L-miirnsmos b'esparse ibb
l'appi'til du pouvoir, sert ii expliquer les tyrannies les plus atroces qui ont pesé ti travers les siècles sur l'humanité.
Une fois l'inqui-silion étroitement alliée h la puissance royale, il fallait qu'aucun Espagnol ne pût échapper h son étreinte. Pour les laïcs, même les plus hauts personnages ilo la nohlesse, cela ne fit pas difficulté; mats il n'en fut pas de même quand l'Inquisition voulut étendre sa juridiction, aux dépens de Kome, sur les évéques, les clercs et les ordres religieux. Elle y réussît, en partie du moins, au prix do luttes très vives (li)3i, IfiGl); enfin, les Jés;iites eu-x-mfimes furent soumis à l'autorité de la Suprema {l6(iC). Pour les évoques, la question resta douteuse; toutefois, en 1816 encore, un évéque fut jugé par l'Inquisition au Mexique. Ce qui doit étonner, dès lors, n'est point que cette domina* 'on odieuse se soit prolongée pendant trois siècles,mais qu'on n'ait jamais réussi fi y mettre lin.
Les soupçons de l'Inquisition devaient se porter particulit-rement sur ceux qui, descendants de juifs ou de Mores convertis, ou encore de gens que l'Imiuisilion avait briMés, emprisonnés ou molestés, pouvaient nourrir contre elle des desseins hostiles et travailler secrètement à sa ruine. Aussi s'appliqua-t-elle sans retard îi jeter le discrédit sur eux et à faire prévaloir en Espagne le préjugé de la limpieza {limpidité du sang) qui frappait d'exclusion, éloignait dos dignités et des emplois tous ceux qui comptaient parmi leurs ancêtres même éloignés un juif, un More ou une victime de l'Inquisition. La tache d'hérésie, comme une maladie honteuse, se transmettait par te sang et ne cessait pas de constituer un danger public. Cette doctrine était trop d'accord avec les pn-jugés populaires — de nature animiste, puisque l'hérésie était considérée comme une chose vivante — pour ne point l'emporter sur la raison. Une sorte de nationalisme exaspéré vint se greffer, dans la malheureuse Espagne, sur le fanatisme religieux. Comme les conversions forcées et les mariages mixtes
avaient introduit du sang juif ou more dans presque toutes les familles haut placées ou simplement aisées, les dignités et les emplois furent réservés, en principe, à des hommes obscurs et sans fortune qui ne se connaissaient pas ou dont on ne connaissait pas d'ancêtres. Parmi les autres (les suspects), ceux qui échappaient à cette exclusion devaient avoir fourni la preuve que l'Inquisition pouvait compter sur eux. Pour n'être point écrasés par elle, ils se faisaient ses agents, ses espions, les pourvoyeurs de ses geôles et de ses bûchers.
Ainsi, non seulement l'activité politique et intellectuelle du pays fut paralysée par le mécanisme de l'Inquisition — un auteur catholique, Mariana, attribue à cette influence le caractère réservé et silencieux des Espagnols — mais le commerce et lindustrie n'étaient pas moins frappés, tant par la suspicion jetée sur les conversas et leurs descendants, victimes désignées aux autodafés, que par Thorrible système des confiscations intégrales qui pouvaient, du jour au lendemain, réduire une famille à la mendicité, la rendre insolvable. Il suffisait, pour cela, de la preuve, authentique ou fabriquée, de l'hérésie des conjoints, bien pis, de l'hérésie d'un des ascendantsdepuislongtempsmorts, dont les ossements étaient exhumés et jetés au feu. Dire ce que l'incpiisition d'Espagne a osé rontrt» la nature humaine m'obligerait à traduire ici de lon^^ues pages do M. Lea. ('.es misérables n'épargnaient ni l'extrême vieillesse, ni l'Age le pins tendre; on vitcondamner une ceiiltMiaire, brùh^' deux petites filles de neuf à dix ans, dont l'une ronfessait avoir jeûné hors de propos, dont l'autre avait entendu dire à son père (|u'il ne fallait pas manger de pore (l.'iOl). Jamois ]ii papautT» n'intervint pour réprimer ces abominations: quand elle intervint, ce fut seulement pour saiiveirarder son eommeree. Ceci dtMnamle (piebpit* expliealion.
Home avait depuis lon^Lrlemps habitué le monde à liilée que la rémission des pj'elnVs «Uail une marchandise dont elle détenait le monopole, deux (pie l'Inquisition frappait de peines infamantes, comme la prison, les galères, le port du sanbeniio, fournissaient une clientèle toute désignée au trafic
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de la curie romaine. Une clause fut insérée dans les taxes de la Pénîtencerie, offrant les dispenses les plus variées pour le crime de Marrania, c'est-à-dire de judaïsme caché. Mais les inquisiteurs trouvèrent que ces dispenses étaient concédées à trop bas prix et surtout qu'elles ne leur rapportaient rien; ils insistèrent pour les vendre eux-mêmes beaucoup plus cher et furent secondés en cela par les rois d'Espagne, qui profitaient des rapines de l'Inquisition, mais non de celles de la Curie pontificale. On commença par transiger : les malheureux durent payer deux fois, acheter d'abord la dispense du pape et puis, pour la rendre valable en Espagne, celle de l'Inquisition. Bientôt les choses se giltèrent de nouveau, car les inquisiteurs prétendaient que leurs pénitents pouvaient se passer des faveurs romaines ; le prix de ces dispenses était autant d'enlevé h leur pécule, que l'Inquisition guettait tout entier. La Curie répondit en accordant des réhabilitations, avec clauses pénales à l'encontre de ceux qui en contesteraient le plein effet. Cette lutte de marchands d'indulgences, tantôt sourde, tantôt ouverte, dura pendant la première moitié du xvr siècle; vers loiG, la Curie romaine l'emporta, gnlce à Ténergie du pape Paul III. Mais l'Inquisition se rattrapa en menaçant de ses rigueurs sans contrôle les bénéficiaires des dispenses pontificales et la plupart jugèrent prudent de demander leur réhabilitation définitive, moyennant finances, au roi et h l'inquisiteur général.
La question des appels à Rome ne se présente pas sous un aspect moins répugnant. La dispute commença sous Ferdinand; de riches conversos ayant acheté au Saint-Siège des lettres d'indulgence, Ferdinand et Torquemada refusèrent insolemment d'en tenir compte. Le pape Sixte IV s'indigna, car il ne s'agissait pas cette fois d'innocents rôtis : les finances de la Curie étaient menacées. On peut dire qu'aucune des parties n'eut le dernier mot; mais Rome, sans jamais céder sur le principe, finit par avoir le dessous du temps des Bourbons. En 1705, Philippe V prohiba la publication des brefs pontificaux sans lexœquatnr royal et défendit à tous ses sujets d'en appeler à Rome. L'Inquisition espagnole s'était, dès
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son origine, nettement distinguée de Ilnquisition papale dn xiii^ siècle : elle resta espagnole et nationale jusqu'à la fin.
Voilà donc les affaires qui mirent aux prises la Suprema et la papauté. D'humanité, de tolérance, de simple justice, il ne fut jamais question. Certains apologistes ont prétendu que le Saint-Siège, dans un esprit de clémence, avait fait effort pour arrêter le zèle assassin des inquisiteurs. Il ne suffit pas de dire que ces apologistes se trompent : ils cherchent à tromper. Chaque fois que la papauté fit obstacle à Tlnquisition d'Espagne, ce fut par cupidité ou par ambition.
De toutes ces vilenies qui ont déshonoré les temps modernes et fait de leur histoire le plus afOigeant spectacle qui fut jamais, l'admirable ouvrage du gréai otdman de Philadelphie offre' un tableau d'autant plus poignant que Fauteur est impartial jusqu'à la froideur. Il ne perd jamais une occasion de signaler les rares exemples où les rois se laisserait toucher par la pitié, où l'Inquisition espagnole parut moins féroce que celle du moyen ftge, les qudques progrès que l'adoucissement général des mœurs apporta tant à la procédure qu'à l'infliction des pénalités et des suppliées. Mais ceux qui liront ce volume jusqu'au bout excuseront, s'ils n*y font écho, les cris de rage de Voltaire : « Si j*ai lu la belle Jurisprudence de flnquisUion! Eh oui, mor* dieu, je Tai lue et elle a fait sur moi la même impression que fit le corps sanglant de César sur les Romains. Les hommes ne méritent pas de vivre puisqu'il y a encore du bois et du feu et qu'on ne s'en sert pas pour brûler ces monstres dans leurs infûmes repaires! • (.4 tfAlemberi, fécrier 176^), Singulière contagion du fanatisme! Voltaire s'irrite à bon droit contre les moines qui brûlent leurs semblables et il voudrait, pour mettre fin au scandale, le prolonger en faisant brûler les moines. Que ne demandait-il simplement que Ion versât de l'eau sur le feu et qu'on enseignât un peu de philosophie à la « canaille »?
L'MUOISmO!! D'ESPAGNE US