores(pu\ Les Mut/éjarps conservèrent l(*urs terres, leurs esclaves (mêmes chrétiens) et purent exercer librement leur religion. Cela faisait d'ailliuirs l'affaire du Castillan, dont le vrai métier était la guerre (»t le brigandage; il laissait volontiers aux Mudéjares et aux juifs l'agriculture, le commerce et l'industrie.
Les princes espagnols avaient d'autant moins de raison de ha'ir les juifs qu'ils ne pouvaient se passer de leurs services en luttant contre les Sarrasins. Les juifs ne leur apportèrent pas seulement le concours de leur intelligence, de leur activité commerciale, de leurs aptitudes administratives, mais celui de leur courage militaire. Sur le champ de bataille de Zaleca, en 1086, quarante mille juifs, dit-on, suivaient les étendards d'Alphonse VI; à Ucles. en 1108, ils composaient
presque toute l'aile gauche de Tarmée castillane. On sait que la civilisation juive atteignit, dans TEspagne du moyen ftge, une prospérité qu'elle ne connut nulle part ailleurs ; la protection des rois et des nobles n'aurait pas suffi à l'assurer si le gros de la population avait nourri d^ préjugés religieux contre les juifs.
De bonne heure, Rome s'émut de cette tolérance, qui n'é* tait pas conforme à ses enseignements séculaires; elle employa toute son influence à déchaîner la haine populaire contre les Juifs et les Mores. Les juifs, plus remuants, plus en évidence, furent particulièrement dénoncés par elle, d'abord dans le Midi de la France, puis en Espagne. Si, malgré cette politique constante de l'Ëïglise, malgré le tort que se faisaient parfois les juifs eux-mêmes par l'ostentation de leur puissance et de leurs richesses, l'explosion fut si lente à se produire, cela prouve combien le caractère espagnol répugnait aux suggestions du fanatisme.
L'Ëïglise considérait comme inadmissible qu'un juif fût investi d'une autorité quelconque sur des chrétiens ; dès 438, elle obtint de Théodose II que cette doctrine fût érigée en loi d'État. Elle ne voulait pas non plus qu'il existât entre chrétiens et juifs des relations d'amitié; vers 890. le pape Etienne VI se plaignait à Tarchevêque de Narbonne que les juifs pussent posséder des terres et qu'ils entretinssent de bons rapports avec les chrétiens. L'enseignement de Rome n'a pas varié à ce sujet, car, en 1581 encore, Grégoire XIII déclarait que les fautes de judaïsme, aveugle et déicide, s'accumulaient avec chaque génération et que la seule condition qui convînt aux juifs était une perpétuelle servitude. Le concile de Rome (1078) et le pape Grégoire VII (1081) protestèrent contre l'admission des juifs d'Espagne aux emplois publics. Au xiii® siècle, l'intolérance de Rome s'accrut encore. Innocent 111 écrivait en 1208 au comte de Nevers qu'il fallait, à la vérité, respecter la vie des juifs, mais à la condition de les disperser comme des vagabonds à la surface de la terre ; le comte de
LWQUrsiTIOS D'ESPACIÏE «T
Nevcps passait pour les protéger et le pape le menaçait non seulement de la colère du Ciel, mais des foudres de l'Kglise. En 1116, le concile de Latran prescrivit que les inlidèles se distinguassent dos chrétiens par leurs vâtements ; (jrégoii-e IX (1233) et Innocent IV (1250) réitérèrent cet ordre, qui avait évidemment pour but d'empûcher toute assimilation, toute fusion. Clément IV, dans un bref de 1256, exhorta Jainie 1'' d'Aragon à expulser les Mores de ses domaines; Nicolas III, en 127S, hl&ma Alphonse X d'avoir conclu une Irève avec eux. Un des canons du concile de Vienne (1311-1312) dénonça comme intolérables les prières que les Musulmans prononçaient du haut de leurs mosquées; ce dernier vestige de lu liberté religieuse ne fut cependant aboli qu'en 1482, malgré les réclamations très légitimes du Grand Turc. Mais te concile de Vienne en voulait surtout aux juifs; il défendit aux chrétiens de les fréquenter à un titre quelconque. A leur retour du concile, les prélats espagnols s'assemblèrent à Zamora (1313) et donnèrent libre cours à un fanatisme untijuif que l'Rspagne n'avait pas encore connu. Dès lors, l'Église d'Espagne, jusque-là tolérante elle-même, travailla, sous l'impulsion de Rome, h transformer la mentalité populaire, à éveiller ou plutôt à créer le fanatisme. Les décisions du concile de Valladolid (1322) prouvent combien les relations entre gens de différents cultes étaient encore libres et cordiales ; juifs et Mores assistaient au service dans les églises chrétiennes, participaient aux vigiles; les chrétiens se rendaient ouvertement aux mariages et aux obsèques des infidèles ; juifs et Mores occupaient des places dans l'administration, étaient médecins et chirurgiens. Tout ceia devait immédiatement cesser, sous peine d'excommunication. I.a défense faite aux inlidèles d'exercer la médecine, renouvelée du concile de Constantinople (706), était colorée du prétexte odieux que les médecins juifs ou mores essayaient de faire mourir leurs clients chrétiens. Toutefois, on eut grand'peine à détourner les chrétiens des médecins et des chirurgiens juifs; il arriva même une fois, en 1480. que les Dominicains réclamèrent d'Innocent IV une dispense pour avoir le droit
de se faire soigner par eux. Bien que les lois de 1412 eussent impose une amende énorme aux médecins infidèles qui visiteraient des chrétiens, le franciscain Alonso de Espina se plaignait encore, en 1462, que tout noble, tout prélat espagnol fut accompagné d'un diable de médecin juif. La prohibition dut être renouvelée par Grégoire XIII en 1580, preuve que l'intérêt des malades tendait invinciblement à Téluder.
Les premiers massacres de juifs en Espagne remontent à Tan 1108; mais ils ne prirent un caractère grave qu'en 1210. h l'instigation du légat pontifical, Arnaud de Narbonne, qui conduisait des bandes de Croisés au secours d'Alphonse IX. Quoique les nobles du pays essayassent de protéger les juifs, des milliers de gens paisibles furent mis h mort sans forme de procès. Ce fut pis encore après la mort de Jaime I, en 1 276. Clément IV avait déjà sommé Jaime de sévir contre les juifs, de les dépouiller de leurs emplois, de chîUier leur insolence; Nicolas IV, en 1278, ordonna au général des Dominicains d'envoyer partout des frères pour travailler h la conversion des juifs et de dresser des listes de ceux qui refuseraient le baptême, La môme année, Pierre III écrivait à l'évêque de Gérone pour lui rappeler qu'il l'avait déjà prié maintes fois de mettre un terme aux violences de son clergé contre les juifs; il venait d'apprendrt^ que la y ////vv7> avait été dévast^'o, qu(î riiîterveiilion de roflicier royal avait été méprisée et (|ue réinoute avait été organisée* par Tévéque hii-ménie. Au \m" et au xiv siècle, on voit souvent les princes séculiers défendre la cause des juifs contre le clcM'gé espagnol; ainsi, en l.'^07, Ferdinand deCastille protestait contre le doyen et le chapitre de Tolède, (|ui avîiient obtenu des bulles oppressives du pape Clément V.
il!
Le xiV siècle fut marqué, dans toute TEspagne, par deffi'oyables hécatombes de juifs. Chaque fois qu'on peut en déniélcM* les causes, on trouve que les instigateurs des tueries sont d(*s moines ou des prêtres. En 1328, un Franciscain, Fray Petro Olligoyen, conduisit lui-même les Navarrais au
L'Inquisition DESt^AGNE 479
pillaf^e et au massacre. Le fanatique Ferran Martînez, archidiacre d'Ecija, devint le chef d'une véritable croisade intérieure : 4.000 juifs furent tués à Séville. L'année 1301 vit mettre à feu et à sang des villes entières; tout juif qui refusait de se convertir était tué. C'est ce que Villanueva appela la (juerra sacra contra los Judios, L^eflet immédiat de ces violences fut la conversion de milliers d'individus qui, sous le nom de Conversas ou de Marranus^ formèrent désormais une classe nouvelle dans la population ; à Valence seule, il y eut \ 1 .000 baptêmes. Les nouveaux-chrétiens^ très hostiles à leurs anciens coreligionnaires, quoique pratiquant parfois en secret quelques-uns de leurs rites, devinrent bientôt, à leur tour, riches et puissants, excitèrent Tenvieet éveillèrent les soupçons de l'Église. C'est contre eux que fut fondée et dirigée l'Inquisition d'Espagne. On avait massacré leurs pères en qualité d'infidèles; on les brûla en qualité d'hérétiques. Quelle est la part de responsabilité de l'Église dans cette série* de crimes qui a imprimé une tache indélébile à l'histoire de l'Espagne? M. Lea paraît l'avoir nettement établie.
La thèse des apologistes, Hefele, (îams, Pastor et autres, consiste à mettre» surtout en lumière le caractère politique de rin(|uisition d'Espagne. Ferdinand et Isabelle se seraient servis de ce puissant instrument pour abaisser la noblesse, pour dompter l'insolence des Conversas^ pour briser le particularisme provincial et municipal, enfin et surtout pour remplir les codres de l'État par le produit incessant des confiscations. Quant à Home, elle aurait résisté à l'établissement de l'Inquisition espjignole; elle aurait même parfois insisté pour en atténuer les rigueurs.
Tout cela est en contradiction formelle avec les faits. Pendant la longue tragédie de meurtre et de spoliation qui se poursuit de 1328 à 1391 , pas un pape, pas un prélat n'a élevé la voix pour défendre les victimes. Comme le judaïsme espagnol semblait renaître de ses ruines vers 1 i;iO, le pape Nicolas V s'en émut et protesta (14;)1). En 147i, lors de l'avènement de Ferdinand et d'Isabelle, un Converso leur exposa que les Dominicains et les Franciscains ne cessaient d'ameu-
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ter le peuple contre les nouveaux chrétiens, de réclamer leur expulsion et leur ruine. On sait avec quelle barbarie effroyable les juifs furent chassés d'Espagne, pour n'être accueillis avec humanité qu'en Turquie ; Rome applaudit, comme elle devait applaudir à la Saint-Barthélémy, et lorsque Alexandre VI, en 1495, conféra aux souverains espagnols le titre de rois catholiques^ il eut soin de rappeler l'expulsion des juifs parmi les services qu'ils avaient rendus à la foi.
L'Inquisition n'a pas été une institution politique destinée à faire passer l'Espagne du régime féodal à celui de l'absolutisme. Les changements opérés par Ferdinand et Isabelle, au profit du pouvoir absolu et de la centralisation, furent dus presque exclusivement à l'extension de la juridiction royale et à l'institution de la gendarmerie royale ou Sainte tlrrmandad. Nous possédons une vaste collection de lettres écrites par Ferdinand ; partout il apparaît sous les traits d'un prince profondément catholique, qui considère l'extirpation de l'hérésie comme son premier devoir; nulle part on ne voit qu'il ait usé de l'Inquisition pour écraser les nobles. La lecture de cette correspondance a même convaincu M. Lea que Ferdinand valait mieux que sa réputation, qu'il n'était pas étranger, malgré sa bigoterie, aux idées de modération et de justice. Plus d'une fois, il les rappela aux inquisiteurs, tant dans rintéret de leur salut, disait-il, que pour rhonneur de rinstitution qu'ils servaient.
Au moment même où s'organisait l'Inquisition, le pape Sixte IV se plaignait que les juifs et les Mores eussent encore une trop belle part en Espagne, qu'ils ne fussent pas toujours distingués par des insignes, qu'ils habitassent, dans plusieurs villes, en dehors de quartiers réservés. Il est vrai que la curie romaine, gagnée par de riches présents, fît mine d'abord de défendre les Conversas; mais elle les laissa exposés aux furieuses attaques de Fray Alonso de Espina, l'auteur du Fortalicium Fidei, Elle croyait l'occasion propice pour introduire en Castille l'Inquisition pontificale, qui se serait occupée spécialement des Conversa^, Mais Ferdinand ne voulait pas de rinquisition romaine; il demandait une Inquisition