L-WQiirsrnoN bespACNè
'ûten-
toute espagnole, dont il serait lo chef. C'est à cette ] tion que Rome résista, pour Hoir bientôt par céder. Sa résistance, donton lut n fait lionnenr. n'était inspirée pnr aucune idée de justice et d'humanité, mais par le simple désir de domination. La bulle de Sixte IV fut promulguée le l" no- Tembre 1478; dés le 6 février 1481, ou brûlait sis hérétiques; le tribunal de Ciudad Real en brilla cintiuunte-deus en deux ans. Effrayés, les Conocr-'os voulurent quitter l'Espagne; on interdit l'émigration à toute personne qui, parmi ses ancêtres, comptait des juifs. L'Espagne se couvrit de tribunaux d'Inquisition et de bûchers. En 1484. Sixte IV félicita de son activité le premier inquisiteur-général, Torquoniada; en 149ti, Alexandre VI lui adressa d'enthousiastes remerciements. Mais il y n plus. En 1487, Innocent VIII ordonna h. tous les souverains et officiers publics en Europe de livrer à l'Inquisition d'Espagne les réfugiés qu'elle réclamerait, sous peine d'excommunication. En 1507, alorsquc la persécution était la plus atroce, Jules II, versant de l'huile sur le feu des bûchers, écrivit à Deza, archevêque de Séville, que les juifs se disant chrétiens, qui faisaient obstacle h l'Inquisition, devaient âtre poursuivis impitoyablement et châtiés sans possibilité d'appel. Rome essaya d'obtenir par la suite que les victimes de l'Inquisition pussent en appeler K elle, et non pas seulement à In Siiprema et au roi ; mais c'était par le même motif qui l'avait fait résister quelque temps h l'établissement de l'Inquisition d'Espagne. S'il existe un document témoignant delà compassion des papes pour tant do milliers de malheureux brûlés ou dépouillés de leurs biens, il faut croire que M. Lea n'a pas eu la bonne fortune de le découvrir.
L'Espagne avait enHn été conquise à la doctrine, enseignée Lftssidûment par l'I-^liseau moyen Age, que Icdevoir suprême j du pouvoir civil était le maintien de la foi et l'extermination I de l'iuïrésic même dissimulée. L'institution à laquelle incombait ce devoir devenait, par ta mémo, le plus important des
48^ LMNQUISmON D'ESPAGNE
rouages de TÉtat et, malgré sa subordination nominale au prince, un État dans l'État. Toute la seconde partie du li\Te de M. Lea montre les désastreux effets d'une tvrannie irresponsable qui, à Tabri de Tinviolabilité des inquisiteurs et de la bande rapace de leurs familiers, n'épargnait ni le clergé séculier, ni les nobles, ni les privilèges que Ferdinand et Isabelle avaient respectés. Les inquisiteurs ne voulaient ni rendre compte des confiscations qu'ils opéraient, ni payer d'impôts, ni héberger des soldats; ils réclamaient, pour eux et leurs séïdes. le droit de porter des armes qui était refusé aux autres citoyens; quiconque leur manquait de respect, gênait leurs déprédations ou leur commerce, dénonçait ou simplement blâmait leur cupidité, était sûr d'être poursuivi pour hérésie et écrasé, lui et les siens, sous une avalanche de faux témoignages que les inquisiteurs, disposant de richesses immenses et de la torture, savaient trouver dès qu'ils en avaient besoin. Tout le monde les redoutait et les détestait; mais le virus du fanatisme avait pénétré si profondément dans l'àme espagnole qu'en exécrant les inquisiteurs, on respectait, on bénissait l'Inquisition, on assistait avec joie aux autodafés comme à des glorifications delà foi. Les quelques réclamations des Cortès, dans la première moitié du xvi*^ siècle, n'éveillènnit pas ilVMhos et restèrent sans elTet. Il fallut l'avènemenl de la <lvna>lie des BourlK>ns. imbue
de traditions £rallioaii»^>. pour revendiquer, timidement d'abord, puis avec une euiirtir» use per>êvLTanee. les droits méconnus du pouvoir eivil. L Inquisition ♦•tait affaiblie et devenue presque inolTensive l«»rsque .\ap«»l»Min. entrant h Madrid. eeras;i cette vipère morihond»* s*mi< ^«»n t tlMn. tlle se réveilla lors de la Restauration et tà-Mia d»- î!i'»rdr»* •*n ore : mais les jours de Torqu-ma-î i et de Luoero * \ lî-îit p î-^srs.
Le caractère particulier et la puis<an'>/ tr^rriM'^ d»* 1 Inquisition esDaenole tienn-^nt au fait au e'ie r- '.in:: î ms s»>i mains. pond;uit pîus de trois sitvK^. îe s^taive spiritu-l et le irlaive temporel. L an.Menne Inquisition romaine t-tait une institution tvclt^i;\>tique. qui pouvait fair^* appel à 1 Etat fH>ur ex»* cuter ses sentences, mais nVtait pas sure d en être obèie. En
Espagne, rinquisition n'avait pas de résistance h craindre, parce qu'elle représentait à la fois le pape et le roi. Il y eut môme un jour, dans l'histoire de l'Espagne, où l'Inquisition faillit devenir l'État lui-même et réduire le prince au rôle d'un roi fainéant, (tétait en 1;)74, sous Philippe II. On parla d'instituer un ordre militaire sous le vocahle de Sa7Ua Maria de la Espada Blanca, ayant à sa tête l'inquisiteur général ; tous les membres devaient lui jurer obéissance en temps de paix et en temps de guerre ; ils devaient lui abandonner la nuepropriété de leurs biens; ils devaient reconnaître, à titre exclusif, sa juridiction. Pour entrer dans cet ordre, la seule condition nécessaire était la /impieza, la pureté du sang ancestral, libre de toute infiltration juive ou moresque. Neuf provinces acceptèrent le projet avec enthousiasme et envoyèrent des procurateurs à Philippe pour lui demander son approbation. Après mûr examen, le roi s'aperçut qu'on en voulait tout bonnement à sa couronne ; il ordonna de livrer tous les papiers relatifs à cette allaire et défendit qu'on en reparlAt jamais. Si l'on eût surpris son assentiment dans un moment plus favorable, l'Espagne serait devenue, en quelques années, la plus monstrueuse des théocraties.
L'illustre vieillard de Philadelphie auquel nous devons ce beau volunu», après tant d'autres, n'occupe peut-être pas encore dans l'estime de ses contemporains, la place éminente où il aurait droit de prétendre. Avec une modestie qui n'a rien de dissimulé, une austérité de savant qui a vécu uniquement pour la science, il se défend contre les éloges et les hommages. Je veux respecter ses scrupules et me contenter, en terminant cette analyse du premier tome, d'émettre le vœu que l'histoire de l'Inquisition d'Espagne soit bientôt traduite en espagnol, pour l'édification de ceux dont les ancêtres ont tant souffert et qui doivent apprendre d'un Américain à connaître la cause véritable de leurs maux.
M. Lea a montré comment l'Espagne, jadis le pays le plus
i. Analyse du tome II.
lU L'INQUISITION D'ESPAGNE
tolérant de la chrétienté, fut surexcitée par TÉglîse et poussée par elle dans la voie du fanatisme jusqu'à ce qu'elle fût mûre pour le régime inquisitorial qui Tétreignit et l'épuisa pendant trois cents ans. Ce régime ne put s'établir et durer que parce que le plus grand nombre des Espagnols, en particulier tout le bas peuple, étaient convaincus de sa nécessité. L'idée que l'hérésie de quelques-uns, crime contre la majesté divine, mettait en péril la sécurité de tous, avait lentement, mais sûrement, fait son chemin. Les Espagnols ont vu brûler les hérétiques ou soi-disant tels avec la même joie que des Français de nos jours, habitant un port de mer, verraient brûler des rats suspects de leur apporter la peste. L'illusion de la multitude, en qui le fanatisme se confondait avec l'instinct de conservation, fut-elle partagée par les gouvernants? Il est vraiment permis d'en douter quand on étudie, dans le second volume de M. Lea, l'organisation financière de l'Inquisition, la confiscation et le vol élevés par elle à la hauteur d'une institution de l'Etat, lorsqu'on suit le détail honteux des pratiques auxquellesFerdinand,dès les débuts de l'Inquisition, eut recours, pour en faire, à son profit, un instrument de chantage et de rapine. Bien entendu, la royauté espagnole n'était pas seule h en profiter. Vainement, à diverses reprises, les Certes, les conseillers de Charles Quint demandèrent que les inquisiteurs et leurs innombrables agents reçussent de l'Etat des salaires fixes; on aima mieux laisser l'Inquisition s'entretenir elle-nuMne, très grassement, du produit des confiscations et (les amendes, vivre di* la répression des crimes (pfelle poursuivait et, par une inévitable consé(|uence, en imaginer, là 011 les actes punissables faisaient défaut.
Un critique américain remarquait avec raison qu'un des enseignements les plus remarquables du livre de M. Lea est le rôle essentiel joué, dans l'Inquisition espagnole, par les diverses méthodes d'c^xtorquer des fonds — (he prevaience of qraft m tlœ Spanhli InrjmsUion. Le mot graft^ sans doute destiné à passer dans nos langues, est un néologismti créé par lîi politique aux Etats-Unis; mais la chose est bien plus vieille, bien moins localisée que le mot, et, plus encore que